DIVERTISSEMENT
19/07/2015 07:49 EDT | Actualisé 19/07/2015 07:51 EDT

Gala Guy Nantel : riche en réflexions

PC

Le gala Juste pour rire animé par Guy Nantel, samedi, a offert davantage de matière à réflexion qu’à crouler d’hilarité. Sur la thématique de l’avarice, les invités ont été généreux en humour songé, parfois même intello, et le public, en ovations debout ; chaque artiste a eu la sienne. Les Québécois sont décidément très entichés de leurs humoristes.

La soirée sur la cupidité n’a donc pas été la plus riche en fous rires que la Salle Wilfrid-Pelletier ait connu ces derniers jours, mais n’est pas tombée à plat pour autant; elle était simplement plus réfléchie et s’inspirait de sujets plus sérieux. Guy Nantel avait raison lorsqu’il affirmait qu’il voulait demeurer fidèle à son style pour ce retour après trois ans d’absence à Juste pour rire ; le spectacle était à son image.

Nantel lui-même a été percutant et un peu baveux dans son monologue d’introduction. «Moi, je trippe sur l’argent. C’est ma valeur principale dans la vie», a-t-il annoncé d’entrée de jeu. La jalousie suscitée par l’argent, les personnalités qui acceptent de faire de la publicité, l’austérité, les paradis fiscaux, le maître de cérémonie a ratissé large dans ses dénonciations. On a beaucoup aimé ses trucs cocasses pour économiser, comme ces astuces pour servir du vin bas de gamme à nos invités ou pour ne pas avoir à coller de timbre sur nos envois postaux.

Plus tard, Guy Nantel est revenu dans la peau d’un personnage de sans-abri pas du tout envieux du reste de la société. «Le monde vit tout croche», a répété à quelques reprises l’itinérant, dont les observations généraient davantage de prises de conscience que de rires. Nantel a usé du prétexte pour traiter de notre incapacité à profiter du moment présent. Un beau numéro, sensible et intelligent.

Fabien Cloutier épate

La révélation de ce sixième gala de 2015 a certainement été Fabien Cloutier, qu’on connaît pour ses apparitions dans Les beaux malaises et PaparaGilles, mais qu’on n’avait encore jamais applaudi dans un collectif de Juste pour rire. Avec son débit rapide, le Beauceron d’origine a imaginé – ou plutôt, déliré! – ce que pourrait être l’histoire d’un couple cheap, formé d’un homme qui ne paie que des prostituées à 20$ et ne jure que par la culture médiévale, et d’une femme qui ne se nourrit que de pizzas pochettes. Il fallait être très attentif pour le suivre, mais Cloutier fait preuve d’un extraordinaire talent de conteur.

Virginie Fortin a mis le public dans sa poche avec son air pince-sans-rire, déjà devenu sa marque de commerce. Elle a commencé par culpabiliser le parterre d’avoir acheté des billets à 70$ pour le gala de Nantel, alléguant que tout cet argent rassemblé aurait pu sauver un enfant dans le besoin. «J’espère que vous allez autant rire que ces enfants-là ont faim», a-t-elle déclaré, insolente. L’obsession des plus nantis pour les diamants et les fausses cartes de crédit dans les portefeuilles neufs ont été quelques éléments forts de son texte.

Inégal d’une prestation à l’autre, Jean-François Mercier, qu’on avait beaucoup aimé au gala d’André Sauvé, nous a laissé de marbre avec son anecdote de manette de jeu vidéo brisée, encadrée de plusieurs allusions sexuelles, crues et directes, partant de sa liaison avec une mère monoparentale jusqu’au récit d’un passage dans un salon de massage.

Julien Tremblay a repris son concept de blagues appuyées par des accords de guitare, éprouvé au gala de François Bellefeuille, la semaine dernière. Il était drôle et l’assistance l’a aimé, mais on aurait apprécié qu’il trouve un nouveau registre à exploiter. Quant au faux discours de politicien d’Emmanuel Bilodeau, dans un anglais volontairement boiteux, il était beaucoup trop long, bien que souvent comique.

Téléthon de la varice

Guillaume Wagner ne craint visiblement jamais d’aller trop loin. Sa pièce-maîtresse pour cet avant-dernier arrêt de son marathon de galas JPR? Le penchant de Michael Jackson pour la chair enfantine. «Si tu veux agresser un enfant, ça te prend l’argent que Michael Jackson avait», a-t-il soutenu, soulignant que Jackson a déjà offert 23 millions à un bambin pour que celui-ci ne le poursuive pas. Wagner a aussi tapé sur les écarts des compagnies minières et la Commission Charbonneau.

Nos Denis Drolet bien-aimés, décidément très occupés en ce temps de festival, ont conclu le rendez-vous sur la note la plus absurde possible, en présentant le «Téléthon de la varice» (et non de l’avarice). «Les petites lignes rouges qu’on a sur le corps et qui nous donnent l’air d’un shortcake aux fraises», a expliqué le Denis barbu. Leur vignette déjantée a été ponctuée d’apparitions de Béatrice Picard, de François Bugingo (incarné par le comédien Steve Bastien), de Jasmin Roy («Qu’il retourne dans son pays, le parc Marie-Victorin!», ont balancé les Denis à son intention), de l’acteur Raymond Desmarteau sous les traits du président des rôtisseries Saint-Hubert, et même de Luc DeLarochellière, qui a revisité son succès Si fragile : «On en a quand on est trop vieux, on en a quand on est trop gras, c’est pas toujours parce qu’on en veut, faut apprendre à vivre avec ça, la varice est si fragile…» Une touche de folie qui a un peu allégé le ton de cet hommage à l’avarice.

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