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31/07/2015 10:48 EDT | Actualisé 31/07/2016 01:12 EDT

Les nouveaux amphithéâtres se multiplient au Québec

On assiste à une vague d'inaugurations ou d'annonces de nouveaux amphithéâtres dans les villes du Québec. Au cours des trois prochaines années, quatre installations majeures seront inaugurées.

Un texte de Cécile Gladel

La construction d'amphithéâtres financée par des fonds publics ne date pas d'hier. « Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les stades sont construits par des municipalités. Avant 1945, les gouvernements étaient peu impliqués et il y a eu plein de constructions à Montréal », explique le professeur en économie à HEC Montréal, Germain Belzile.

Pour assurer leur rentabilité, la grande majorité de ces amphithéâtres combinent sports et spectacles. Cette diversité leur permet-elle de rentabiliser les investissements publics? « Avec une occupation de 41 jours, au maximum de 60-65 jours pour une équipe sportive, une installation doit absolument offrir des spectacles pour être rentable. Le mélange est primordial, mais au final, ça rentabilise surtout les équipes sportives, pas les villes. Si Québec obtient le retour du hockey, ça rendra seulement les Nordiques profitables », pense Germain Belzile.

Trois-Rivières mise sur le tourisme culturel

La Ville de Trois-Rivières vient d'inaugurer son nouvel amphithéâtre. Contrairement aux autres, celui-ci n'inclut pas d'installations sportives et offre une scène extérieure. Ouvert en grande pompe en juillet, l'amphithéâtre porte le nom d'une grande entreprise, Cogeco.

C'est le seul point en commun avec les autres amphithéâtres. À Québec, c'est Videotron, à Laval et à Montréal, c'est Bell. Ce sont des commanditaires qui assurent une certaine rentrée d'argent. « Les entreprises culturelles doivent diversifier leurs sources de revenus. Au TNM, le spectacle est commandité, c'est un bel exemple », lance Germain Belzile.

Comment un amphithéâtre peut-il espérer être rentable sans inclure une programmation sportive? « En offrant une programmation exclusive et exceptionnelle, unique et conviviale, dans un lieu magnifique au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saint-Maurice », souligne le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui défend bec et ongles l'Amphithéâtre Cogeco, un héritage du 375e anniversaire de la ville (célébré en 2009).

Par ailleurs, le maire souligne que les retombées économiques sont de 18 millions par année pour la ville, alors que 80 % des spectateurs viennent de l'extérieur. « En offrant des spectacles que personne ne peut voir ailleurs, on s'assure d'attirer des gens qui n'habitent pas Trois-Rivières, on mise sur le tourisme culturel, en pleine expansion. »

Pour ce faire, l'Amphithéâtre Cogeco a une entente avec le Cirque du Soleil pour les trois prochaines années. « Cette année, c'est un hommage à Beau Dommage, l'an prochain, ça sera un autre hommage », explique Yves Lévesque.

Des retombées économiques discutables

Les fameuses retombées économiques n'impressionnent pas l'économiste.

Est-ce à dire qu'on devrait cesser de financer la construction d'infrastructures culturelles? « Si vous êtes amateur de culture et que vous fréquentez l'amphithéâtre, ça améliore votre bien-être. Mais au-delà de ça, les économistes sont mal à l'aise, car on prend de l'argent dans les poches de quelqu'un pour améliorer le bien-être de quelqu'un d'autre. Si tout le monde était fou de culture, les gens dépenseraient, mais le public n'est pas très grand, donc pas très rentable. Les humoristes, Madonna et U2 n'ont pas besoin de subvention », soutient Germain Belzile.

Cependant, il modère sa position en parlant de celle de Françoise Benhamou, économiste française renommée qui pense que les gens n'apprécieront pas la culture et n'en consommeront pas, à moins qu'ils n'y baignent depuis leur enfance et que les gouvernements ne la subventionnent.

« Si les gouvernements voulaient vraiment faire la promotion des arts, au lieu d'investir dans des amphithéâtres, il devrait plutôt s'assurer de la présence de la culture à l'école. On fait plutôt le contraire. Si on veut créer un intérêt, on doit mettre les jeunes en contact avec l'art et la culture dès leur plus jeune âge. Ça coûterait moins cher en subventions. Mais c'est très rentable pour un politicien d'annoncer une construction », pense Germain Belzile.