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07/07/2015 08:28 EDT | Actualisé 07/07/2016 01:12 EDT

Grèce: la zone euro exige des réformes crédibles pour éviter le "Grexit"

La zone euro attend de la Grèce des propositions de réformes "crédibles" pour éviter le scénario du pire au pays qui risque de dériver hors de la monnaie unique, une perspective qui n'effraie plus certains, deux jours après le retentissant non au référendum.

Avant un sommet extraordinaire de la zone euro prévu à 16H30 GMT, les ministres des Finances de la zone euro se sont retrouvés à la mi-journée à Bruxelles.

Une première pour le nouveau ministre grec, Euclide Tsakalotos, remplaçant du flamboyant Yanis Varoufakis.

Coordinateur des discussions entre Athènes et ses créanciers, M. Tsakalotos est plus sobre que son prédécesseur, mais pas forcément plus souple.

Lundi soir, il a jugé que les Grecs "méritaient mieux", après le non au référendum, et qu'"ils n'allaient pas accepter une solution non-viable. Il est entré sans un mot mardi à son arrivée à la réunion avec ses homologues.

C'est aux Grecs de "dire comment ils souhaitent agir pour éviter le pire", a estimé mardi Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques.

Mais si le résultat n'est pas jugé satisfaisant, une sortie de la Grèce de la zone euro n'est "pas exclue", a averti Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne, adoptant un ton dur face à Athènes, tranchant avec les déclarations volontaristes de Jean-Claude Juncker.

Devant le Parlement européen, le chef de l'exécutif européen a jugé qu'il était "temps de se retrouver à la table des négociations".

"Je veux que nous nous rassemblions pour trouver une solution", a-t-il insisté, même si "cette solution, on ne la trouvera pas aujourd'hui". "Ma volonté, mon souhait, est d'éviter un Grexit" (une sortie de la zone euro, ndlr).

- Une 'possibilité réaliste' -

Mais une majorité de pays ne veut plus venir en aide à la Grèce, après deux plans d'aide d'un montant total de 240 milliards d'euros et des mois de négociations houleuses avec le gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras, entré en fonctions en début d'année.

"Un Grexit ne serait pas un problème pour l'Europe", a ainsi jugé le ministre letton des Finances, Janis Reirs. "Prolonger ces discussions serait préjudiciable, nous devons prendre des décisions courageuses dans un sens ou dans l'autre", a estimé de son côté le Slovaque, Peter Kazimir.

Moins catégorique, le ministre maltais Edward Scicluna estime qu'un Grexit est une "possibilité réaliste" mais il ne faut pas l'agiter comme "un bâton".

Le camp des durs face à la Grèce s'est renforcé et compte, outre l'Allemagne, les pays de l'est, ainsi que ceux qui ont été durement frappés par la crise de la dette, comme le Portugal.

Face à cette coalition, la France, l'Espagne, l'Italie ou encore le Luxembourg se veulent plus accommodants et tentent de faire entendre un autre son de cloche.

"Une sortie de la zone euro n'est pas sur la table", a déclaré le ministre espagnol Luis De Guindos, qui brigue la présidence de l'Eurogroupe tandis que son homologue luxembourgeois Pierre Gramegna s'est dit ouvert à une restructuration de la colossale dette grecque.

La France est sur cette ligne et "fera tout pour que la Grèce reste dans la zone euro car c'est sa place, au coeur même de la construction européenne", a déclaré mardi matin le Premier ministre Manuel Valls.

Lundi soir, le président François Hollande avait reçu la chancelière allemande Angela Merkel à l'Elysée. Ils s'étaient mis d'accord pour exiger de M. Tsipras des "propositions tout à fait précises" et "sérieuses" pour éventuellement négocier un nouveau plan d'aide, comme demandé par Athènes la semaine dernière.

Ce plan servirait à couvrir les besoins du pays, soit environ 30 milliards d'euros, tout en restructurant sa dette, ce que Berlin refuse à tout prix.

A Athènes, les banques resteront fermées au moins jusqu'à mercredi et les contrôles de capitaux imposés aux citoyens vont se poursuivre.

Lundi soir, la Banque centrale européenne, la dernière institution qui maintient en vie l'économie grecque par un goutte-à-goutte financier aux banques hellènes, a poursuivi son action.

Mais elle a aussi durci les conditions de ces prêts d'urgence, baptisés ELA, ce qui met une pression supplémentaire sur des banques grecques déjà à sec.

Les coffres d'Athènes sont vides, ou peu s'en faut, et le pays doit faire face dans les prochains jours à différents remboursements, certains à des créanciers privés, mais surtout plusieurs milliards d'euros à la BCE le 20 juillet.

Si Athènes ne paye pas ou ne trouve pas un accord, la BCE pourrait lâcher les banques grecques, propulsant le pays sur les rails d'une sortie de la zone euro, un scénario complètement inédit.

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