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28/06/2015 13:06 EDT | Actualisé 28/06/2016 01:12 EDT

Referendum : les Grecs face à une question caduque... mais décisive

Les Grecs sont appelés dimanche prochain à se prononcer sur une question qui sera caduque, mais les créanciers du pays semblent prêts à prendre le risque, misant peut-être sur un vote positif d'une population partagée entre lassitude et angoisse.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a pris le parti de mettre à disposition du public grec le texte sur lequel porte la question.

Le Premier ministre Alexis Tsipras, tirant les conséquences de l'échec de cinq mois de négociations avec les créanciers du pays -UE, BCE, FMI- avait provoqué la stupéfaction en annonçant à la télévision, dans la nuit de vendredi à samedi, un référendum à tenir dès dimanche prochain.

Mais la question posée semble déjà dépassée puisqu'elle porte sur... "le projet d'accord présenté par la Commission européenne, la BCE et le FMI à l'Eurogroupe du 25 juin", et que les créanciers, dans un élan de fermeté, ont déclaré samedi que le plan d'aide actuel à la Grèce, dans lequel s'inscrit la proposition, ne serait pas prolongé au-delà de mardi.

Beaucoup s'en sont étonnés lors du débat houleux de la nuit de samedi à dimanche, qui a vu le Parlement adopter le projet de référendum par 178 voix sur 300, les députés néonazis d'Aube dorée ayant rejoint la coalition gouvernementale composée de Syriza (gauche radicale) et des Grecs indépendants (droite souverainiste).

Makis Voridis, du Parti Nouvelle démocratie, a clairement soulevé le problème : "Voter sur une proposition qui n'existe pas? C'est du surréalisme à l'état pur!"

Même colère de Spyros Lykoudis, député du parti de centre-gauche Potami : "Ce n'est même pas un texte. Ca a été retiré!".

Sur une plage près d'Athènes, Anna Apostolopoulos, 42 ans, exprime aussi son exaspération : "On ne sait même pas pour quoi on vote. Je crois qu'ils ont juste voulu faire du chantage à l'Eurogroupe, mais ça n'a pas marché".

Nikos Alivizatos, professeur de droit constitutionnel à l'Université d'Athènes, remarquait aussi le risque juridique consistant à faire voter les Grecs sur quelque chose "qui n'est pas un texte officiel, encore moins un texte définitif".

-- Des propositions qui ne sont plus valides --

La directrice générale du FMI Christine Lagarde avait également considéré samedi que "d'un point de vue juridique, le référendum portera sur des propositions et des arrangements qui ne sont plus valides".

Mais depuis, les Grecs ont été soumis à un week-end d'angoisse, retirant, selon un syndicat bancaire grec, 1,3 milliard d'euros d'argent en 24 heures des banques du pays, de peur de manquer d'argent en cas d'imposition d'un contrôle de la circulation des capitaux.

Le ballet des réunions officielles en urgence, notamment de la BCE, et la multiplication des déclarations lugubres sur l'avenir du pays après l'annonce de la consultation ont pu aussi entamer un peu plus le moral d'électeurs qui, comme Anna Apostolopoulos, étaient déjà d'avis de signer un accord avant l'annonce du référendum.

Ainsi, deux enquêtes publiées dimanches mais réalisées avant l'annonce de M. Tsipras montrent cette volonté d'en sortir : selon un sondage Kapa research pour l'hebdomadaire Vima, 47,2% d'entre eux sont pour un accord, 33% contre et 19,8% ne se prononcent pas. Dans un sondage de l'institut Alco pour le journal Proto Thema, 57% des sondés souhaitaient un accord avec l'Europe et 29% un affrontement.

Or, après l'intransigeance de la veille, certains créanciers semblaient de nouveau tendre la main à la Grèce dimanche, comme le Premier ministre français Manuel Valls, exhortant la Grèce à "revenir à la table des négociations".

C'est dans ce contexte que, dimanche après-midi, quoiqu'elle ait déjà largement fuité dans la presse, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a fait publier la proposition intégrale des créanciers "prenant en compte les propositions des autorités grecques".

La publication s'accompagne d'un texte de la Commission déplorant que ce "projet d'accord global" n'ait pu être finalisé, "en raison de la décision unilatérale des autorités grecques d'abandonner le processus au soir du 26 juin".

Il n'est pas fait mention dans ce texte du référendum. Mais visiblement M. Juncker pense que son initiative prise "dans un souci de transparence" ne nuira pas au résultat.

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