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30/07/2015 11:21 EDT | Actualisé 30/07/2016 01:12 EDT

Tunnel sous la Manche : ébauche d'accalmie à Calais, polémique à Londres

La vague d'intrusions sur le site du tunnel sous la Manche à Calais (nord de la France) semble connaître une ébauche d'accalmie, sans atténuer la volonté de fer des migrants de gagner la Grande-Bretagne au prix d'un jeu du chat et de la souris avec les policiers.

La polémique engendrée par la crise des derniers jours s'est déplacée jeudi vers le Royaume-Uni, où une volée de bois vert s'est abattue sur le Premier ministre conservateur David Cameron, critiqué pour avoir évoqué une "nuée" de clandestins cherchant à rejoindre le pays.

De source policière française, les forces de l'ordre ont comptabilisé dans la nuit de mercredi à jeudi 800 à 1.000 clandestins aux abords du tunnel, et coupé court à environ 300 tentatives d'y pénétrer pour monter sur des navettes Eurotunnel à destination de l'Angleterre.

Eurotunnel a évoqué de son côté une nuit moins intense que les précédentes, où 1.500 à 2.000 tentatives d'intrusion ont été recensées en moyenne sur les dernières semaines.

La sécurisation du site a été "très bien coordonnée avec les nouvelles équipes (des forces de l'ordre) arrivées dès hier (mercredi) soir", a souligné une porte-parole de l'exploitant du tunnel.

Un journaliste de l'AFP sur les lieux mercredi soir a vu des centaines de migrants tenter de s'introduire par tous les fronts, en passant à travers champs, sur l'immense site d'Eurotunnel (650 hectares, 28 kilomètres de clôture).

Certains ont organisé une sorte de sit-in devant les sorties des navettes. D'autres ont réussi à se faufiler derrière la grille en l'escaladant. La plupart ont essuyé un échec, sans violence ni animosité de la part des forces de l'ordre ou des migrants, a-t-il constaté.

Le tunnel sous la Manche est assailli depuis des semaines de tentatives massives d'intrusion de migrants prêts à tout pour gagner la Grande-Bretagne, qu'ils voient comme un "eldorado".

La situation vire de plus en plus fréquemment au drame, comme dans la nuit de mardi à mercredi où un clandestin soudanais a trouvé la mort.

- 'Conditions terribles' -

Un autre migrant est décédé mardi après s'être blessé à la tête deux jours plus tôt en sautant d'une plateforme sur une navette sur le point de s'engouffrer dans le tunnel, a annoncé jeudi la justice française.

Ce nouveau décès porte à dix le nombre de tués sur le site depuis début juin.

Pour renforcer la sécurité, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé mercredi l'arrivée sur place de 120 policiers supplémentaires, en appui du contingent de 300 déjà déployés.

Interviewé par la télévision ITV en marge d'une visite officielle au Vietnam, le Premier ministre britannique David Cameron a déclenché une tempête à Londres.

La situation à Calais, a-t-il déclaré, est "très difficile parce qu'une nuée de migrants traverse la Méditerranée à la recherche d'une existence meilleure, et cherche à venir au Royaume-Uni parce qu'il y a du travail, que son économie est en pleine croissance et que c'est un endroit incroyable pour vivre".

"Il devrait se rappeler qu'il parle d'êtres humains et non d'insectes", a aussitôt réagi Harriet Harman, leader par intérim de l'opposition travailliste. Candidat à la tête du Labour, Andy Burnham a lui dénoncé un langage "scandaleux".

Même Nigel Farage, le leader du parti anti-immigration Ukip, a assuré qu'il n'utiliserait "pas un tel langage", accusant M. Cameron de vouloir "jouer au dur".

Peter Sutherland, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour les migrations, a regretté sur la BBC un "débat excessif sur la question de Calais" au Royaume-Uni.

"Entre 5.000 et 10.000 personnes vivent dans des conditions terribles à Calais. Au lieu de penser à envoyer des soldats ou de construire des clôtures, nous devrions d'abord nous occuper de cette crise humanitaire", a-t-il ajouté.

A Paris, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a déploré la "situation humainement épouvantable" des migrants de Calais et appelé à oeuvrer au-delà du renforcement des forces de police françaises et britanniques.

"Il faut en même temps travailler avec les pays d'origine et puis il faut que l'Europe s'organise vraiment", a-t-il plaidé.

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