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17/07/2015 13:51 EDT | Actualisé 17/07/2016 01:12 EDT

Brésil : le président du Parlement menace de faire exploser la coalition de Dilma Rousseff

Le président de la chambre des députés brésilienne, Eduardo Cunha, a annoncé vendredi avec fracas son passage à l'opposition, menaçant de faire voler en éclats la coalition au pouvoir de la présidente de gauche Dilma Rousseff, déjà très affaiblie.

"Sachez que le président de la chambre est aujourd'hui à titre personnel un opposant" et que "je demanderai à mon parti de passer à l'opposition", a ainsi déclaré à la presse Eduardo Cunha, membre éminent du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), grand parti centriste allié parlementaire incontournable du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir depuis 2003.

Déjà pratiquement en guerre ouverte contre Dilma Rousseff depuis qu'il a été élu en février à la tête de la chambre basse, il a fait ces déclarations au lendemain de sa mise en cause dans le tentaculaire affaire de corruption autour de la compagnie pétrolière Petrobras.

Il a été accusé par l'un des suspects repentis d'avoir exigé et obtenu le paiement de cinq millions de dollars de pots-de-vin, ce qu'il a démenti avec véhémence jeudi, suggérant que son accusateur était instrumentalisé pour lui nuire par le parquet général de l'Etat, lui-même téléguidé par la présidence.

La police fédérale brésilienne enquête sur les délits de formation de cartel, fraudes dans des appels d'offres, corruption, détournements de fonds publics et blanchiment d'argent, des investigations qui touchent 13 sénateurs, 22 députés, dont M. Cunha, et deux gouverneurs en poste, au total de six partis politiques.

Selon les enquêteurs, des entreprises se répartissaient de 2004 à 2014 les marchés de Petrobras en payant à tour de rôle des pots-de-vin à des directeurs de la compagnie en échange de contrats.

Une partie de ces commissions était reversée à des personnalités politiques, en majorité des députés et des sénateurs de la coalition de centre gauche au pouvoir

- Crise politique majeure -

Dilma Rousseff, qui présidait vendredi un sommet du Mercosur à Brasilia, n'a pas personnellement réagi aux déclarations de M. Cunha.

Mais la présidence a affirmé dans un communiqué qu'il s'agissait d'une prise de position "personnelle" et que le PMDB avait "joué et continue de jouer un rôle important au sein du gouvernement".

Se défendant de toute intervention dans le cours de l'enquête Petrobras, la présidence a dit espérer que la rupture annoncée par M. Cunha "ne se reflètera pas dans les actions de la présidence de la chambre des députés qui doivent être guidées par l'impartialité".

Le PMDB, dirigé par le vice-président Michel Temer, a réagi prudemment dans un bref communiqué, disant "respecter" la "décision personnelle" de M. Cunha, tout en rappelant que "toute décision sur le cap politique du parti" ne pouvait être prise qu'"après consultation de ses organes décisionnaires" nationaux.

Un éventuel départ de la coalition au pouvoir du PMDB rendrait le Brésil pratiquement ingouvernable, tandis que Dilma Rousseff, au plus bas dans les sondages avec seulement 9% d'avis favorables, neuf mois après sa courte réélection, paraît déjà très affaiblie.

La présidente et son Parti des travailleurs sont confrontés à une crise politique majeure, sous l'effet conjugué des révélations quotidiennes liées au scandale Petrobras, de la crise économique et des mesures d'austérité que Mme Rousseff a prises depuis janvier en flagrante contradiction avec ses promesses électorales, s'aliénant une partie de son camp et de ses électeurs.

Une partie de l'opposition et de l'opinion publique conservatrice est favorable à l'ouverture d'une procédure de destitution contre la présidente au motif qu'elle ne pouvait ignorer les malversations au sein de la compagnie pétrolière étatique.

L'enquête Petrobras s'est dangereusement rapprochée ces dernières semaines de la présidence, avec les allégations d'un suspect clé selon lesquelles des pots-de-vin maquillés en dons officiels ont servi à financer la campagne électorale de la présidente en 2014.

Pour compliquer un peu plus les plans du PT, l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), mentor politique de Mme Rousseff et candidat naturel du parti pour se représenter à la présidence en 2018, fait depuis jeudi officiellement l'objet d'une enquête pour trafic d'influence présumé au bénéfice du géant brésilien du BTP Oldebrecht, par ailleurs impliqué dans le scandale Petrobras.

Eduardo Cunha, 57 ans, fer de lance de l'aile dure du PMDB, a profité des difficultés du camp présidentiel pour s'installer au centre de l'échiquier politique depuis son élection à la tête de la chambre des députés face au candidat de Mme Rousseff.

Avant d'officialiser vendredi son divorce, il a imposé pendant tout le semestre un ordre du jour parlementaire résolument hostile à Mme Rousseff, lui infligeant plusieurs revers cuisants.

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