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29/07/2015 22:00 EDT | Actualisé 29/07/2016 01:12 EDT

La pilote ukrainienne Nadia Savtchenko jugée en Russie pour le meurtre de deux journalistes

Le procès de la pilote militaire ukrainienne Nadia Savtchenko doit s'ouvrir jeudi dans le sud de la Russie, à la frontière avec l'est séparatiste de l'Ukraine où avaient été tués l'été dernier deux journalistes russes dont elle est accusée du meurtre.

Ce nouveau procès d'un ressortissant ukrainien, après l'ouverture la semaine dernière de celui du cinéaste Oleg Sentsov pour "terrorisme", devrait encore aggraver les relations déjà exécrables entre Kiev et Moscou, sur fond de conflit armé entre séparatistes prorusses et forces ukrainiennes dans l'est de l'Ukraine.

Initialement considérée comme "complice" du meurtre des deux journalistes russes, tués par un tir de mortier dans le Donbass en juin 2014, Nadia Savtchenko, 34 ans, est finalement accusée d'être "co-exécutrice d'un meurtre prémédité" pour avoir aidé à corriger les tirs des forces ukrainiennes.

La pilote d'hélicoptère, qui risque jusqu'à 25 ans de prison, rejette toutes les accusations portées contre elle. "Ce ne sera pas un procès. Ce sera un spectacle de propagande comme à l'accoutumée", a déclaré à l'AFP l'un de ses avocats, Mark Feïguine.

Selon lui, le fait que Nadia Savtchenko soit jugée dans la ville russe de Donetsk, non loin de la frontière russo-ukrainienne, est "le pire scénario possible" car les observateurs étrangers ont besoin d'obtenir la permission du Service fédéral de sécurité (FSB) pour s'y rendre, la ville ayant un régime spécial dû à sa position frontalière.

Quelque 200 kilomètres séparent la ville russe de son homonyme ukrainien, devenu le bastion des rebelles séparatistes prorusses et la capitale de la "République populaire de Donetsk" (DNR) autoproclamée.

La détention de la jeune femme lui vaut une forte popularité en Ukraine, où elle a été élue symboliquement députée du parti de l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko.

Kiev affirme en outre que la militaire a été capturée en Ukraine et livrée à la Russie par les rebelles prorusses, début juillet 2014, tandis que Moscou assure qu'elle a été arrêtée en territoire russe alors qu'elle se faisait passer pour une réfugiée.

Pour ses avocats et ses soutiens, il ne fait cependant aucun doute que Nadia Savtchenko sera jugée coupable malgré les nombreuses preuves de son innocence.

- L'UE veut une 'libération immédiate' -

Nadia Savtchenko est l'une des premières femmes en Ukraine à avoir reçu un entraînement pour devenir pilote et a servi dans un contingent de maintien de la paix en Irak pendant six mois.

De nombreux dirigeants occidentaux ont à plusieurs reprises demandé au président russe Vladimir Poutine de libérer la jeune femme, qui a observé pendant 84 jours une grève de la faim pour protester contre son emprisonnement.

Le Parlement européen avait notamment appelé en avril à "la libération immédiate et sans condition" de Nadia Savtchenko, estimant que Moscou "ne dispose d'aucune base juridique ni d'aucune compétence pour engager des poursuites à son encontre".

Certains experts estiment cependant que l'Ukrainienne pourrait servir de monnaie d'échange pour Moscou dans son bras de fer avec les autorités de Kiev.

"Une telle chose est possible, d'autant plus qu'il y a des gens qui peuvent être échangés contre elle en Ukraine", explique Alexandre Baounov, chercheur au Centre Carnegie à Moscou, faisant référence à deux soldats présumés des forces spéciales russes capturés en mai dans l'Est par les forces de Kiev.

En vue du procès, la jeune militaire, détenue jusqu'ici dans une prison moscovite, a été transférée à Novotcherkassk, l'ancienne capitale des cosaques du Don célèbre pour la sanglante répression d'une grève ouvrière par les autorités soviétiques en 1962.

Le procès de Nadia Savtchenko s'ouvre alors qu'un de ses compatriotes, le réalisateur Oleg Sentsov, est également jugé dans le sud de la Russie pour "terrorisme" et encourt jusqu'à 20 ans de détention.

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