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07/07/2015 10:25 EDT | Actualisé 07/07/2016 01:12 EDT

Climat : les scientifiques veulent passer du constat à l'action

Après avoir accumulé les preuves du rôle de l'homme dans le réchauffement de la planète, les scientifiques, réunis à l'Unesco à Paris, à cinq mois de la COP21, veulent mettre l'accent sur les pistes pour agir sans plus attendre.

Alors que la communauté internationale se retrouvera en décembre sous l'égide de l'Onu pour tenter de trouver un accord contre le dérèglement climatique, près de 2.000 experts du monde entier et de toutes disciplines sont rassemblés jusqu'à vendredi pour partager leurs travaux, et rappeler aux gouvernements que l'heure des choix est venue.

"Le monde est à un carrefour critique", a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans un message lu en son absence. "Et cette conférence ne pouvait pas mieux tomber".

Le Giec, le groupe des experts climat de référence, qui a publié en 2014 la dernière synthèse de la recherche mondiale, a montré que "la température des surfaces terrestre et océanique a crû globalement de près de 1°C (depuis le début du 20e siècle), et que dans certaines parties d'Afrique, d'Asie, d'Amérique du nord et du sud, la hausse va jusqu'à 2,5°C", a rappelé M. Ban. "Et le Giec nous dit que nous allons vers un réchauffement de 5-6°C si rien n'est fait".

"Nous savons vers où va la planète, en fonction de nos choix aujourd'hui", a insisté le physicien Thomas Stocker, un des responsables du Giec, lors d'un point presse.

A +2°C, "le monde sera différent de celui que nous connaissons", les précipitations notamment changeront, mais "une adaptation sera possible dans la plupart des régions du monde", a-t-il souligné. Ce qui ne sera pas le cas si les émissions ne sont pas rapidement réduites et que la température mondiale s'approche ou dépasse +4 degrés.

Les scientifiques ont établi que pour rester sous 2°C, le monde devra réduire de 40 à 70% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050 et arriver à la "neutralité carbone" à la fin du siècle.

Pour y parvenir, une quarantaine de pays ont annoncé à ce stade leurs objectifs pour 2025 ou 2030, dans le cadre des négociations climatiques.

"Il est clair" que les engagements de réduction des gaz à effet de serre publiés depuis mars par les Etats "ne suffiront pas à nous permettre de garder l'objectif de +2°C", a toutefois rappelé Ban Ki-moon. "Il est essentiel d'avancer sur les financements, la confiance, les connaissances, les technologies...", a-t-il souhaité, pour que l'accord espéré à Paris mette la planète sur la bonne voie.

- De l'alerte aux solutions -

"Il existe une large gamme de solutions basées sur des résultats scientifiques et qui sont économiquement soutenables", estime Chris Field, membre du Giec et président du comité scientifique de la conférence à l'Unesco.

Le principal défi consiste à se détourner des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) au profit des renouvelables, et à miser sur des modes de production et de consommation plus économes. La forêt doit aussi regagner de la place au niveau mondial.

Même à 2°C, le réchauffement va affecter un grand nombre de secteurs, une réalité reflétée par la diversité des experts présents à Paris: physique, géographie, technologie, mais aussi économie, sciences politiques...

"Les décideurs peuvent compter sur des informations scientifiques pour (nous) acheminer vers des solutions plus rationnelles", a plaidé le secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale, Michel Jarraud, une allusion aux actions possibles en matière d'urbanisme, santé, agriculture, gestion de l'eau...

Le réchauffement s'accentuant, les sciences du climat évoluent, explique à l'AFP le climatologue Hervé Le Treut, président du comité d'organisation de la conférence.

"Nos sciences sont passées de sciences de l'alerte, un domaine +simple+ où la question était unique -- est-ce dangereux d'émettre des gaz à effet de serre? -- à des sciences confrontées à des questions multiples: que peut-on faire dans tous les domaines?"

Pour limiter la hausse du thermomètre, mais aussi pour s'adapter à d'inéluctables changements. Plus de 160 ateliers se pencheront sur ces questions d'ici vendredi.

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