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L'Europe garde la Grèce dans l'euro en lui imposant de lourds sacrifices

Les Européens ont réussi à s'entendre pour tenter de renflouer la Grèce et la garder dans l'euro, en imposant des sacrifices énormes à ce pays, dont l'économie exsangue a besoin de toute urgence d'une aide transitoire.

Au terme de près de 48 heures de négociations aux allures de psychodrame ponctuées de coups d'éclat, de revirements et fausses annonces, les 19 dirigeants de la zone euro ont validé lundi matin un projet de troisième plan de secours pour Athènes, évalué à entre 82 et 86 milliards d'euros sur trois ans.

La Maison Blanche a salué l'accord jugeant qu'il s'agissait d'un pas en avant important et "crédible" dans le bonne direction.

Cet accord éloigne le spectre d'une sortie désordonnée de la Grèce de la monnaie unique, même si les ministres des Finances l'avaient envisagée dimanche. "Le Grexit a disparu", a déclaré à l'AFP le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Mais les contreparties imposées à Athènes sont tellement dures que le gouvernement de gauche radicale aura peut-être du mal à le vendre aux Grecs.

Certains citoyens et sympathisants du gouvernement d'Alexis Tsipras en parlent comme d'une "humiliation" ou d'un "coup d'Etat", à l'image du #ThisIsACoup qui a fait florès sur Twitter.

Dès lundi soir, quelque 700 manifestants, selon la police, ont répondu à l'appel du syndicat des fonctionnaires et de petits partis de gauche non représentés au Parlement en se rassemblant près du parlement à Athènes.

M. Tsipras, acculé par l'effondrement progressif de l'économie grecque et des banques, a dû lâcher beaucoup, ce qui augure d'un vote délicat au parlement grec qui doit valider le paquet d'ici à mercredi, faute de quoi l'offre tombe à l'eau.

Les syndicats de fonctionnaires ont appelé à une grève de 24 heures pour ce jour-là contre un accord "antipopulaire".

L'économie grecque, asphyxiée par les contrôles de capitaux en place depuis la fin juin pour éviter la mort des banques, est dans un tel état de délabrement que l'Eurogroupe s'est réuni lundi pour mettre en place une aide transitoire devant permettre à la Grèce de faire face à ses besoins immédiats, évalués à 12 milliards d'euros d'ici à fin août.

Mais les ministres des Finances ont jugé l'opération "très complexe" et ont désigné un comité ad hoc qui doit vite trouver un montage.

En attendant cette manne, c'est une fois encore la Banque centrale européenne qui a maintenu Athènes à flot en prolongeant à nouveau ses aides d'urgence aux banques grecques.

Le délai de la fermeture des banques expirait lundi soir mais le gouvernement a décidé son prolongement jusqu'à mercredi, lors d'une nouvelle réunion prévue de la BCE sur la Grèce.

Conformément au plan validé lundi matin, le gouvernement grec doit faire voter en moins de 48 heures plusieurs lois de réformes pour pouvoir commencer à négocier et toucher l'aide promise dans plusieurs semaines.

Si le Parlement grec vote ces lois (hausse de la TVA, réforme des retraites, notamment) et s'il approuve le plan européen, les Parlements d'autres pays pourront voter pour autoriser leurs gouvernements respectifs à négocier le plan, soumis à de nombreuses autres conditions (nouvelles réformes, privatisations, etc).

Le Bundestag devrait voter vendredi, la chancelière allemande Angela Merkel, à la tête du camp des durs qui n'auraient pas vu d'un mauvais oeil la Grèce éjectée de la zone euro, ayant de son côté prévenu que la voie serait "longue" et "difficile" avant le retour de la croissance en Grèce.

Le président français François Hollande a salué le choix "courageux" d'Alexis Tsipras.

Ce dernier a dû notamment céder sur l'un des principaux points de blocage : la création d'un fonds regroupant des actifs grecs à hauteur de 50 milliards d'euros pour garantir les privatisations promises.

Le fonds sera installé à Athènes et servira à recapitaliser les banques, au désendettement, mais aussi à des investissements.

Le gouvernement Tsipras aura fort à faire pour amadouer son opinion publique, à laquelle il avait promis de rompre avec l'austérité et les "diktats" des bailleurs de fonds.

Pour beaucoup de Grecs ce dénouement avait un goût amer.

"Une misère, une humiliation, un esclavage", commentait ainsi Haralambos Rouliskos, un économiste athénien de 60 ans.

Et les premières fissures dans son parti Syriza sont déjà patentes. Le député Dimitris Kodelas a annoncé sa démission du groupe parlementaire après le vote mercredi lors duquel il n'approuvera pas les nouvelles mesures.

Et le ministre adjoint aux Affaires européennes, élu de Syriza, Nikos Chountis, a lui déjà démissionné lundi pour aller remplacer l'eurodéputé Manolis Glezos, figure emblématique de la Résistance grecque et doyen du Parlement. Ce dernier avait prévu de laisser sa place le 8 juillet, à la fin de sa première année de mandat.

En revanche son remplacement par M. Chountis n'était pas prévu, la presse ayant même évoqué l'envoi d'un autre élu de la liste à Bruxelles.

Vendredi, Nikos Chountis avait voté en faveur du principe d'une négociation à Bruxelles par Alexis Tsipras d'un nouveau prêt mais il faisait aussi partie des 15 députés de Syriza ayant prévu de voter contre de nouvelles réformes si elles étaient trop difficiles.

Ce vote doit apriori avoir lieu mercredi.

Les marchés financiers étaient soulagés, enregistrant des hausses sensibles mais pas spectaculaires, tandis que l'euro s'affaiblissait face au dollar.

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