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06/07/2015 08:59 EDT | Actualisé 06/07/2016 01:12 EDT

Les Grecs espèrent un retour à la normale, après la victoire du non

Ecrasante victoire du non, démission-surprise de Varoufakis, suspense complet sur l'avenir financier du pays : les Grecs, soumis quotidiennement aux rebondissements de la crise entre leur gouvernement et les créanciers du pays, semblaient désorientés lundi.

"La situation est vraiment déroutante. Je ne sais pas ce qu'il va se passer". Nikos, élégant quadragénaire, qui vend des montres de luxe dans un magasin du quartier chic de Kolonaki, est perplexe, comme beaucoup de Grecs.

Après la victoire du non, tous espèrent une reprise des négociations et un accord rapide: "Nous avons beaucoup de problèmes et ni le oui ni le non ne nous représentent. Nous sommes préoccupés par nos vies et nous souhaitons rester en Europe", explique Antonis, la soixantaine.

"La crise n'est ni de droite ni de gauche, tous les partis politiques, tous ceux qui croient à la Grèce et à l'Europe doivent négocier", commente Irène Roka, blonde longiligne de 40 ans.

"Le non était juste. Mais maintenant j'ai peur des prochains jours", confie Miltialis, 30 ans, assis dans son kiosque à journaux.

Le premier pas en direction des créanciers a pris la forme, lundi matin, d'une démission du controversé ministre des Finances Yanis Varoufakis, qu'un certain nombre de ses collègues européens ne pouvaient plus voir en peinture.

Surtout depuis qu'il a accusé les créanciers du pays de "terrorisme", un mot qui ne passe pas dans certains pays beaucoup plus touchés par la Grèce par ce phénomène.

"Varoufakis, c'est un révolutionnaire, quelqu'un de très dynamique avec un background universitaire très important, mais pas un homme politique", confirme Irène Roka.

- Varoufakis, victime sacrificielle? -

"C'est la meilleure chose qui pouvait arriver en ce moment. Un arrogant narcissique qui a détruit le pays entier", s'exclame Nina, une retraitée qui profite de la fraicheur du Jardin national, dans le centre d'Athènes.

Avec sa carrure de rugbyman, ses arrivées tonitruantes en moto et ses conférences de presse en t-shirt, le ministre des Finances tranchait en effet avec ses prédécesseurs.

"Je n'aimais pas Varoufakis mais il disait la vérité", commente Lambros Vritios.

"Ils ont trouvé la victime sacrificielle", analyse Katerina, une trentenaire brune.

"Mais la question importante aujourd'hui, c'est de changer la situation, d'aider le peuple, on a faim, il y a des gens qui meurent", plaide-t-elle.

"Plus rien ne fonctionne", soupire Elizabeth Drakopoulou, médecin à l'hôpital.

Le manque de liquidités commence en effet à paralyser le pays. Les banques sont fermées depuis huit jours, doivent hypothétiquement rouvrir mardi, les Grecs sont réduits à retirer 60 euros par jour et par personne. Le problème, c'est qu'ils le font tous, et ne le dépensent pas, hâtant l'asséchement des réserves.

Miltiadis, le vendeur de cigarettes, ne vit plus que grâce aux touristes -- qui continuent à pouvoir retirer de l'argent -- et explique que son chiffre d'affaires s'est "considérablement abaissé les dix derniers jours".

"J'ai peur des prochains jours. Je n'étais pas à la banque aujourd'hui et je ne sais pas si j'aurai mes 60 euros", confie-t-il.

Nikos, dans sa boutique de montres, sait que le magasin "doit de l'argent à ses fournisseurs et ne peut pas les payer", car les virements vers l'étranger sont interdits.

Lambros Vitrios, un pharmacien d'une quarantaine d'années, patiente lui dans la file d'attente d'un distributeur. "Dans deux banques, les distributeurs n'avaient pas d'argent ce matin, c'est mon troisième essai", raconte-t-il. "J'ai vraiment peur que nous n'ayons plus d'argent liquide dans les jours qui viennent. Il faut qu'ils règlent ça, sinon ça va s'effondrer".

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