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06/07/2015 00:45 EDT | Actualisé 05/07/2016 01:12 EDT

Colombie: les Farc demandent au gouvernement des "gestes forts" pour la paix

Le président colombien Juan Manuel Santos doit faire "des gestes forts" pour éviter que le conflit colombien se prolonge encore pendant un demi-siècle, affirme le négociateur de la guérilla des Farc Pastor Alape dans un entretien à l'AFP.

"Nous devons franchir des étapes importantes et approfondir la désescalade du conflit armé", estime le commandant rebelle, membre de l'équipe de négociateurs qui participent aux pourparlers de paix de Cuba ouverts en novembre 2012. Depuis quelques semaines, ce dialogue se trouve sous la menace d'une escalade du conflit sur le terrain.

"Nous ne pouvons pas laisser le conflit se poursuivre en Colombie pendant encore 51 ans (...) Il faut appuyer le processus (de paix) (...), insister sur la nécessité d'un cessez-le feu bilatéral pour faire taire" des armes, a exhorté M. Alape, alors que samedi le gouvernement a pour la première fois ouvert la porte, sous conditions, à un éventuel cessez-le feu partagé.

Cette option était jusqu'à maintenant fermement rejetée par M. Santos, malgré l'observation d'une trêve unilatérale par les Farc de décembre à mai derniers. Ce cessez-le feu avait conduit à une accalmie du conflit, mais les affrontements armés ont repris à partir de mi-avril, dans la foulée d'une embuscade tendue par les Farc à des militaires qui a fait 11 morts parmi les soldats.

Depuis, une trentaine de rebelles ont été tués dans des opérations de l'armée et de récentes enquêtes révèlent des réserves au sein de la population sur le bien fondé du dialogue de paix, censé mettre fin à un conflit d'un demi-siècle qui a fait quelque 220.000 morts et plus de six millions de déplacés.

Mais M. Alape, de son vrai nom Felix Antonio Muñoz, ne voit pas pour autant le gouvernement conservateur abandonner la table des négociations, même s'il fait de surcroît l'objet de pressions sur son aile droite.

"Nous refusons d'y penser. Nous préférons nous dire que le président est déterminé à mener ce processus à bien et à être l'homme qui signe la paix de la Colombie", explique le négociateur, également membre du Secrétariat des Farc, son principal organe directeur.

- La trêve unilatérale 'intenable'-

"Nous avons besoin aujourd'hui de gestes forts (...) pour prouver que le président Santos va être le président de la paix", martèle le responsable de la principale rébellion du pays, qui compte encore selon les autorités près de 8.000 combattants, essentiellement dans les régions rurales.

Du côté de la rébellion, ajoute-t-il, la question d'abandonner le dialogue n'a jamais été posée. "Nous maintenons la même disposition que nous avons toujours affichée et que nous avions en arrivant à la table des négociations, avec l'engagement de faire la paix en Colombie", assure-t-il.

En revanche, il juge peu probable que la rébellion renouvelle l'expérience d'une trêve unilatérale, qui prévoyait à la fois une suspension des attaques et la poursuite d'actions défensives de la guérilla. "C'est compliqué pour la force de la guérilla, pour le commandement (...) C'est pour cela que nous insistons tant pour faire taire les armes dans un cadre bilatéral".

"Les cinq mois de cessez-le-feu unilatéral ont permis à la Colombie de vivre une baisse importante des activités militaires, ce fut une sorte d'avant-goût de ce que peut être un pays en paix", mais "une série d'opérations militaires dans toutes les régions" contre la guérilla "a rendu ce cessez-le-feu intenable", assure-t-il.

Et en ce qui concerne l'embuscade d'avril qui a déclenché une série d'accrochages, le responsable rebelle affirme qu'il s'agissait d'une action défensive menée en réponse à "une série d'attaques graves contre des unités rebelles".

Les pourparlers de La Havane, quatrième tentative du genre, ont pour l'instant permis de nouer des accords partiels sur trois des six points à l'agenda.

L'autre guérilla d'extrême gauche de Colombie, l'ELN, a de son côté ouvert un "dialogue exploratoire" avec le gouvernement en vue d'éventuels pourparlers de paix distincts.

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