NOUVELLES
19/07/2015 07:27 EDT | Actualisé 19/07/2016 01:12 EDT

Les "frères" polynésiens rassemblés autour des sports traditionnels

Lancer de javelot, lever de pierre, décorticage de coprah, grimper de cocotier: le premier Festival des sports traditionnels du Pacifique a rassemblé à Tahiti près de 650 athlètes du "triangle polynésien", venus rivaliser d'adresse et de force.

"On avait des contacts avec d'autres pays du Pacifique sud et aujourd'hui ils sont là !", se réjouit Enoch Laughlin, président de la fédération des sports et jeux traditionnels.

Créée il y a 11 ans, elle organisait depuis huit ans une journée dédiée aux sports dans le cadre plus large du Heiva i Tahiti, festival phare de la culture polynésienne, dont l'édition 2015 s'est achevée samedi soir.

Les autres pays du Pacifique, ce sont les "frères" qui forment un triangle dont les pointes sont Hawaï, l'île de Pâques (Rapa Nui) et la Nouvelle-Zélande, avec en son centre la Polynésie française. Des délégations des îles Cook et de Nouvelle-Calédonie se sont greffées à cette manifestation inédite.

Ces invités ont présenté 42 sportifs, les archipels de Polynésie française 260 et Tahiti 340. Si toutes les îles qui ont des cocotiers pratiquent le grimper et le décorticage de coprah --dans le cadre de son exploitation économique pour faire de l'huile de coco -- ou la course de porteurs de fruits, le javelot est plus spécifique à l'archipel des Tuamotu (nord-est de Tahiti) et le lever de pierre aux Australes (sud).

- Tatouages et paréos -

En tenue traditionnelle, les reins ceints d'un paréo et la tête d'une couronne tressée de fibres végétales séchées ou de feuillages, la plupart tatoués, les athlètes ont déployé leur art devant une foule enthousiaste.

Massés sur une ligne, plusieurs dizaines de lanceurs de javelot se succèdent pour tenter de ficher, en sept minutes, leur fine lance dans une noix de coco fixée en haut d'un mât de 9,5 mètres. Beaucoup ratent leur cible et parmi tous ceux qui hérissent la coco (un record de 48 a été relevé), seul le javelot le plus haut donne le point.

Le lever de pierre reste la discipline la plus suivie avec la catégorie reine "extra-lourd" où un roc lisse de 160 kg doit être mis à l'épaule et stabilisé. Le public encourage les colosses au visage crispé par l'effort, et salue aussi bien le champion qui la soulève en moins de cinq secondes que les malchanceux qui laissent échapper la pierre.

Il faut dire que certains athlètes sont néophytes. L'équipe de Hawaï se compose de... danseurs! "Les sports traditionnels de Hawai'i n'ont rien à voir, c'est plutôt la lutte ou le jeter de pierre. C'est tout à fait nouveau, alors on a regardé des vidéos sur YouTube et on a essayé de faire", raconte Manarii Gauthier, Tahitien installé depuis 14 ans à Hawaï et qui a converti sa troupe de danse.

L'équipe de Rapa Nui a tenté de faire bonne figure mais sans cocotier sur leur île, difficile de rivaliser. Chez eux, c'est la descente sur des troncs de bananier qui est pratiquée. Qu'importe, "c'est bon de partager avec nos frères du triangle polynésien", assure Mea Mea Haoa, l'un des cinq membres de la délégation, ravi de ce Festival Tu'aro Ma'ohi à la croisée de la culture et du sport.

- Culture du "aito", le héros -

"On veut que les échanges perdurent et on est prêt à s'adapter à leurs sports comme eux ont appris les nôtres", affirme Enoch Laughlin, qui annonce la création prochaine d'un "comité des sports traditionnels du Pacifique". S'il ne cache pas sa satisfaction devant ce heiva internationalisé, c'est que "les sports traditionnels reviennent d'années difficiles où on ne les pratiquait qu'une fois dans l'année".

Pour Bruno Saura, professeur de civilisation polynésienne à l'Université de Polynésie française, cet engouement pour les sports et jeux anciens relève moins du renouveau culturel "ma'ohi", enclenché depuis la fin des années 70 avec une revitalisation de la danse et un retour massif du tatouage, que d'une perpétuation de l'ancien.

"Cela s'inscrit plus dans la vieille culture polynésienne du héros, du champion, le +aito+", estime l'anthropologue, qui rappelle que les Polynésiens sont imprégnés "d'une culture très hiérarchique où l'on aime à se mesurer", en force chez les hommes, en beauté chez les femmes, ce qui explique aussi le succès des élections de miss en Polynésie.

"Ce ne sont pas des sports pour être en bonne santé mais pour rappeler la hiérarchie. D'ailleurs l'idée de +sport+ est nouvelle alors que les pratiques sont anciennes", souligne M. Saura.

sla/pr/

Biden ou Trump?
Suivez les dernières nouvelles, les analyses et les sondages dans cette course qui ne cesse de surprendre!