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06/07/2015 06:33 EDT | Actualisé 06/07/2016 01:12 EDT

Yanis Varoufakis, "marxiste irrégulier" et trublion permanent

Yanis Varoufakis, qui durant cinq mois a cassé les codes bien lisses de sa fonction de ministre des Finances au service d'une vision hétérodoxe de l'économie, s'est offert une ultime pirouette avec une démission surprise annoncée lundi sur Twitter.

"Minister No More !" (Ministre, c'est fini !), s'est exclamé le ministre grec, sûr de l'effet de son message après la courte nuit qui a suivi la proclamation de la victoire massive du gouvernement de gauche radicale au référendum sur les dernières propositions de réforme faites à la Grèce par les créanciers du pays (UE, FMI).

L'annonce informelle a été accompagnée d'un communiqué plus traditionnel de son ministère : c'est Alexis Tsipras qui a demandé le départ de son ministre pour répondre à la "préférence" exprimée par certains membres de l'Eurogroupe, les homologues de M. Varoufakis au sein des pays de la zone euro.

Durant les cinq mois passés au poste très exposé de ministre des Finances, et à ce titre chef de file des négociateurs avec les créanciers du pays, l'économiste Varoufakis avait vu monter l'inimitié de ses homologues, qui n'aimaient guère son franc-parler, ses théories économiques "non alignées", et le ton professoral sur lequel il délivrait ses "leçons".

Sa dernière saillie, qualifiant de "terrorisme" l'attitude des créanciers pour emporter un oui au référendum, aura sans doute contribuer à l'emporter.

"C'est un homme très entier qui a beaucoup de fougue, beaucoup de foi", commentait lundi son homologue français Michel Sapin, mais ça, "c'est quelque chose qui est mal passé".

La presse avait d'abord fait son chouchou de ce politicien novice, retenant de lui sa carrure de rugbyman, son crâne rasé, ses chemises floues, souvent flottant sur le pantalon, ses arrivées pétaradantes à moto pour les conseils des ministres, son hyperactivité sur les réseaux sociaux.

Cette omniprésence sur twitter, où il était coutumier des remontrances aux journalistes régulièrement accusés de déformer ses propos, ont entamé sa cote de popularité. De même que plusieurs maladresses de communication, dont un reportage dans le magazine français Paris-Match, où il posait avec sa femme dans le cadre privilégié de leur terrasse donnant sur l'Acropole, tout en disant "détester le star-system".

- Dans les coulisses des Eurogroupes -

En Grèce, il est resté assez populaire, voire adulé par une partie des supporters de Syriza adeptes de son langage sans détour et de la résistance opposée à ses homologues européens lors de leurs réunions à Bruxelles.

Ce briseur de conventions a pris un malin plaisir à dévoiler sa vision de ces Eurogroupes opaques, estimant à plusieurs reprises, comme dans une interview à la BBC que ce type de gouvernance "n'est pas une façon de mener une union monétaire. C'est une parodie" ou que l'Eurogroupe "n'est pas un endroit où l'on peut négocier".

Formé en Grande-Bretagne, où il a enseigné, l'universitaire de 54 ans a vécu longtemps en Australie, recruté par une université "de droite, dans le but d'évincer un autre candidat dont le mentor passait pour un dangereux gauchiste", raconte sur son blog celui qui se décrit comme "marxiste irrégulier".

Revenu en Grèce, il deviendra conseiller du socialiste Georges Papandreou (2004-2006), avant que le gouvernement de ce dernier sollicite le plan d'assistance des créanciers internationaux UE, BCE, FMI à la Grèce.

Varoufakis deviendra l'un des plus virulents contempteurs de ces "Memoranda" d'austérité, ce qui l'a progressivement rapproché de la gauche radicale Syriza dont il n'est pas membre, mais dont il reste, après sa démission, député. Il fut même le mieux élu des parlementaires Syriza aux élections de janvier 2015.

Dès 2010, il fut parmi les premiers à avertir de la possibilité de défaut de son pays, attitude qui lui a valu le surnom de "Dr Doom" athénien (M. Catastrophe). Il aura finalement vécu le défaut de la Grèce vis à vis du FMI, effectif depuis le 30 juin.

Un événement qui n'a pas entamé sa conviction qu'un plan d'aide à la Grèce sans restructuration de son abyssale dette publique (plus de 175% du PIB) n'aurait pas de sens, au point d'affirmer vendredi sur Bloomberg TV qu'il se "couperait un bras", plutôt que de signer un tel engagement.

"Je porterai le dégoût des créanciers avec fierté", a-t-il écrit lundi matin sur son blog, dans un dernier pied de nez.

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