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06/07/2015 05:02 EDT | Actualisé 06/07/2016 01:12 EDT

Grèce : et maintenant quoi?

L'enthousiasme qui était palpable en Grèce hier à la suite de la victoire du non au référendum sur l'austérité a cédé sa place à l'incertitude. Alors que la plupart des dirigeants européens attendent de voir ce que proposera Athènes, Berlin maintient la ligne dure.

En Allemagne, où l'opinion publique est de moins en moins solidaire de la Grèce, le gouvernement dit vouloir respecter le choix des Grecs, qui ont rejeté à 61 % le plan européen « argent frais contre réformes ».

Toutefois, Berlin considère le vote de dimanche comme « un rejet du principe qui a guidé les aides aux pays [européens en difficulté], le principe selon lequel la solidarité et les efforts sont indissociables ». « Le gouvernement allemand reste fidèle à ce principe », a poursuivi le porte-parole d'Angela Merkel, Steffen Seibert.

Le ministre allemand des Finances, Martin Jäger, a d'ailleurs confirmé qu'un allègement de la dette était hors de question. « Je ne vois pas de raison de nous lancer à nouveau dans cette discussion », a-t-il précisé.

Néanmoins, le premier ministre grec Alexis Tsipras et la chancelière allemande Angela Merkel se sont mis d'accord pour qu'Athènes présente des propositions au sommet de la zone euro mardi. Les deux se sont entretenus au téléphone au lendemain de la victoire du non, selon un responsable du gouvernement grec, qui n'a pas donné plus de détails.

Plus conciliant, le ministre français des Finances, Michel Sapin, a confirmé sur Europe 1 que les bases d'un dialogue existent, mais qu'il revient à Athènes « de démontrer qu'elle prend au sérieux ce dialogue ».

« Si la Grèce fait des propositions sérieuses, solides, si de notre côté [...] nous faisons en sorte que cette dette soit dans les premiers temps, les premières années, allégée pour permettre à la Grèce de s'en sortir, alors il y a une base pour que des discussions puissent déboucher », a-t-il poursuivi.

Une rencontre est prévue lundi après-midi entre le président français François Hollande et son homologue allemande, qui souhaitent s'entendre sur une position commune avant d'assister mardi à Bruxelles à un sommet de l'Eurogroupe. 

Le chef de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a estimé quant à lui que la victoire du non au référendum en Grèce « ne rapproche pas [l'Europe] d'une solution » avec Athènes, mais qu'au contraire, « elle rend les choses plus difficiles ». Celui qui est aussi ministre néerlandais des Finances participera mardi à Bruxelles à la réunion de l'Eurogroupe.

Le bloc monétaire, qui réunit 19 ministres des Finances, a déjà confirmé par voie de communiqué qu'il discutera « de la situation dans la foulée du référendum en Grèce ». « Les ministres attendent de nouvelles propositions de la part des autorités grecques », a-t-on précisé.

La réunion de la dernière chance

Ce sommet de l'Eurogroupe est perçu comme la réunion de la dernière chance pour la Grèce, dont le statut au sein de la zone euro semble de plus en plus incertain.

Selon le secrétaire français aux Affaires européennes, Harlem Désir, le « vote grec n'a pas indiqué une volonté de sortir de l'euro ». Mais il faut que le premier ministre grec, Alexis Tsipras, « dise ce qu'il veut faire de ce vote » et il faut qu'il le fasse « rapidement ».

La démission surprise lundi du ministre grec des Finances Yanis Varoufakis est déjà perçue comme un signe encourageant par l'ex-commissaire européen, Michel Barnier.

« Selon ce qu'il fait de cette victoire politique, la Grèce pourrait rester dans la zone euro [...] ou doit se préparer à en sortir, analyse-t-il. L'espoir que je garde est que ce vote très clair lui donne une liberté dans la négociation qu'il n'avait sans doute pas la semaine dernière. »

Le sommet de l'Eurogroupe est d'autant plus crucial pour la Grèce qu'il dictera la direction que prendra la Commission européenne en charge de l'euro.

« La Commission est prête à continuer de travailler avec la Grèce mais soyons clairs : la Commission ne peut pas négocier un nouveau programme sans un mandat de l'Eurogroupe », a déclaré son vice-président, Valdis Dombrovskis.

Au cœur des négociations sera l'échéance du 20 juillet, date à laquelle Athènes doit avoir remboursé 3,5 milliards d'euros à la Banque centrale européenne (BCE).

Par ailleurs, l'euro résiste sur le marché des changes lundi au lendemain du non au référendum. Les changeurs semblent réserver leur jugement sur un éventuel maintien de la Grèce au sein de la zone euro.