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28/06/2015 05:57 EDT | Actualisé 28/06/2016 01:12 EDT

La Tunisie cherche à sécuriser ses infrastructures touristiques

Confrontées à l'essor de la mouvance jihadiste, les autorités tunisiennes s'évertuent à trouver les moyens de sécuriser plages et sites touristiques, deux jours après un attentat contre un hôtel en bord de mer qui a fait 38 morts, le plus sanglant de l'histoire du pays.

Vendredi, un jeune Tunisien a fait irruption sur la plage de l'hôtel Riu Imperial Marhaba à Port El Kantaoui, près de Sousse (140 km au sud de Tunis), une kalachnikov cachée dans son parasol, avant d'ouvrir le feu sur les touristes.

Au moins 15 Britanniques ont péri selon le Foreign office, un bilan qui pourrait s'alourdir car les autorités tunisiennes n'ont pas encore fini d'identifier les 38 victimes.

Le groupe Etat islamique (EI) a revendiqué l'attaque, affirmant que le jihadiste, identifié par les autorités comme Seifeddine Rezgui, né en 1992 et étudiant à Kairouan (centre), avait tué "des sujets des Etats de l'alliance croisée", en allusion à la coalition internationale antijihadistes menée par les Etats-Unis qui bombarde ses fiefs en Syrie et en Irak.

Lors d'une réunion samedi soir à Tunis, les ministres de l'Intérieur et du Tourisme ont examiné les moyens de protéger "les sites touristiques et les plages par des unités armées de la police", a expliqué le ministre de l'Intérieur Najem Gharsalli à des journalistes.

Quelques heures après l'attentat qui a fortement compromis la saison touristique, le Premier ministre Habib Essid avait annoncé un plan "exceptionnel" et le déploiement "d'unités de la sécurité touristique, armées, le long du littoral ainsi qu'à l'intérieur des hôtels à partir du 1er juillet".

- 'C'est le désert' -

Avec l'attentat de Port El Kantaoui et celui du musée du Bardo en mars (22 morts dont 21 touristes), également revendiqué par l'EI, la Tunisie ne peut "plus rester à l'écart de mesures difficiles", a reconnu M. Gharsalli.

"Cela est coûteux pour le ministère de l'Intérieur et pour le gouvernement financièrement et humainement", a-t-il souligné en évoquant "au moins 1.000 agents mis à disposition des sites touristiques".

Mais "nous sommes déterminés à protéger notre pays et à fournir la protection sécuritaire (nécessaire) en attendant de nous débarrasser définitivement du fléau du terrorisme", a encore dit M. Gharsalli.

Le Conseil national de sécurité tunisien devait se réunir dans la journée à la présidence, à Carthage, pour décider des "mesures complémentaires" à mettre en place après le massacre de vendredi.

Avec 1.000 km de littoral, d'innombrables plages et des sites archéologiques de renommée internationale, la Tunisie a très longtemps été l'une des destinations phare des tours opérateurs européens.

Mais depuis la révolution de 2011 qui a chassé du pouvoir le dictateur Zine El Abidine Ben Ali, les bouleversements politiques, les tensions économiques et sociales et la montée du jihadisme ont pesé sur le secteur vital du tourisme - quelque 7% du PIB.

Sur le court-terme, les professionnels du secteur n'ont guère d'espoir.

"Depuis vendredi, c'est le désert", racontait samedi soir Imed Triki, un commerçant de Sousse. "Ce ne sont pas les Tunisiens qui vont sauver la saison touristique, et les touristes vont nous bouder pour une longue période".

- Poursuite des évacuations -

Les réservations avaient déjà chuté après l'attentat du Bardo et dès vendredi soir, les touristes s'empressaient de quitter le pays.

Selon des tours opérateurs britanniques et belges, quelque 4.500 touristes devraient avoir été rapatriés d'ici dimanche soir par des vols spécialement affrétés. Selon le site de l'aéroport d'Enfidha, entre Sousse et Tunis, un avions quittait le tarmac toutes les 15 à 20 minutes dimanche.

Le tour opérateur belge Jetair a annoncé l'annulation de ses vols vers la Tunisie jusqu'au 31 juillet.

Tunis n'a toujours pas publié la liste détaillée des morts, un responsable à la Santé soulignant que les victimes n'étaient vêtues que de leurs maillots de bain au moment du carnage, sans papiers d'identité sur elles.

A part les victimes britanniques, une Allemande, une Belge, une Irlandaise et une Portugaise figurent parmi les morts selon les autorités.

Les touristes étaient clairement visés à Port El Kantaoui selon plusieurs témoignages.

Pourtant dimanche matin, devant un hôtel proche de l'Imperial Marhaba, lieu du massacre, une quinzaine de touristes étrangers prenaient le soleil sur la plage, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Outre les attaques contre les touristes, des dizaines de soldats et policiers ont été tués depuis la révolution de 2011 dans des violences, la plupart au mont Chaambi (centre-ouest) où se trouve le principal maquis jihadiste en Tunisie.

De plus, ce pays fournit aujourd'hui le plus gros contingent de ressortissants -environ 3.000- auprès de groupes jihadistes en Syrie, en Irak et en Libye.

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