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28/06/2015 07:20 EDT | Actualisé 28/06/2016 01:12 EDT

Les prêts ELA, bouée de sauvetage des banques grecques, sur la sellette dimanche

L'attention était rivée dimanche sur la Banque centrale européenne (BCE) et le sort que le conseil des gouverneurs va réserver au financement des banques grecques, les prêts ELA. Petit récapitulatif de ce mécanisme crucial pour l'économie grecque.

Les banques de la zone euro s'approvisionnent jour après jour en liquidités auprès de la BCE, dans des opérations dites de refinancement, à des taux en ce moment très bas, et en échange de garanties qu'elles apportent. Celles-ci, "collatéraux" en jargon des banques centrales, sont des titres que les banques ont en portefeuille, souvent des obligations. Elles doivent être d'assez bonne qualité - c'est-à-dire avoir d'assez bonnes perspectives d'être remboursées - pour pouvoir prétendre aux refinancements de la BCE.

Les banques grecques bénéficiaient ces dernières années d'un régime de faveur. Les titres qu'elles avaient en portefeuille ne répondaient pas aux exigences de la BCE, qui les laissaient quand même se refinancer, au motif que le pays bénéficiait d'un programme d'aide de ses partenaires.

Début février, juste après l'accession au pouvoir en Grèce du Premier ministre de gauche radicale Alexis Tsipras et alors que la conclusion du programme d'aide apparaissait compromise, la BCE a fait sauter le régime de faveur des banques grecques.

Celles-ci n'ont eu d'autre recours que de se tourner vers des prêts d'urgence, les fameux ELA (pour Emergency Liquidity Assistance). Déjà utilisés à Chypre, ils doivent permettre aux banques de surmonter des problèmes ponctuels de liquidités, mais ne sont destinés qu'à des banques solvables, et ne s'appliquent que pour des pays qui bénéficient d'un programme d'aide.

C'est la BCE, en l'occurence son conseil des gouverneurs composé des 19 gouverneurs des banques centrales de la zone euro et des six membres du directoire de la BCE, qui approuve à intervalles réguliers le principe des crédits ELA et en définit le plafond. Il prend ses décisions sur le sujet à la majorité des deux tiers.

Les prêts eux-mêmes sont mis à disposition par la Banque de Grèce. Le taux d'intérêt qui s'applique aux prêts ELA est supérieur à celui pratiqué par la BCE, il est donc plus cher pour les banques de se refinancer comme cela.

Dans les premiers temps, le conseil des gouverneurs s'est penché toutes les deux semaines puis toutes les semaines sur ELA, remontant graduellement le plafond. Ces dix derniers jours, sur fond de retraits massifs des épargnants, les banquiers centraux ont reconduit ELA quotidiennement. Le plafond est actuellement autour de 90 milliards d'euros.

Bien avant la tournure dramatique qu'ont pris les événements ce weekend, plusieurs banquiers centraux étaient déjà très réticents à maintenir le financement par ELA. C'est notamment le cas du président de la Bundesbank allemande Jens Weidmann, qui estime que ces prêts s'apparentent à un financement direct de l'Etat grec. Les banques alimentent les caisses de l'Etat en achetant les obligations à court terme qu'émet Athènes, et dont personne d'autre ne veut.

Le président de la BCE Mario Draghi a assuré jusqu'alors que les conditions pour ELA étaient remplies. Mais il a laissé entendre que dès que ce ne serait plus le cas, le mécanisme sauterait.

Si une majorité se dégage au sein du conseil pour laisser la porte ouverte encore quelques jours à une solution politique, la BCE pourrait aussi se contenter de durcir les conditions d'ELA.

Il s'agirait d'appliquer une décote aux collatéraux fournis par les banques pour s'endetter. Un actif qu'elles apportent en garantie et qui vaut 100 dans leurs comptes serait considéré comme ne valant que 50, par exemple, ouvrant le droit à moins de prêts.

mtr/pt