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30/07/2015 18:45 EDT | Actualisé 30/07/2016 01:12 EDT

Les talibans confirment la mort du mollah Omar ouvrant la voie à sa succession

Les talibans afghans ont confirmé jeudi la mort de leur chef historique, l'énigmatique mollah Omar, ouvrant la voie à sa succession au moment où les rebelles islamistes sont appelés à des pourparlers de paix et menacés de se faire doubler sur leurs terres par le groupe Etat islamique.

Les talibans gardaient le silence radio depuis des années sur le sort de leur chef historique, qui n'était plus apparu en public depuis 2001.

Ils ont finalement confirmé son décès. Le gouvernement afghan a indiqué mercredi que le mollah Omar s'était éteint dans "des circonstances mystérieuses" en avril 2013 à Karachi, la métropole du Pakistan voisin.

"La direction de l'émirat islamique (nom officiel des talibans, ndlr) et la famille du mollah Omar annoncent le décès de maladie du fondateur et chef" des talibans, ont annoncé les insurgés, décrétant trois jours de deuil.

Les talibans afghans sont désormais confrontés au choix cornélien d'un successeur à cette figure qui les soudait depuis 20 ans et les avait portés au pouvoir à Kaboul, de 1996 à 2001, avant d'en être chassés par une coalition américaine dans la foulée des attentats du 11-Septembre.

Différentes sources au sein de la rébellion afghane ont indiqué à l'AFP que le mollah Akhtar Mansour, un des ténors du conseil central des talibans, faisait figure de favori, mais qu'aucun choix n'avait été validé.

"Le mollah Mohammad Akhtar Mansour dirige de facto les talibans depuis 2013... Il est considéré comme proche du Pakistan et en faveur des pourparlers de paix" avec Kaboul, a déclaré à l'AFP un cadre intermédiaire des talibans.

Le choix d'un successeur au mollah Omar doit se dérouler en plusieurs étapes, a précisé un autre rebelle: le conseil central doit d'abord choisir un candidat qui doit être adoubé par un collège de dignitaires religieux.

Un autre candidat pressenti est le fils du mollah Omar, le mollah Yaqoub, 26 ans: il est préféré par certains commandants, mais d'autres le jugent trop jeune et inexpérimenté pour succéder à son père.

- Pourparlers reportés -

En raison de "l'incertitude" causée par la mort du mollah Omar et "à la demande de la direction des talibans afghans", qui doivent se trouver un nouveau chef, le Pakistan a annoncé le report sine die du second cycle des pourparlers de paix entre les rebelles islamistes et le gouvernement afghan qui devait se tenir vendredi sur son sol.

"Le Pakistan et les autres pays amis de l'Afghanistan espèrent que la direction des talibans continuera à s'engager dans les pourparlers de paix", a souligné le gouvernement pakistanais, accusant des "forces mal intentionnées" de vouloir faire capoter la réconciliation afghane.

Les autorités afghanes ont longtemps accusé les services secrets pakistanais de téléguider les talibans, en lutte contre les forces de l'Otan et leurs alliés afghans, ou de "garder sous la main" des cadres de la rébellion afin de les utiliser à un moment jugé opportun par Islamabad.

Mais, début juillet, le Pakistan a joué les entremetteurs en organisant une première rencontre officielle entre des cadres talibans et des représentants du gouvernement de Kaboul afin de mettre sur les rails de véritables négociations de paix.

"La mort du mollah Omar devrait retarder les pourparlers de paix, mais elle n'y mettra pas fin", a estimé Mohammad Natiqi, qui a participé au premier cycle de discussions au sein de la délégation afghane.

Les Etats-Unis, qui encouragent depuis longtemps une "réconciliation" afghane, ont jugé que la mort du mollah Omar représentait "clairement un moment opportun (...) pour que les talibans scellent une paix authentique avec le gouvernement afghan", selon un porte-parole du département d'Etat.

Mais des analystes demeuraient sceptiques sur la reprise rapide du dialogue afin de stabiliser un pays endeuillé par près de 14 années consécutives de guerre et confronté à une escalade des violences après le départ, en décembre, de l'essentiel des forces de l'Otan.

- Menace "existentielle" de l'EI -

Le décès du mollah Omar risque d'accentuer les lignes de fracture entre talibans, divisés sur la question des pourparlers de paix et menacés par l'émergence de la branche locale de l'organisation Etat islamique (EI), groupe jihadiste qui tente d'étendre en Afghanistan son califat proclamé sur des pans de la Syrie et de l'Irak.

"Les pourparlers (...) ont certainement perdu leur élan", a déclaré à l'AFP Michael Kugelman, expert au centre de recherche Woodrow Wilson à Washington.

"L'annonce de la mort d'Omar va provoquer une crise existentielle chez les talibans et les pourparlers de paix sont la dernière chose qu'ils auront en tête. Ils devront se concentrer sur leur survie, pas sur les pourparlers", a-t-il ajouté.

Depuis plusieurs mois, des commandants talibans sur le terrain exigeaient des "preuves de vie" de leur chef dont les communications se résumaient à des messages probablement écrits en son nom par d'autres dirigeants de la rébellion.

Sans preuve concrète ou étant hostiles aux pourparlers de paix, certains d'entre eux avaient déjà quitté les rangs des talibans pour faire allégeance à l'EI, qui pourrait profiter de la mort du mollah Omar pour intensifier son recrutement chez son rival islamiste.

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