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Lepage explore sa mémoire collective et personnelle dans sa nouvelle pièce

TORONTO — Robert Lepage dit en plaisantant que l'éducation qu'il a reçue dans la ville de Québec dans les années 1960 était «une métaphore du Canada».

Son frère et sa soeur adoptifs ont étudié en anglais en Nouvelle-Écosse. Sa soeur benjamine et lui ont fréquenté une école française à Québec.

«Comparés aux autres enfants francophones, nous avions une vue à rayon X parce que nous vivions avec des gens parlant anglais et que nous pouvions comprendre la langue, se rappelle-t-il. Ma mère est devenue de plus en plus une sympathisante du mouvement indépendantiste tandis que mon père était un fédéraliste déterminé. Il disait: 'tu dois apprendre l'anglais'.»

Bref, sa maison «était un endroit très intéressant» et ses opinions politiques pouvaient varier d'un jour à l'autre.

Dans sa nouvelle pièce, «887», déjà présentée en France, l'hiver dernier, Lepage, en se fondant sur cette période de sa vie et sur la Révolution tranquille, propose une réflexion sur les enjeux de la mémoire collective et de la mémoire personnelle.

La pièce sera présentée mardi au St. Lawrence Centre for the Arts, à Toronto, dans le cadre du festival Panamania, présenté à l'occasion des Jeux panaméricains.

Legage n'a pas seulement écrit la pièce. Il y joue le rôle d'un comédien qui tente non seulement de se rappeler de ses répliques, mais aussi de se souvenir des divers événements ayant traversé sa vie, tant sur le plan personnel que collectif.

Le dramaturge affirme qu'il n'a jamais été aussi autobiographique dans une de ses pièces.

«Dans ce cas, c'est vraiment de moi dont il s'agit. De moi, de ma famille et de mon nom», dit-il.

Lepage dit avoir lancé ce projet parce qu'il est devenu «obsédé» par le rôle joué par la mémoire, autant dans sa carrière que dans la vie des gens qui l'ont entouré. Son grand-père maternel a souffert d'Alzheimer.

Il a réalisé avoir une «fausse mémoire» sur son enfance. Il a feuilleté de vieux albums de photos et parlé à ses proches pour tenter de capturer son passé. Voir les photos — dont certaines sont projetées au cours de la pièce — lui a donné une nouvelle perspective sur son enfance. Il dit avoir vu des détails qu'il n'avait encore jamais remarqués.

La pièce lui a aussi permis de souligner les ressemblances entre lui et son père, qui était en poste en Nouvelle-Écosse au sein de la marine canadienne. Là-bas, M. et Mme Lepage ont adopté leurs deux premiers enfants. Robert et sa soeur plus jeune sont nés dans le quartier Montcalm à Québec.

En écrivant sa pièce, Lepage s'est aussi mis à réfléchir sur l'enseignement de l'histoire politique et sociale au Canada et au Québec, sur la façon avec laquelle les plus jeunes générations québécoises se souviennent du passé.

«Les gens oublient que le mouvement indépendantiste au Québec n'était pas, à ses débuts, un conflit entre anglophones et francophones, soutient Lepage. Cela l'est devenu à un certain point, mais au début, c'était une lutte sociale. Et à l'époque, les pauvres parlaient en français et les riches, en anglais.»

Il ajoute: «Ce que ce mouvement est devenu est quelque chose de complètement différent. Il est nécessaire de monter une pièce sur la mémoire pour se rappeler d'où cette idée est venue.»

Victoria Ahearn, La Presse Canadienne

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