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31/07/2015 10:06 EDT | Actualisé 31/07/2016 01:12 EDT

Allemagne: la justice suspend l'enquête sur un blog soupçonné de "haute trahison"

La justice allemande a suspendu vendredi l'enquête préliminaire controversée qui visait un blog d'investigation soupçonné de "haute trahison" après avoir publié des documents du renseignement intérieur.

Le procureur fédéral allemand, Harald Range, compétent pour les affaires d'espionnage, a annoncé à l'édition en ligne du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung qu'il suspendait ces investigations "eu regard au bien précieux que constituent la liberté de la presse et la liberté d'expression".

"Les investigations sont en suspend jusqu'à la réception d'une expertise" qui doit déterminer si les documents dévoilés relèvent du "secret d'Etat", a indiqué le magistrat au journal.

Sollicité par l'AFP, M. Range n'était pas disponible dans l'immédiat.

L'affaire a suscité un tollé vendredi en Allemagne, plusieurs journalistes et responsables politiques dénonçant une atteinte à la liberté de la presse.

L'enquête visait deux journalistes de Netzpolitik.org, un blog allemand spécialisé dans la défense des droits numériques, soupçonnés d'avoir publié des documents relevant du "secret d'Etat", des faits réprimés par des peines pouvant aller de un an de prison à l'emprisonnement à vie.

Le motif de "haute trahison" n'avait plus été utilisé contre les médias en Allemagne depuis les années 1960. Pis, l'imbroglio judiciaire intervient alors que le pays s'interroge sur le degré de collaboration des services secrets allemands à la surveillance numérique orchestrée par l'agence de renseignement américaine NSA, et révélée par l'activiste Edward Snowden.

L'Association des journalistes allemands avait dénoncé une "tentative inadmissible de réduire au silence deux collègues critiques" et a appelé le procureur fédéral à classer l'enquête.

"Nous ne nous laisserons pas intimider", avaient pour leur part répliqué les deux journalistes de Netzpolitik, dont le fondateur Markus Beckedahl.

M. Beckedahl s'en était même pris au gouvernement allemand, en assurant à la télévision publique ARD que de nombreux signes indiquaient que Berlin était "enfoncé jusqu'au cou dans le bourbier de la NSA et compagnie".

Son blog a déjà été récompensé en Allemagne pour la qualité de son travail d'investigation. Il avait publié en février et en avril des documents dévoilant les projets de l'Office de protection de la constitution (renseignement intérieur) pour renforcer sa surveillance en ligne.

Le directeur de l'agence, Hans-Georg Maassen, avait alors porté plainte.

L'opposition avait également vu rouge : cette enquête relève d'une "disgrâce constitutionnelle", avait dénoncé la député des Verts Renate Künast, présidente de la commission des affaires judiciaires du Bundestag. "S'il n'y avait pas de journalisme d'investigation, nous ne saurions rien", a-t-elle fulminé.

Plusieurs éditorialistes s'étaient offusqué, en comparant la procédure à "l'affaire du Spiegel", symbole de la liberté de la presse en Allemagne.

Accusé de trahison, le prestigieux hebdomadaire avait vu ses locaux fouillés par la police et ses responsables arrêtés en 1962, à cause d'un article révélant des lacunes dans l'armée allemande. Un tribunal avait ensuite désavoué les pouvoirs publics, et le ministre de la Défense de l'époque avait démissionné.

Vendredi, la presse allemande rappelait aussi l'histoire funeste de l'accusation de "haute trahison". Elle était instrumentalisée au 19e siècle par le premier chancelier, Otto von Bismarck, et ensuite par les nazis sous la République de Weimar, pour combattre leurs opposants politiques.

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