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07/07/2015 07:50 EDT | Actualisé 07/07/2016 01:12 EDT

Ukraine: l'église qui servait de base de tirs dans la bataille pour l'aéroport de Donetsk

Pendant des mois, soldats ukrainiens et séparatistes prorusses se sont affrontés pour le contrôle de l'aéroport de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, jusqu'à sa reprise en janvier par les rebelles. Au plus fort des combats, une église était devenue une base de tir pour les insurgés.

Aujourd'hui, l'accès aux lieux reste très difficile. Après la reprise de l'aéroport, les affrontements n'ont pas cessé dans la zone. Et les forces gouvernementales se trouvent à seulement quelques kilomètres, dans le village de Piski.

De plus, les lieux ont été minés, y compris le cimetière avoisinant l'église affiliée au monastère orthodoxe Notre-Dame-d'Ibérie. Pour les habitants souhaitant se recueillir sur la tombe de leurs proches, il faut dès lors être accompagné de spécialistes.

"Mes proches sont enterrés ici. Un obus a atterri juste à côté de la tombe, les gars du déminage de la DNR, la République populaire autoproclamée de Donetsk, m'ont promis de l'enlever", explique l'un de ces habitants, Nikolaï Borodoulia, qui tente de se frayer un chemin entre les différents fils reliant les mines dispersées sur place.

En mai 2014, lorsque les combats pour le contrôle de l'aéroport de Donetsk ont commencé, l'église avait dans un premier temps pu poursuivre ses activités. Pendant plusieurs mois, les services religieux ont pu être célébrés, raconte Nikolaï, qui est membre de cette paroisse.

Mais à la fin de l'été 2014, les combats sont devenus tellement intenses, que tous les civils ont dû fuir la zone.

Aujourd'hui, le petit monastère aux murs blancs est en ruines. Les murs tiennent encore mais ils sont percés de trous.

Si l'odeur de bougies et d'encens, caractéristique des lieux de culte orthodoxes est encore omniprésente, tout vient rappeler que l'église a été un temps une base de tir des séparatistes prorusses.

Sous la fenêtre, des sacs de sable sont encore empilés les uns sur les autres, et dans les murs des ouvertures, d'où tiraient probablement les rebelles vers l'aéroport, sont visibles. Au sol, traînent encore les restes d'un lance-grenades.

- Jusqu'à 100 hommes basés dans l'église -

"Je sais que pendant un certain temps les combattants d'Oplot (un bataillon rebelle, ndlr) étaient là", raconte Nikolaï, tenant à la main une icône ayant miraculeusement été épargnée.

"Ici, c'était un point de tir. Vous voyez, de la fenêtre on voit la tour de l'aéroport", renchérit Artem, un démineur de la DNR accompagnant Nikolaï.

Côte ukrainien, on confirme aussi que les lieux étaient une base de tir.

"Pour nous cette église, c'était un gros problème. Ils se sont cachés à l'intérieur dès le début de l'automne (...) et tiraient sur le terminal", raconte Valeri Loguinov. Connu sous son nom de guerre "Askold", il fait partie de ces soldats ukrainiens, surnommés depuis "cyborgs" pour leur résistance pendant les mois de combats pour le contrôle de l'aéroport de Donetsk.

"C'était leur zone opérationnelle dans les combats contre la tour de l'aéroport", ajoute-t-il par téléphone à l'AFP.

Selon les Ukrainiens, des munitions étaient cachées dans l'église et jusqu'à 100 hommes y étaient basés, dont des snipers.

Aujourd'hui, la zone n'est plus directement visée par les tirs mais on y entend encore résonner les combats, qui se sont déplacés au nord-ouest, vers le village de Piski.

"Les Ukrainiens ne sont pas loin. Personne ne les a chassés. Il faudra encore se battre ici", lance Artem.

A deux kilomètres de là, près de la gare routière désormais fantôme de Donetsk, une autre église a elle aussi été touchée par les bombardements. Mais là-bas, les travaux de rénovation ont déjà commencé.

"Les fidèles qui n'ont pas peur viennent quand même, jusqu'à 30 personnes se réunissent. On rénove grâce à des dons", explique Nikolaï.

Tatiana, une femme de 65 ans, vient souvent dans cette église. "Des combattants viennent ici. Ensuite, ils vont à la guerre. Ils demandent une bénédiction", raconte cette femme de 65 ans.

"Des habitants du quartier viennent aussi. Nous prions régulièrement pour la fin de la guerre", ajoute-t-elle.

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