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17/07/2015 07:17 EDT | Actualisé 17/07/2016 01:12 EDT

Climat: le "Pact" de sept dirigeants polynésiens pour faire entendre leur voix

Au son du tambour et des chants, sur le site sacré de leurs ancêtres, sept territoires et Etats du "triangle polynésien" ont adopté jeudi une déclaration pour porter leur "vision stratégique" à la conférence sur le climat de décembre à Paris (COP).

Pieds nus sur les pierres noires de Taputapuatea, site en voie d'inscription à l'Unesco, les dirigeants de la Polynésie française, de Niue, des îles Cook, de Samoa, de Tonga, de Tokelau et de Tuvalu sont venus ancrer dans le berceau de leur civilisation commune leur volonté de "taper du poing sur la table" .

"Le climat change, l'heure est grave et le temps est à l'action", écrivent dans ce Pact (Polynesia against Climate Threats, Polynésie contre les menaces climatiques) les "frères" polynésiens réunis au sein du Groupe des dirigeants polynésiens (Polynesian Leaders Group, PLG) créé fin 2011.

Regrettant "l'absence de courage pour trancher des dirigeants mondiaux depuis des "années", Toke Talagi, Premier ministre de Niue et président du PLG, appelle à "passer à la phase politique".

Fortes du soutien du président français François Hollande, qui a déjà exprimé à Nouméa en novembre sa volonté de mettre le Pacifique au coeur des débats et de la tenue d'un sommet France-Océanie en amont de la COP, ces îles veulent "saisir leur chance" à Paris "pour qu'enfin leur message soit pris en compte", estime Edouard Fritch, président de la Polynésie française.

"Plus personne n'ignore que Tuvalu et Kiribati ont les pieds dans l'eau mais si tu gémis, on te met dans un coin, il faut être positif et offensif", poursuit M. Fritch.

- Risque de grignotage voire de submersion -

Si les "souffrances" des insulaires sont abondamment rappelées dans le "PACT", ce nouvel état d'esprit s'affirme. Le "peuple de la pirogue", à la culture consubstantielle de l'océan et de la nature, demande que l'objectif de contenir le réchauffement global d'ici 2100 soit de "1,5°C", et non 2°C comme avancé dans les discussions préparatoires.

Les signataires, classés parmi les "petits Etats insulaires", revendiquent aujourd'hui le statut de "grands Etats et territoires océaniques", arguant des 10 millions de km2 que représentent leurs zones économiques exclusives (ZEE) réunies. Ils demandent que cet espace marin soit reconnu "comme l'un des puits de carbone parmi les plus grands au monde à l'instar des grandes forêts" comme l'Amazonie.

"Nous sommes devenus les fournisseurs de nourriture pour la table du monde, le monde a tout intérêt à s'investir" pour que le climat ne bouleverse pas les ressources halieutiques du Pacifique, met en garde Tuilaepa Sailele Malielegaoi, Premier ministre de Samoa.

Devant le risque de grignotage voire de submersion de leurs îles par les cyclones plus forts, les houles plus hautes et l'élévation des eaux, le PLG plaide pour que les limites de leur ZEE, calculée en fonction des terres émergées, soient fixées "de manière permanente" et "sans tenir compte de la hausse du niveau des océans".

Ces petits poucets politiques voient également grand en se fixant l'ambition de "devenir une vitrine mondiale du développement durable".

Poussés par la nécessité de s'adapter pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles importées, développer une agriculture adaptée, gérer des espaces marins protégés, ces pays demandent un accès simplifié aux financements internationaux, et notamment au Fonds vert pour le climat, inaccessibles à la plupart vu la complexité des procédures. Ils souhaitent aussi des transferts de technologies "pour mettre en oeuvre des solutions concrètes pour assurer (leur) survie".

"Les îles, vigies du changement climatique, sont à juste titre vindicatives par rapport aux pays émetteurs de CO2 et en même temps elles vivent sur un modèle de développement occidental qui n'est pas adapté à des territoires insulaires", remarque Marie-Hélène Aubert, conseillère du président français pour les négociations sur le climat. "La menace climatique, sans la minimiser parce qu'elle est réelle, peut servir de levier pour mettre en place un autre type de développement", estime Mme Aubert, qui a participé à la conférence du PLG.

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