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30/07/2015 14:36 EDT | Actualisé 30/07/2016 01:12 EDT

GB: le calvaire des routiers bloqués des heures dans l'attente de rejoindre la France

Les routiers bloqués dans le sud de l'Angleterre en attente de rejoindre la France s'indignaient jeudi devant une situation causée par d'intenses perturbations du trafic de ferries liées au conflit social de MyFerryLink et aux intrusions de migrants à Calais.

C'est à perte de vue que s'étirait une file de milliers de camions stationnés sur l'autoroute M20, longue de 65 kilomètres, entre Londres et les ports de Folkestone et de Douvres (sud-est de l'Angleterre).

"Le Kent n'est plus le jardin de l'Angleterre, c'est le parking à camions de l'Angleterre", s'est lamenté David Scott-Smith, le chef de secteur de l'Association des transporteurs routiers de marchandises, qui représente 6.500 entreprises opérant 120.000 poids-lourds.

Selon lui, les camions en bout de file vont devoir patienter jusqu'à 18 heures pour atteindre les péages où ils devront encore attendre plusieurs heures.

En cause, une conjonction d'événements avec l'arrêt de centaines de traversées normalement opérées par MyFerryLink, et l'afflux de migrants sur le terminal d'Eurotunnel de Coquelles (nord de la France) qui entraîne des retards quasi-quotidiens, tout cela en pleine période de vacances scolaires et d'intense trafic de fret.

Depuis début juillet, les rotations des trois ferries de la compagnie maritime MyFerryLink, qui pouvaient effectuer jusqu'à 16 traversées trans-Manche par jour selon leur site internet, ont été arrêtées en raison d'un mouvement social des marins de la Scop SeaFrance, qui exploite MyFerryLink et bloquent les bateaux.

- Un million d'euros de perte par jour -

Des perturbations intermittentes ont également touché au moins un ferry de la compagnie danoise DFDS qui a même décidé le week-end dernier de suspendre l'ensemble de ses rotations trans-Manche pendant trois jours après avoir été victime d'incidents dans le port français de Calais.

"Tout cela a beaucoup touché le port", a indiqué une porte-parole d'Eurotunnel, soulignant également "les difficultés migratoires" qui ont provoqué des retards sur les navettes dans le tunnel sous la Manche.

Pour David Scott-Smith, le blocage de ses camions se traduit en pertes sèches: "Un camion coûte 321 livres (par jour). Quand il est à l'arrêt, les coûts ne sont pas couverts. Notre PIB est maintenant bloqué sur la M20", a-t-il regretté.

Les représentants du transport britannique de fret ont affirmé la semaine dernière perdre chaque jour 750.000 livres (un million d'euros) à cause de ces retards.

"Je suis un prisonnier de mon propre pays. C'est incroyable", a déclaré à l'AFP Dave Dobson, un chauffeur britannique indépendant.

- "Un problème de l'Union européenne" -

"Je fais normalement trois livraisons par semaine et cette semaine je n'en ai fait qu'une et on est presque vendredi... Si ça continue, je vais tout perdre, je n'aurai plus de travail", craint-il.

Des toilettes mobiles ont été installées tous les miles (1,6 km) et les routiers ont été invités à faire des provisions d'eau et de nourritures dans le cadre de l'"Operation Stack", du nom de l'intervention de police qui impose un stationnement forcé aux poids-lourds, le temps de désengorger les sites d'embarquement de Folkestone et Douvres.

Pour nombre des routiers bloqués et certains tabloïds anglais, la faute revient aux autorités françaises qui n'auraient pas su gérer l'afflux de migrants sur le site Eurotunnel de Coquelles.

"Rien ne changera tant qu'un Français ne se fera pas tuer. Alors seulement ils feront quelque chose", estime un routier britannique qui ne veut pas dire son nom.

Pour le député conservateur de Folkestone Damian Collins, la réponse britannique est également à revoir. "L'opération Stack a échoué. Elle est à l'origine d'embouteillages sur nos routes, de problèmes pour nos habitants pour leurs rendez-vous à l'hôpital ou pour que les entreprises fonctionnent", a-t-il dit à la BBC.

Il a proposé de stationner les camions sur des parkings plutôt que sur les autoroutes.

"Ce n'est pas un problème britannique ou français, c'est un problème de l'Union européenne et ça va empirer", a quant à lui déclaré à l'AFP le député travailliste Keith Vaz, responsable d'une commission parlementaire qui contrôle le travail du ministère de l'Intérieur.

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