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30/07/2015 16:52 EDT | Actualisé 30/07/2016 01:12 EDT

Les petites îles veulent se faire entendre à l'ONU

Ministres et ambassadeurs d'une quinzaine de petits Etats insulaires ont plaidé jeudi devant le Conseil de sécurité pour que l'ONU les aide à affronter le réchauffement climatique mais aussi les menaces à leur sécurité.

Dans une enceinte plus habituée à débattre des conflits en Syrie, Ukraine ou Afrique, le Premier ministre des Samoa Tuilaepa Sailele Malielegaoi a d'emblée affirmé leur droit "à faire entendre leur voix".

"Aucune région, aucun dossier ne devrait monopoliser le temps et l'attention du Conseil", a-t-il dit. "Les petits Etats insulaires en développement sont importants, quels que soient leur taille ou leur poids économique, politique ou militaire".

Le réchauffement de la planète est le défi numéro un pour ces pays menacés dans leur existence même par la montée du niveau de la mer, ont répété l'un après l'autre leurs représentants, au cours d'un débat organisé par la Nouvelle-Zélande, qui préside le Conseil en juillet.

Pour le Premier ministre des Samoa, "la communauté onusienne ne doit pas balayer d'un revers de main les implications du changement climatique sur la sécurité", domaine de compétence du Conseil.

Il a suggéré que le Conseil consacre régulièrement "une journée à l'examen des défis à la paix et la sécurité" qu'affrontent ces petites îles.

Dans toute l'histoire des Nations unies, "seuls huit petits Etats insulaires ont siégé au Conseil de sécurité" comme membres non permanents, a déploré le ministre des Affaires étrangères de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Camillo Gonsalves.

- 52 Etats -

L'ONU classe 52 pays ou territoires, comptant au total 50 millions d'habitants, dans la catégorie des Petits Etats insulaires en développement, dont 37 sont membres des Nations unies.

Le ministre des Affaires étrangères des Fidji Ratu Inoke Kubuabola n'a pas manqué de faire valoir la contribution de certains de ces micro-Etats aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, sans commune mesure avec leur taille. Les îles Fidji fournissent ainsi 625 Casques bleus, contre 918 pour la France, 289 pour le Royaume-Uni ou 80 pour les Etats-Unis.

"Les problèmes qu'affrontent les petits Etats insulaires en développement sont des défis mondiaux et il en va de notre responsabilité collective", a reconnu le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Ils "sont en première ligne de la lutte contre le réchauffement climatique", a souligné M. Ban. Il a dit compter sur le Fonds vert pour le climat géré par l'ONU (100 milliards de dollars par an en 2020) et sur "un accord significatif et universel" à la conférence climatique de Paris en décembre.

"Nous ne pouvons pas aller à Paris (..) avec l'idée que certaines îles pourraient être sacrifiées sur l'autel des manoeuvres politiques et d'une croissance effrénée", a averti le ministre des finances des Seychelles Jean-Paul Adam. "Chaque île compte".

D'autres menaces pèsent sur ces micro-Etats: crime organisé, trafic de drogue, endettement, surpêche, piraterie maritime, terrorisme. "La majeure partie des échanges illégaux dans le monde se fait par mer, qu'il s'agisse du trafic des personnes, de la drogue ou des armes", a expliqué Jean-Paul Adam. "Entourés d'océans, nous sommes les gardiens bleus de la planète mais les espaces océaniques sont bien moins contrôlés que la terre ferme".

Il a affirmé que les Seychelles avaient "brisé le modèle économique" de la piraterie dans l'océan indien en traînant systématiquement en justice les pirates capturés. Mais les islamistes somaliens shebab, a-t-il averti, ont profité du manque de surveillance maritime dans la région.

"Nous sommes venus de loin, à grand frais", a résumé le président des Kiribati, Anote Tong. "A nos peuples qui nous demandent: que peut-on attendre de cette réunion? (..) pouvons-nous répondre: oui, votre existence, vos vies sont importantes ?".

Il a réclamé "une action urgente" pour contrer les effets du changement climatique, avant de saluer le Conseil par une formule traditionnelle de son pays: "Te Mauri, Te Raoi, ao Te Tabomoa" (que la santé, la paix et la prospérité soient avec vous).

avz/faa