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28/06/2015 10:02 EDT | Actualisé 28/06/2016 01:12 EDT

La BCE accorde un petit sursis à la Grèce au bord du précipice

La BCE a accordé dimanche un sursis à Athènes en maintenant le financement des banques grecques, mais le spectre du défaut de paiement n'était pas écarté, et le pays s'apprêtait à vivre une situation d'urgence avec sans doute un contrôle des capitaux.

A l'issue d'une réunion d'urgence de son conseil des gouverneurs, la Banque centrale européenne (BCE) a indiqué dans un communiqué que "au vu des circonstances actuelles", elle maintenait "le plafond de fourniture de liquidités d'urgence aux banques grecques au niveau décidé vendredi".

Les banquiers centraux ont ainsi pris au dépourvu les nombreux commentateurs qui s'attendaient à ce que la BCE coupe dès dimanche le robinet des prêts d'urgence ELA, seule source de financement des banques grecques et de toute l'économie du pays, au lendemain de l'échec retentissant des négociations entre la Grèce et ses créanciers (BCE, FMI, Commission européenne). Depuis cinq mois ils discutaient d'un renflouement du pays en échange de réformes et de coupes budgétaires.

Le montant maximal des prêts ELA avoisine actuellement les 90 milliards d'euros.

Selon la presse la BCE, qui se tient "prête à reconsidérer" sa décision à tout moment, n'aurait consenti à maintenir les financements ELA qu'en échange de la promesse d'Athènes de mettre en place lundi un contrôle des capitaux.

- liquide pour les touristes -

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a refusé de se prononcer sur ce point dimanche, dans un entretien à la BBC.

Le conseil grec de stabilité systémique se réunit à Athènes en fin de journée, et pourrait décider un tel contrôle, pour éviter l'hémorragie des liquidités grecques. Cela signifierait aussi que les banques resteraient fermées en Grèce lundi.

Autrement, le filet de sécurité déployé par la BCE ne suffirait pas à prévenir un mouvement de panique lundi, alors que déjà tout au long du weekend, les files s'allongeaient devant les distributeurs et que les Grecs s'interrogeaient sur leur avenir au sein de la zone euro.

"Tout le monde est très triste, très énervé et déprimé", a confié Anna Apostolopoulos, 42 ans, attablée à un café à Glyfada, une station balnéaire à une demi-heure d'Athènes.

Plusieurs capitales européennes dont Berlin ont recommandé aux touristes en partance pour la Grèce de se munir d'argent liquide.

Le gouverneur de la Banque de Grèce Yanis Stournaras a assuré que son institution allait "prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité financière des citoyens grecs dans ces circonstances difficiles", dans le communiqué diffusé par la BCE.

Du côté des banquiers centraux, l'urgence est de prévenir l'effondrement du système bancaire grec et la contagion au reste de l'Europe. De fortes turbulences sont aussi à prévoir sur les marchés.

"Si vous me demandez si (les marchés) sont prêts à ce qui est en train de se passer en Grèce, je vous réponds que non: ils ne prévoient, dans leurs évaluations, aucun risque", a déclaré dans un entretien à La Stampa publié dimanche l'économiste de l'OCDE Catherine Mann.

- référendum sans objet -

L'annonce vendredi soir par le Premier ministre grec Alexis Tsipras de soumettre à ses compatriotes par référendum la proposition d'accord mise sur la table par les créanciers la veille - qui exigeait des réformes qu'il juge inacceptables - a entraîné la cascade d'événements du weekend. Le Parlement grec s'est prononcé samedi soir en faveur de la tenue du référendum le 5 juillet.

Mais "d'un point de vue juridique, le référendum portera sur des propositions et des arrangements qui ne sont plus valides", a souligné la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde dans une interview télévisée dans la nuit de samedi à dimanche.

Certains entretenaient l'espoir de trouver un dénouement d'ici mardi, date d'expiration du programme actuel et d'une échéance de remboursement de 1,5 milliard d'euros de la Grèce au FMI. Le Premier ministre français Manuel Valls a exhorté les Grecs à "revenir à la table des négociations" et appelé à "tout faire" pour que le pays reste dans l'euro.

Interviewé dans le tabloïd allemand Bild, M. Varoufakis a jugé que la chancelière Angela Merkel détenait "la clé" pour dénouer la crise.

"Les chefs de gouvernement de l'Union européenne doivent agir. Et parmi eux (Mme Merkel) détient en tant que représentante du pays le plus important la clé, j'espère qu'elle va l'utiliser", a déclaré le ministre grec, ajoutant que son gouvernement était "ouvert à de nouvelles propositions des institutions"

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