NOUVELLES
06/07/2015 12:01 EDT | Actualisé 06/07/2016 01:12 EDT

Le référendum, un désaveu populaire que l'UE a appris à gérer

L'histoire de l'Union européenne a été ponctuée de non fracassants à des référendums, comme celui de 2005 en France et aux Pays-Bas, des désaveux populaires que Bruxelles a contournés en faisant des concessions limitées qui cette fois pourraient ne pas suffire.

"L'UE n'arrive pas à gagner les référendums", résume Vivien Pertusot, correspondant à Bruxelles de l'Institut français des relations internationales (Ifri), rappelant les précédents non qui ont créé la rupture dans la construction européenne depuis plus de vingt ans.

Celui du Danemark en juin 1992 contre le traité de Maastricht, le "no" de l'Irlande en 2001, contre le traité de Nice, puis en 2007 contre le traité de Lisbonne. Et surtout, le rejet en 2005 par les Français, puis les Néerlandais, de la Constitution européenne.

"Il a fallu revoter à chaque fois", rappelle M. Pertusot, à l'issue de périodes d'incertitude où l'on évoquait, comme pour la crise grecque actuelle, une sortie du Danemark de la Communauté économique européenne en 1992-1993, ou un "plan B" pour l'Irlande, en cas de nouveau non après un deuxième scrutin en 2002.

Cette succession de référendums, y compris celui de dimanche en Grèce où le non a obtenu 61,31%, "est symptomatique du très grand manque de confiance entre la population européenne et l'UE", note Hendrik Vos, politologue spécialiste des questions européennes à l'université de Gand.

En 1992, 2001, 2005 et 2007, la question portait sur un texte fondateur devant mener à une plus forte intégration économique et politique européenne. Le gouvernement en place défendait le oui, alors que dans le scénario grec, le Premier ministre issu de la gauche radicale, Alexis Tsipras, a vigoureusement mené campagne pour le non aux réformes exigées par les créanciers en échange d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce.

Sur le site internet du gouvernement grec consacré à ce scrutin, monté à la hâte fin juin, celui-ci va jusqu'à intituler une rubrique "Ils l'ont également fait", qui établit la liste d'une série de référendums organisés depuis 2000 en Europe, avec en bonne place ceux ayant vu la victoire du non.

- 'Un petit effort additionnel' -

Une méthode qui a ulcéré les dirigeants européens. Elle est "diamétralement opposée à ce qu'est l'Europe" où "il faut prendre en compte les inquiétudes des Néerlandais et des Allemands, les priorités des Grecs et des Irlandais, les intérêts de l'Espagne et de la Suède", relève M. Vos. "Faire de la politique en Europe, c'est, par définition, chercher des compromis".

La réponse aurait été bien "différente" si la question du gouvernement Tsipras avait été posée "dans les 19 pays utilisant l'euro" qui sont les principaux créanciers d'Athènes, fait-il observer.

Par le passé, Bruxelles a toujours réussi à surmonter la rupture en faisant preuve de patience et en affichant sa "compréhension".

"Dans toutes les campagnes référendaires qui se sont soldées par des non, il y eu le souci des dirigeants européens d'entendre les préoccupations qui se sont exprimées, de donner quelques garanties supplémentaires", selon Frédéric Allemand, coordinateur des études européennes à l'institut luxembourgeois CVCE.

"Les Danois et les Irlandais ont obtenu ce qu'ils voulaient", insiste M. Pertusot, rappelant les dérogations dont bénéficie toujours Copenhague sur des questions comme l'adhésion à l'euro et les affaires intérieures. Dublin avait arraché des garanties sur le respect de sa neutralité militaire, l'interdiction de l'avortement ou son faible taux d'imposition.

Deux ans après le non de 2005, un compromis a été trouvé pour se débarrasser de la Constitution européenne et adopter un nouveau traité.

Mais la "différence majeure" aujourd'hui, c'est que les créanciers de la Grèce ne sont prêts qu'à "un petit effort supplémentaire" alors qu'il faudra négocier un plan d'aide en échanges de réformes difficiles, nuance M. Allemand.

Pour M. Pertusot, "le seul moyen de faire changer la balance, c'est d'offrir une concession, par exemple l'annulation de la dette" réclamée par Athènes en tant que préalable à toute négociation.

L'issue sera suivie "de très près" à l'autre bout de l'Europe, en Grande-Bretagne, où le conservateur David Cameron, à l'opposé de M. Tsipras sur l'échiquier politique, a été réélu en mai sur la promesse d'organiser d'ici à 2017 un référendum sur l'ancrage européen de son pays.

"Si les Grecs obtiennent des concessions, les Britanniques aussi en voudront", prédit M. Pertusot.

axr/sg/bds