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06/07/2015 03:09 EDT | Actualisé 06/07/2016 01:12 EDT

A Dewsbury, berceau de plusieurs kamikazes islamistes, l'instrospection s'impose

Dix ans après avoir hébergé le cerveau des attentats de Londres en 2005, la petite ville britannique de Dewsbury a replongé dans le pire des cauchemars en apprenant qu'un autre enfant du pays s'est mué en kamikaze, en Irak.

Pour nombre des membres de la communauté musulmane très soudée de la ville, internet est responsable de la radicalisation de ces jeunes.

Ils rejettent avec véhémence les récentes déclarations du Premier ministre David Cameron accusant certains musulmans britanniques de faire "tranquillement l'apologie" de l'engagement djihadiste.

"Ce que Cameron a dit a provoqué la colère des gens", déclare Madiha Ansari, qui a mis en place un club de lecture pour les adolescents vulnérables.

Son frère Talal l'interrompt: "c'est comme demander à un homme blanc d'âge moyen de s'excuser pour la pédophilie".

Madiha Ansari rappelle que, de Portsmouth à Coventry, on se demande comment des citoyens finissent par mourir comme jihadistes, en Syrie ou en Irak.

Face à cette réalité, aucune solution ne fait l'unanimité.

Les discussions ont repris de plus belle lorsque les habitants ont découvert que Talha Asmal, un jeune homme de 17 ans originaire de Dewsbury, est devenu le plus jeune kamikaze britannique. Il a projeté sa voiture piégée contre un complexe pétrolier en Irak, tuant 11 personnes.

Hassan Munshi, son ami et voisin, est lui aussi suspecté d'être en train de combattre dans les rangs du groupe Etat islamique.

- "Lieux de paix" -

Danny Lockwood est un journaliste local, auteur du livre "The islamic Republic of Dewsbury" (la république islamique de Dewsbury: NDLR) qui a beaucoup irrité la communauté musulmane de la ville, forte de 20.000 membres. Pour lui, il ne fait aucun doute qu'en privé, nombre des personnes qui fréquentent l'une des mosquées très conservatrices de la ville voient d'un bon oeil ces actions djihadistes.

"S'il y avait un vote à mains levées à la mosquée Zakaria (de Dewsbury) pour savoir qui pense que Talha Asmal est devenu un martyr et qu'il est maintenant au paradis, je sais ce qu'il donnerait", dit-il à l'AFP.

La mosquée Zakaria est un modeste édifice installé dans Savile Town, un quartier de Dewsbury dont 97 à 99% de la population est musulmane. Il s'agit d'immigrants indiens et pakistanais qui sont venus s'installer là dans les années 50 alors que la ville était un centre de l'industrie de la laine.

Au coin de la rue, se trouve une autre mosquée, la Markazi Mosque, qui abrite le mouvement tabligh, originaire du sous-continent indien et très prosélyte.

C'est là que Mohammad Sidique Khan, la tête pensante des attentats suicide du 7 juillet 2005 à Londres, venait prier.

"Les mosquées n'ont jamais prêché la haine. Ce sont des lieux de paix où les gens vont prier et c'est tout", martèle Rizwan Essat qui fréquente l'une des sept mosquées de Savile Town.

Adam Zaman, étudiant en droit, ajoute: dans le secteur "il y a de mauvaises fréquentations en terme de violence et de drogue" mais "pas en ce qui concerne les visions extrémistes".

- à la recherche de modèles -

En conduisant dans les rues de Savile Town, l'élu local Masood Ahmed, défend également les mosquées et appelle parents et écoles à être plus vigilants quant à ce que font les jeunes sur internet.

La ministre de l'Intérieur Theresa May a récemment demandé aux parents de signaler à la police leurs enfants "radicalisés" et de nouvelles lois obligent les écoles à s'emparer du problème.

Mais beaucoup s'inquiètent que ce type d'actions revienne à stigmatiser certaines communautés.

Pour Adam Zaman, le changement doit venir de la communauté. "On a besoin de modèles, que ce soit dans le sport ou les affaires". Il est lui-même le capitaine de l'équipe de foot à 5 de la ville, la Palestine All Stars, qui est devenue championne nationale.

Dewsbury ne manque pas d'autres success-stories puisque Sayeeda Warsi, qui fut la première femme musulmane secrétaire d'Etat au Royaume-Uni avant sa démission en 2014, en est originaire. Tout comme nombre de chefs d'entreprise, de joueurs de cricket ou de rugby parmi lesquels Sam Burgess.

"Si vous avez une frange fondamentaliste ici, vous avez aussi beaucoup de gens qui travaillent dur et veulent que leurs enfants réussissent", rappelle Danny Lockwood.

Mais à chaque succès son revers. Au volant, Danny Lockwood s'engage dans une rue et montre la maison de briques rouges dans laquelle vivait Mohammad Sidique Khan, qui a fait exploser sa bombe lors de la série d'attentats dans le métro londonien qui a fait 52 morts, le 7 juillet 2005.

jph-mc/dh/ros

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