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07/07/2015 04:10 EDT | Actualisé 07/07/2016 01:12 EDT

La Chine renforce son influence au Tadjikistan, frappé par la crise économique russe

Sur le bazar de Douchanbé, les produits "Made in China" envahissent les étalages: le Tadjikistan se laisse de plus en plus séduire par son grand voisin chinois, une bouée de sauvetage pour son économie fragilisée par la crise économique russe.

"Les affaires sont bonnes ici", se félicite Wan, un vendeur chinois, qui propose des versions en tissu synthétique de la robe nationale tadjike à des prix plus qu'abordables, au bazar de Konvor.

A l'image de ce marché, où l'on trouve un très large choix d'objets fabriqués en Chine, c'est tout le pays qui se met progressivement à l'heure de Pékin, après avoir été échaudé par la crise économique russe.

Les sanctions occidentales et la plongée des prix du pétrole ont provoqué une chute de 48% de la valeur du rouble, forçant de nombreux Tadjiks partis travailler en Russie à rentrer au pays, dont l'économie repose principalement sur les fonds qu'ils envoyaient à leurs familles.

Les transferts de fonds vers le Tadjikistan, essentiellement en provenance de Russie, ont chuté de plus de 40% au premier trimestre de 2015 par rapport à la même période de l'année précédente, selon la Banque nationale tadjike.

Cette situation a poussé l'ex-république soviétique d'Asie centrale, qui fait traditionnellement partie de la zone d'influence russe, à renforcer ses liens avec la Chine, avec qui elle partage 500 kilomètres de frontière, à travers les montagnes du Pamir.

- La Chine devance les Russes -

Pékin a ainsi promis en septembre dernier d'investir dans l'économie tadjike au moins 6 milliards de dollars (5,4 milliards d'euros), soit l'équivalent de 70% du PIB annuel tadjik, dans les trois ans à venir.

Le gazoduc reliant son voisin turkmène à la Chine et qui devrait acheminer aux Chinois plus de 65 milliards de mètres cubes de gaz turkmène par an à partir de 2020, permettra également à Douchanbé d'encaisser de faramineuses taxes de transit.

"La Chine a réalisé nombre de projets au Tadjikistan, allant des autoroutes stratégiques aux lignes électriques, des usines de ciment aux mines d'or", explique à l'AFP Farroukh Soliev, chef du département des relations économiques extérieures au ministère tajik du Commerce.

"Chaque année, notre partenariat se renforce", souligne-t-il.

Pour Raffaello Pantucci, directeur du département chargé des questions de sécurité internationale à Royal United Services Institute (RUSI) à Londres, "la Chine est certainement l'acteur économique le plus visible" au Tadjikistan.

Le rôle de Pékin au Tadjikistan s'est renforcé depuis que la Russie est en crise, analyse de son côté Mouzaffar Olimov, directeur du centre d'analyse Sharq à Douchanbé.

Ainsi, renchérit M. Pantucci, les sommes déboursées par les Chinois lors de leurs visites officielles au Tadjikistan éclipsent toujours celles octroyées par leurs rivaux russes.

- Un soutien 'opportun' -

Preuve de son influence grandissante, la Chine est aussi celle vers laquelle les autorités se tournent pour pouvoir se financer: la semaine dernière, la Banque nationale tadjike a demandé à la Banque chinoise de développement de lui prêter 500 millions de dollars (450 millions d'euros).

Mais son poids dans l'économie tadjike suscite également des craintes: la Chine possède près de la moitié de la dette extérieure du pays, soit 2 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros).

"Bien sûr, ce soutien est extrêmement opportun, mais est-ce que tout cela s'explique juste par des relations de bon voisinage?", s'interroge M. Olimov auprès de l'AFP.

"Avant de demander des prêts, il faudrait s'assurer que nous savons comment utiliser les sommes que nous recevons, car un jour, la Chine nous demandera de lui rembourser cet argent", a-t-il déclaré.

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