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06/07/2015 11:39 EDT | Actualisé 06/07/2016 01:12 EDT

Un ex-diplomate américain revient sur un demi-siècle de relations avec Cuba

Témoin privilégié de 54 ans de relations tumultueuses entre les Etats-Unis et Cuba, l'ancien diplomate américain Wayne Smith a ressenti un "immense soulagement" à l'annonce du réchauffement entre les deux frères ennemis de la Guerre froide.

Le 3 janvier 1961, il participait à la fermeture de l'ambassade des Etats-Unis à La Havane, puis était nommé chef de la Section d'intérêts américaine à Cuba en 1979. Aujourd'hui, à 83 ans, il savoure le rétablissement des relations diplomatiques à partir du 20 juillet.

"Je ne pouvais pas imaginer qu'il faudrait 54 ans et que nous allions mener une politique à l'évidence contre-productive" aussi longtemps, a-t-il confié à l'AFP, évoquant son "grand soulagement" lorsque le président Barack Obama a commencé "à changer cette politique".

En janvier 1961, Washington a rompu les relations diplomatiques avec La Havane et imposé en 1962 un embargo commercial, qui sera allégé ou renforcé au fil des décennies. En décembre 2014, le président Obama et son homologue cubain Raul Castro ont annoncé un réchauffement historique des relations.

"L'idée qu'en maintenant l'embargo, en menant une politique hostile et en refusant de négocier quoi que ce soit, on allait faire tomber le gouvernement (de Fidel) Castro était absurde", a considéré Wayne Smith.

"Chaque année, l'ONU condamnait l'embargo. C'était ridicule! Nous avons mené cette politique qui ne nous a pas aidés d'une quelconque manière, qui n'a pas apporté le changement à Cuba et, bien au contraire, nous a isolés", a-t-il souligné.

"C'était devenu pour moi de plus en plus gênant que nos dirigeants se fourvoient" de cette manière, a ajouté cet ancien de la guerre de Corée de près de deux mètres, arborant une majestueuse barbe blanche.

- Opportunités manquées -

Après la fermeture de l'ambassade américaine, a-t-il relevé, plusieurs opportunités très claires se sont présentées pour renouer, mais toutes ont été réduites à néant.

"Sans entrer dans les détails, je pense que nous aurions pu rouvrir le dialogue et une relation avec Cuba si (le président John F.) Kennedy n'avait pas été assassiné" en novembre 1963, a relevé M. Smith.

En 1977, quand les deux pays ont mis en place des Sections d'intérêts, Wayne Smith est reparti dans l'île des Caraïbes, prenant la direction de cette mission diplomatique deux ans plus tard.

"Jimmy Carter était président. Il m'a dit qu'il voulait dialoguer avec Cuba et c'est pour cette raison que j'ai accepté (...). Mais Zbig Brzezinski (conseiller à la Sécurité intérieure, ndlr) ne voulait pas en entendre parler et a torpillé tous les efforts entrepris en la matière", a déploré l'ancien diplomate.

Puis est arrivé Ronald Reagan "et il est devenu évident qu'il n'y aurait jamais de dialogue avec Cuba, donc j'ai quitté le service diplomatique en 1982", a-t-il raconté.

Selon lui, la levée de l'embargo --du ressort du Congrès, actuellement contrôlé par les républicains-- devrait prendre "quelques années (...). Mais nous pouvons y arriver". Cela nécessitera "des manoeuvres habiles" de la Maison Blanche.

- Lumières à l'horizon -

La journée du 3 janvier 1961, quand le personnel diplomatique a fermé l'ambassade et quitté Cuba, est restée gravée dans sa mémoire.

"Le personnel est monté à bord d'un ferry et nous avons vogué jusqu'en Floride. A l'horizon, nous pouvions voir notre ambassade, près de la mer, dont les lumières clignotaient", a-t-il raconté.

"Nous avons pensé que les employés locaux nous disaient au-revoir. Et c'était le cas!", a-t-il dit, précisant en avoir eu confirmation à son retour sur l'île en 1977 par un ancien employé.

En tant que diplomate, "fermer l'ambassade a été une énorme déception. Parce qu'on voudrait conserver des relations avec l'autre gouvernement, et cela signifie que l'on a échoué".

Sur son bureau du Centre de politique internationale (CIP), Wayne Smith a une photo de ses petits-enfants, un portrait en noir et blanc de sa lune de miel à La Havane en 1958 et une photo avec Fidel Castro prise en 1982, lorsqu'il a quitté le service diplomatique.

Aimerait-il assister à la cérémonie de réouverture de l'ambassade à Cuba? "Bien sûr que oui, ce serait très spécial pour moi. Mais voyager à 83 ans, il faut que je prépare tout très bien", a-t-il répondu, presque enfantin.

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