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07/07/2015 18:20 EDT | Actualisé 07/07/2016 01:12 EDT

La délégation grecque arrive à Bruxelles sans propositions concrètes

BRUXELLES — Les dirigeants de la zone euro ont accueilli le sourire rayonnant du premier ministre grec Alexis Tsipras avec colère et frustration, mardi, à Bruxelles, lorsqu'ils ont réalisé que M. Tsipras arrivait à leur sommet sans une nouvelle proposition écrite sur la situation financière insoutenable de son pays.

Malgré tout, les dirigeants ont convenu d'un sommet de la dernière chance, dimanche prochain, disant que cela pourrait donner l'occasion aux deux parties d'éviter l'effondrement du pays membre.

Soulignant la gravité de la situation, le président de l'Union européenne, Donald Tusk, a décidé de convoquer l'ensemble des 28 leaders de l'UE à Bruxelles plutôt qu'uniquement les 19 membres de la zone euro, car, a-t-il martelé, pour le bloc européen, il s'agit «peut-être du moment le plus critique de son histoire».

Le président français François Hollande lui a fait écho, soutenant qu'il ne s'agissait pas «seulement du problème de la Grèce», mais de l'«avenir de l'UE» qui était en jeu.

La situation de la Grèce s'était aggravée un peu plus, lundi, quand la Banque centrale européenne a refusé d'augmenter son aide aux banques grecques, qui ne doivent rouvrir leurs portes que jeudi au plus tôt.

Plusieurs économistes disent que le fardeau de la dette grecque, qui atteint presque 180 pour cent du PIB annuel, est insupportable pour un pays de cette taille.

M. Tsipras arrivait fort d'un «non» sans équivoque des Grecs au référendum de dimanche sur le plan des créanciers européens, mais cette victoire au pays n'a pas semblé lui donner une grande marge de manoeuvre à Bruxelles.

Avec les banques grecques à quelques jours d'un effondrement potentiel qui pourrait exclure le pays de la zone euro, les leaders européens s'attendaient à ce que M. Tsipras propose des nouvelles réformes économiques en échange de prêts.

Le premier ministre grec se serait plutôt présenté avec des propositions vagues et un engagement à les appuyer avec des données véritables et un plan écrit, mercredi.

«Vous savez, il y avait des promesses pour aujourd'hui. Mais ils promettent pour demain. Pour le gouvernement grec, c'est chaque fois 'demain'», a déploré la présidente de la Lituanie, Dalia Grybauskaite.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte, un allié étroit de la chancelière allemande Angela Merkel, est arrivé à Bruxelles porteur d'un message sans équivoque: l'Europe ne pourra aider les Grecs que s'ils veulent être aidés.

«(Je suis) très pessimiste concernant ce sommet. Je suis aussi pessimiste quant à savoir si la Grèce veut vraiment arriver avec des propositions, avec une solution», a-t-il dit.

M. Rutte a refusé de dire si la Grèce pourrait bientôt devoir quitter la zone euro.

«Je suis à la table aujourd'hui pour assurer que l'intégrité, la cohésion et les principes qui sous-tendent la monnaie unique sont protégés, a-t-il ajouté. Il revient vraiment au gouvernement grec de déposer des propositions à long terme. S'ils ne font pas ça, je pense que ça va se terminer rapidement.»

La Grèce exige notamment que les conditions de son programme de renflouement soient assouplies, ce sur quoi les dirigeants européens n'arrivent pas à s'entendre. La semaine dernière, le Fonds monétaire international a demandé aux nations européennes d'accepter des périodes de remboursement plus longues et des taux d'intérêt plus faibles en ce qui concerne leurs prêts à la Grèce.

Un responsable gouvernemental grec, qui a demandé de ne pas être identifié en raison du caractère délicat des discussions, a affirmé que M. Tsipras avait présenté un «terrain d'entente» aux 18 autres dirigeants, mardi, alors qu'une proposition détaillée devait être faite mercredi.

Il a soutenu que le gouvernement grec ferait une requête pour un financement immédiat anticipé de 5 milliards d'euros en prêts pour remboursement à la fin du mois. Il a prédit qu'une entente politique complète pourrait être conclue dans deux ou trois semaines.

La chancelière allemande Angela Merkel a prévenu M. Tsipras qu'il dansait près du gouffre financier.

«Il n'est plus question de semaines, mais de seulement quelques jours», a-t-elle lancé.

Un responsable d'un pays de la zone euro a affirmé que l'absence de propositions claires de la Grèce lors d'une rencontre, plus tôt mardi, des ministres des Finances, avait été largement accueillie par de la frustration. Le nouveau ministre grec des Finances, Euclid Tsakalotos, a seulement fait une présentation orale et discuté d'éléments clés.

«Tout le monde était en colère», a dit ce responsable, qui a demandé de ne pas être identifié car il commentait une rencontre à portes closes.

L'économie grecque est essentiellement paralysée par la crise. Les petites entreprises, qui n'ont plus accès aux cartes de crédit ou à leurs comptes bancaires, doivent se fier aux transactions en liquide effectuées avec leurs clients, qui eux refusent de se départir des euros qu'ils ont en poche. Les fournisseurs demandent eux aussi d'être payés-sur-le champ.

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a déclaré tard lundi que la Grèce, si elle veut demeurer au sein de la zone euro, doit mettre en place des réformes qui relanceront l'économie et rembourseront sa dette. M. Tsipras a déjà dit qu'il serait prêt à augmenter les impôts et à réduire les dépenses pour obtenir un soulagement de la dette de son pays.

Mike Corder et Derek Gatopoulos, The Associated Press