NOUVELLES
31/07/2015 11:14 EDT | Actualisé 31/07/2016 01:12 EDT

Les festivals de la fierté gaie mélangent militantiste et culture

Depuis mai, la saison des festivals de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre (LGBT) au Canada bat son plein. Des événements qui allient militantisme et culture.

Le mois dernier à Toronto, Vancouver en ce moment, Halifax et Saint-Jean à Terre-Neuve et Montréal dans quelques semaines. On dénombre une dizaine de grands festivals de la Fierté gaie au Canada et une cinquantaine au total.

C'est en Ontario qu'on en trouve le plus grand nombre, avec entre autres ceux de Toronto, de London et de Kingston. Celui de Toronto bat tous les records d'assistance avec un million de visiteurs, devant les défilés de Montréal et de Vancouver.

Signe que ces défilés sont importants pour la communauté gaie, en particulier hors des grandes villes, il y en a un qui a fait son apparition, l'été dernier, à 800 km au nord de Winnipeg, à Thompson, au Manitoba.

Alors qu'au départ, quand les homosexuels sont descendus dans la rue, c'était pour dénoncer la répression policière, les descentes dans les bars et les saunas et revendiquer leurs droits.

D'ailleurs, les premiers défilés gais sont nés aux États-Unis pour commémorer les émeutes de Stonewall, qui avaient éclaté en 1969 après une descente de police dans un bar de New York, le Stonewall.

Au fil des années, les rassemblements sont devenus des occasions de célébrer les victoires de la communauté gaie LGBT, l'égalité des droits, le mariage, l'adoption et certains de ces défilés se sont un peu vidés de leur contenu militant et sont devenus des événements familiaux.

Mais pas tous, car les droits de la communauté LGBT sont loin d'être reconnus partout, surtout pour les personnes transgenres, encore victimes d'intimidation. Il y a aussi des États américains où l'on peut encore perdre son emploi si on est homosexuel.

Entre l'égalité légale et l'égalité de fait et comment les gens perçoivent dans la population les gais, ça peut prendre plusieurs décennies », souligne le rédacteur en chef de la revue Fugues, Yves Préfontaine.

Marcher, défiler, c'est encore immensément politique soutient le nouveau directeur-général de Fierté Toronto Mathieu Chantelois où le défilé avait un contenu politique plus fort que jamais en raison des personnalités invitées.

« Les Pussy Riot sont venues de Russie où depuis 10 ans elles essayent d'organiser des célébrations de la fierté et ça ne fonctionne pas. Aussi Celina Jaitley, une actrice de Bollywood, qui se bat pour le mariage pour tous était présente et David Furnish, le conjoint d'Elton John, qui a pris position contre Dolce Gabana qui disait que les enfants in vitro étaient des enfants synthétiques. »

Défiler, c'est sortir du placard, montrer qu'on existe, c'est aussi pour tous les hétérosexuels la manière d'exprimer son soutien aux LGBT qui sont en péril à l'étranger. On peut penser au Kenya, où les Kenyans ont reproché à Barack Obama d'avoir légalisé le mariage gai.

« Dans plus de 170 pays, c'est illégal d'être LGBT, on peut être condamné à la prison, un châtiment physique et même la peine de mort. C'est pour ça qu'on doit poursuivre le combat en leur nom et c'est pour ça que chaque année on parraine une fierté en milieu hostile », explique le directeur de Fierté Montréal, Éric Pineault.

Ce dernier est allé en Ukraine où a participé à une marche pour l'égalité qui s'est terminée dans le sang et les bombes artisanales, une expérience traumatisante.

Le mois prochain, ce sera au tour des organisatrices de Kiev pride de venir à Montréal pour voir comment se déroule un défilé de la fierté gaie chez nous. Un gros choc culturel en perspective, puisqu'ici les gais peuvent marcher librement pendant des heures en public, en étant applaudis par la foule, alors que là-bas les rassemblements sont clandestins, les gais peuvent à peine marcher quelques mètres avant d'être insultés et battus par des agresseurs homophobes.

Plus d'une trentaine de groupes politiques et communautaires feront partie du défilé le 16 août à Montréal. À Vancouver, le défilé est plus militant cette année, puisque les groupes qui participent au défilé ont dû signer une déclaration de solidarité à l'égard des transgenres. D'ailleurs le parti libéral ne sera pas représenté, car il refuse de signer ce document.

Avec les informations d'Ève Payette