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19/07/2015 09:48 EDT | Actualisé 19/07/2016 01:12 EDT

France: la privatisation d'une plage pour le roi saoudien suscite l'amertume

"Qu'ils assurent leur sécurité, c'est normal, mais qu'ils nous laissent nous baigner!": la fermeture imminente d'une plage publique du sud de la France, pour garantir la protection du roi saoudien pendant ses vacances, laisse un goût amer aux habitués des lieux.

Nichée dans les rochers entre une voie ferrée et les eaux translucides de la Méditerranée qu'elle domine, la propriété de la famille royale saoudienne s'étire sur un kilomètre de littoral à Golfe-Juan, sur la commune de Vallauris, à proximité de Cannes.

C'est ici que le roi Salman, au pouvoir depuis le décès du roi Abdallah en janvier, doit se rendre en villégiature dans le courant de la semaine prochaine selon la préfecture, qui vient de prendre un arrêté d'interdiction d'accès au littoral le long de cette immense villa.

"Il ne reste plus qu'à dater et à signer cet arrêté dès que la Garde royale saoudienne nous aura donné le jour d'arrivée de l'avion du roi. Ensuite, avec un délai de prévenance de 24 heures, l'accès au littoral sera interdit par des policiers, pour le temps des vacances du roi", explique à l'AFP le sous-préfet de Grasse, Philippe Castanet.

La préfecture maritime a pris de son côté un arrêté similaire qui interdira la navigation dans la bande des 300 mètres en face de la villa saoudienne.

Cette "privatisation" de la plage publique, dite de la Mirandole, a suscité dépit et colère des usagers. "Ils prennent le droit et nous on ne peut rien dire, se désole Mohamed en rinçant sous la douche de la plage sa canne à pêche. Je viens ici le week-end parce que c'est un coin poissonneux, en interdire l'accès, ce n'est pas normal."

Selon la presse française, le roi Salman, 79 ans, sera accompagné de plus de 400 personnes pendant ses vacances, des membres de la famille royale mais aussi des équipes médicales.

- 'Pas normal' -

"Que ce soit lui ou un autre milliardaire, ils ont toujours la priorité sur les gens du peuple", se désole Fatima, une aide-soignante, qui relève toutefois un intérêt à l'affaire. "C'est vrai que d'un autre côté ils font marcher le commerce, à venir comme ça à 400 personnes. Il paraît même qu'ils vont refaire les routes de la commune".

Christian, un retraité cannois, fait, lui, contre mauvaise fortune bon coeur: "Je suis venu me baigner aujourd'hui tant que c'est autorisé. Après, tant pis, j'irai ailleurs. Mais ce n'est pas normal, surtout la façon de faire".

L'entourage du roi a en effet quelque peu anticipé les autorisations. Dès mercredi, des ouvriers avaient commencé à poser une grille à l'entrée du souterrain qui dessert la petite plage de sable fin. Suite à l'intervention de la mairie, qui n'avait pas été tenue au courant, les travaux ont finalement été interrompus.

Quelques jours avant, une dalle de béton a été coulée dans le sable pour accueillir un ascenseur, là encore sans autorisation. La préfecture a accepté de fermer les yeux, en échange d'une promesse des Saoudiens de démonter l'installation à leur départ.

Habitué des lieux, Christian a remarqué ces jours-ci une activité plus intense dans la villa, avec des dizaines d'ouvriers qui s'activent, signe de l'arrivée imminente du roi. "Il y a deux jours, ils ont amené des dizaines de lauriers roses et de plantes diverses, une vraie forêt vierge, remarque-t-il. Et vous voyez, ils ont remplacé les vitres des balcons, sans doute pour mettre du blindage".

Depuis la plage, dans la villa en surplomb, l'homme désigne aussi ce qu'il pense être un "trône en or", qui prend le soleil sur une terrasse.

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