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07/07/2015 11:24 EDT | Actualisé 07/07/2016 01:12 EDT

Nouvelle messe du pape dans une Equateur en proie à l'agitation politique

Le pape François célèbre mardi sa deuxième messe en plein air en Equateur, cette fois à Quito, où le souverain pontife devrait renouveler son appel à l'unité dans un pays en proie aux manifestations demandant le départ du président socialiste Rafael Correa.

"Je ferai une bénédiction (...) pour ce grand et noble peuple équatorien; pour qu'il n'y ait pas de différences (...), pour qu'il n'y ait aucun exclu. Que tout le monde soit frère, que tout le monde soit inclus et que personne ne soit mis à l'écart de cette grande nation", a déclaré lundi soir le pape argentin de 78 ans, premier pape jésuite et latino-américain de l'Histoire.

Sa venue en Equateur, première étape d'un périple de huit jours qui le mènera aussi en Bolivie et au Paraguay, survient à un moment de crispation politique autour de la figure du président Correa, qui se présente comme un "catholique humaniste de gauche".

Le président est la cible depuis un mois des manifestations d'opposants à sa politique à tendance socialiste, notamment son projet, finalement repoussé, de taxer davantage les héritages des personnes fortunées.

Dans son discours de bienvenue au pape argentin, le dirigeant équatorien avait rappelé dimanche ses priorités : "la question morale fondamentale en Amérique latine est précisément la question sociale, encore plus si, pour la première fois de l'Histoire, la pauvreté et la misère sur notre continent ne sont pas la conséquence du manque de ressources, mais de systèmes politiques, sociaux et économiques pervers".

Le pape François, connu pour sa fibre sociale, a semblé sur la même longueur d'onde en appelant à accorder "une attention spéciale" "à nos frères les plus fragiles et aux minorités les plus vulnérables, envers lesquels l'Amérique latine conserve une dette".

La région est considérée par les économistes comme la plus inégalitaire de la planète.

Les deux hommes se sont entretenus lundi en privé, mais aucune information n'a filtré sur les thèmes abordés.

Ils se retrouveront mardi à l'occasion de la deuxième messe papale en plein air dans le parc Bicentenario, à Quito.

Lundi, la première messe en extérieur, à Guayaquil (sud-ouest), avait rassemblé 800.000 fidèles autour d'une homélie de près de deux heures célébrant la famille, "l'hôpital le plus proche" pour les âmes en peine. Le pape avait aussi appelé à mettre fin aux différences sociales en Equateur.

- 'La voix du peuple' -

Loin de la forte chaleur de lundi à Guayaquil, avec des températures dépassant les 30 degrés, à Quito c'est dans le froid et la pluie que le public patientait mardi matin.

"Plus de 100.000 personnes ont passé la nuit au Bicentenario" dans l'attente de la messe, s'est félicité mardi sur Twitter Rafael Correa, se réjouissant de la venue de "milliers (de croyants) de Colombie et du Pérou".

Parmi les fidèles, Francisco Estrada, 45 ans, disait compter sur le message du pape, qui a appelé Rafael Correa à favoriser "le dialogue et la participation sans exclusion", pour que le climat s'apaise en Equateur : "C'est ce dont nous avons besoin, qu'il y ait plus de dialogue, plus de compréhension, qu'il n'y ait plus de confrontations".

"Le pape s'est réuni avec Correa, qui doit ouvrir son coeur pour être plus compréhensif, pour écouter la voix du peuple", ajoutait-il.

Le dirigeant socialiste, au pouvoir depuis 2007, voit dans cette visite papale l'occasion de souffler un peu, après les manifestations ayant secoué le pays depuis le 8 juin et son annonce de son intention de relever les impôts sur les successions et les plus-values.

Les milieux d'affaires et les classes aisées et moyennes ont pris la tête de la mobilisation, suivis par les dirigeants de l'opposition, ce qui a poussé le président à suspendre son projet.

Mais Rafael Correa reste inquiet face à cette agitation : il a affirmé la semaine dernière disposer d'informations selon lesquelles "des putschistes" voudraient prendre d'assaut la présidence.

Si les manifestations se sont apaisées ces derniers jours, les cris de "Dehors Correa, dehors!" ont encore retenti lundi parmi les fidèles rassemblés pour écouter le pape.

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