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24/07/2015 10:32 EDT | Actualisé 24/07/2015 10:32 EDT

Les animaux sont aussi victimes de la crise en Grèce

ASSOCIATED PRESS
Delfin-Baby Dolly schwimmt mit ihrer Mutter Delphi am Donnerstag, 20. September 2007 durch das Delphinarium in Duisburg. Die kleine Dolly sieht nach ihrer aeusserst seltenen Geburt am 4. August heute zum erstenmal Besucher in ihrem neuen Zuhause im Duisburger Zoo. Auch Mutter Delphi wurde vor 15 Jahren in Duisburg geboren. Da neugeborene Delfine ueber kein Immunsystem verfuegen, durften bisher nur wenige Pfleger unter strengen Hygienevorschriften zu dem neuen Zooliebling. (AP Photo/Martin Meissner)--- Dolphin baby Dolly swims with her mother Delphin in the Delphinarium at the zoo in Duisburg, Germany, Thursday, Sept. 20, 2007. The little new dolphin was born on Aug. 4 and is shown today for the first time. Her mother was also born in Duisburg 15 years ago. (AP Photo/Martin Meissner)

Entre un zoo qui peine à importer la nourriture de ses animaux, et des associations débordées face aux abandons de chats, la crise en Grèce, en plus de son cruel impact humain, touche aussi les bêtes.

"Il faut que je rappelle la banque", lance Jean-Jacques Lesueur, interrompant un instant la visite du zoo qu'il a fondé à Athènes.

L'homme d'affaires français, un septuagénaire aux allures de baroudeur, doit importer six tonnes de poissons congelés pour les dauphins de son établissement.

Cette transaction banale se heurte aux sévères restrictions financières mises en place le 29 juin pour empêcher l'argent de sortir de Grèce.

Tout paiement de facture à l'étranger doit être validé par une commission gouvernementale, et les fournisseurs, inquiets, exigent d'être payés à l'avance.

Finalement M. Lesueur a vu sa commande validée de manière "prioritaire" en quelques jours seulement, grâce selon lui au "brouhaha" qu'il a fait autour de son cas.

Le ministère grec de l'Economie a annoncé jeudi que pour "faciliter" les importations de matières premières et éviter l'embouteillage des demandes au niveau central, les autorisations de paiement allaient pouvoir être données par les banques.

Harengs congelés et poudre de termites

Le zoo utilise principalement des végétaux et de la viande locaux, mais importe aussi pour environ 80 000 euros de nourriture par an.

"Des clopinettes" en termes financiers selon son fondateur, mais "une question de vie ou de mort" pour certaines espèces. Les dauphins par exemple ont besoin de poissons introuvables au large de la Grèce. Et les deux fourmiliers géants du zoo dépendent entièrement d'importations de vers et d'une poudre remplaçant les termites de leur habitat naturel.

La vision de ces deux gros animaux se précipitant sur les vers grouillants amuse fort quelques bambins. Le zoo, sous le slogan "Restons soudés en ces temps difficiles", offre l'entrée aux enfants pendant l'été.

Les adultes, eux, payent plus cher depuis une hausse de TVA entrée en vigueur lundi sous la pression des créanciers de la Grèce.

Loin des animaux exotiques, dans un grand jardin public du centre d'Athènes, Cordelia Madden-Kanellopoulou s'exclame: "Mais je ne te connais pas, toi".

Un chat noir inconnu s'est joint aux félins craintifs que cette Anglaise longiline, mariée à un Grec, nourrit tous les jours, en alternance avec d'autres bénévoles.

Son association "Nine Lives" alimente quelque 450 chats errants dans la capitale grecque et procède à des campagnes de stérilisation (quelque 1 500 animaux l'an dernier).

Chats persans à la rue

"Il y a de plus en plus d'abandons de chats de race. Il y a quelques années, il y avait de l'argent en Grèce, les gens se sont offert de beaux animaux, mais désormais ça coûte cher, le vétérinaire, la toilette", explique Mme Madden-Kanellopoulou.

"Un persan blanc qui a grandi en appartement, face aux voitures, aux chiens errants, il ne survit pas deux jours", s'indigne la jeune femme blonde.

Face à un taux de chômage de 25% et une sévère récession, "les gens n'adoptent plus". Les expatriés, nombreux à soutenir l'association, "s'en vont et ne reviennent pas", soupire-t-elle en distribuant ses croquettes. En revanche les marchés aux puces organisés pour lever des fonds "marchent de mieux en mieux", crise oblige.

Evgenia Mataragka, porte-parole de l'ONG "Animal Action" en Grèce, a constaté une "énorme progression du nombre d'animaux abandonnés" depuis six mois, dans un pays où chats et chiens errants sont une vision familière.

Certains sont devenus célèbres, ainsi le chien Loukanikos, en première ligne des manifestations antiaustérité en 2010 et dont les photos ont fait le tour du monde. Il est mort en 2012 dans une famille d'adoption.

"Dans les grandes villes, les animaux ne meurent pas de faim, mais la situation est problématique sur les îles", raconte Mme Mataragka. "Les chattes ont une portée après l'autre, il y a des maladies liées à la consanguinité. Les bêtes meurent de faim, ou empoisonnées", un sort à mille lieues des mignons chatons sur fond bleu et blanc qui peuplent les cartes postales grecques.

Les associations cherchent désormais argent et familles d'adoption à l'étranger: Nine Lives a envoyé l'une de ses mascottes, Dora, passer ses vieux jours en Allemagne. "En Grèce, tout le monde a des problèmes, personne ne peut vraiment aider", constate Mme Mataragka.

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