NOUVELLES
17/07/2015 08:54 EDT | Actualisé 17/07/2016 01:12 EDT

Le Bundestag ouvre la voie à la négociation du plan d'aide à la Grèce

Les députés allemands ont donné vendredi leur feu vert au lancement des négociations pour un troisième programme d'aide à la Grèce, répondant à la demande de la chancelière Angela Merkel d'éviter "le chaos".

Malgré quelques contestations et grincements de dents dans les rangs de son parti conservateur CDU/CSU, Mme Merkel a sans surprise rassemblé ses troupes derrière elle, avec 439 députés votant oui sur les 598 députés de la chambre basse du Parlement allemand revenus de vacances (sur 631 au total). 119 ont voté non et 40 se sont abstenus.

Ce vote était nécessaire pour mandater le gouvernement allemand à entrer dans le vif des négociations d'un nouveau plan d'aide à la Grèce, dont les contours -- à savoir plus de 80 milliards d'euros d'aide sur trois ans en échange d'importantes réformes et privatisations -- avaient été très laborieusement dessinés lundi matin à Bruxelles.

Les ministres de la zone euro doivent s'entretenir par téléphone dans l'après-midi et lancer officiellement les négociations.

"Il ne fait aucun doute que (l'accord trouvé) est dur pour les gens en Grèce, mais aussi pour les autres" dans la zone euro, a affirmé Mme Merkel, n'hésitant pas, de manière assez inhabituelle, à jouer sur la corde sensible en demandant d'entrée de jeu aux députés de s'imaginer en Allemagne des queues de retraités aux distributeurs bancaires, comme on a pu en voir ces derniers jours en Grèce.

L'option alternative à un soutien de la Grèce serait "le chaos assuré", a déclaré, au jour de son 61ème anniversaire, la chancelière.

Résultat d'une "dernière tentative" de négociations sans laquelle la Grèce aurait risqué d'être "saignée à blanc", cet accord demande "une solidarité sans précédent" pour les uns et "des exigences sans précédent" pour la Grèce, a-t-elle reconnu.

Certaines de ces réformes draconiennes ont déjà été mises sur les rails, en gage de bonne volonté et au prix de fortes tensions politiques en Grèce où le Premier ministre Alexis Tsipras a perdu sa majorité parlementaire.

Alors que l'Allemagne est souvent présenté comme un des pays les plus durs avec la Grèce, plus de la moitié des Allemands, 53% exactement, sont favorables à cette nouvelle aide à Athènes, selon un sondage de l'institut Forsa pour RTL publié vendredi. En Finlande, seul un quart des personnes interrogées dans un autre sondage soutiennent ce projet.

- Désaccord sur la dette -

En attendant que ne soient définis les détails de cette nouvelle aide, ce qui devraient prendre plusieurs semaines, Athènes doit obtenir de ses partenaires européens assez d'argent pour parer au plus pressé et notamment à un remboursement de 4,2 milliards d'euros à la BCE lundi. L'UE devrait valider vendredi le principe d'un financement d'urgence, sous forme d'un prêt de sept milliards d'euros puisés dans un fonds communautaire.

L'un des principaux points d'achoppement des discussions à venir sera l'allègement de la colossale dette grecque de plus de 300 milliards d'euros (180% du PIB). Réclamé par Athènes depuis le début, cet aménagement est aussi exigé par le Fonds monétaire international (FMI), qui y conditionne sa participation à un nouveau plan d'aide. Le président de la BCE, Mario Draghi, les a rejoints sur le sujet jeudi.

Mais du côté de Berlin, l'opposition est toujours catégorique à une réduction de la valeur nominale de la dette. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a appelé, devant le Bundestag, à trouver une voie "réaliste", sans effacement de la dette, qu'il juge contraire aux traités européens.

Alors qu'en début de semaine le soulagement prévalait dans les capitales européennes d'avoir échappé au "Grexit", scénario redouté de sortie de la Grèce de l'euro, le scepticisme a depuis pris le dessus.

"C'est sûr, cet accord n'est pas une garantie pour les années qui viennent", a déclaré le président du Conseil européen Donald Tusk dans un entretien à plusieurs journaux européens.

En Grèce, Alexis Tsipras a redit qu'il était "en désaccord" avec de nombreux aspects du programme. Ces réticences d'Athènes nourrissent les doutes sur "la volonté et la capacité" du gouvernement grec à mettre en oeuvre ce qu'il a promis, a aussi craint jeudi Mario Draghi.

Cela n'a pas empêché la BCE de desserrer la bride pour les banques grecques, fermées depuis le 29 juin, en augmentant le plafond des prêts d'urgence qui les font vivre, ce qui pourrait leur permettre de rouvrir lundi, même si aucune date n'est encore officielle.

mtr-maj/st