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28/06/2015 09:22 EDT | Actualisé 28/06/2016 01:12 EDT

En Californie, tenter de "vivre normalement"... sans eau

Une machine à laver trône au milieu de la cour, tel un vestige du confort moderne, à côté de toilettes de chantier. "On essaie de vivre normalement", soupire Maria Jimenez. Depuis quatre mois, cette Californienne et sa famille n'ont plus d'eau courante.

Ils s'ajoutent à une liste croissante de foyers, la plupart à bas revenus, qui n'ont plus d'accès direct à l'eau dans cette région agricole du centre de la Californie, surnommée "le verger de l'Amérique", où sévit depuis quatre ans une sécheresse extrême.

Maria et son mari mangent dans des assiettes et des verres en plastiques pour économiser un peu d'eau, s'accommodant des piles de déchets et des coûts supplémentaires.

Pour prendre leur douche, ils ont inventé un ingénieux système: ils versent de l'eau en bouteille dans une benne, puis un tuyau fixé sur une pompe fait grimper l'eau en haut de leur toit et est relié au pommeau de leur douche.... Mais ils tentent aussi souvent que possible d'aller faire leur toilette chez des proches.

Avant que le puits qui approvisionnait leur maison ne s'assèche, ils ne pouvaient déjà plus en boire l'eau, polluée par les pesticides des champs avoisinants.

Maintenant, ils n'ont plus d'eau du tout et la situation pourrait durer encore longtemps.

C'est un paradoxe: "nous vivons sans eau dans un pays riche", déplore sa voisine Laura Garcia. Née au Mexique, elle se souvient que quand elle était petite et vivait dans un petit village près de Gualdalajara, elle devait parfois porter de l'eau sur plus d'un kilomètre jusqu'à chez elle. Aujourd'hui, même le plus petit bourg de son pays natal a l'eau courante, assure-t-elle.

Elle n'a pas osé raconter à sa famille au Mexique ce qui se passe chez elle: "ils me diraient mais reviens, qu'est-ce que tu fais là!".

"C'est un cauchemar", lâche Servando Quintanilla, le propriétaire des maisons de Maria et Laura. Pour cet ancien travailleur agricole, aujourd'hui retraité, l'assèchement de son puits est un désastre financier.

Il ne peut plus facturer de loyers à ses locataires, la valeur de son investissement - 200.000 dollars - s'est effondrée. Il a pour seules options de creuser un nouveau puits pour 35.000 dollars, avec de forte chances que l'eau trouvée plus en profondeur soit elle aussi polluée par des engrais.

- Colère et fatalisme -

Face à la sécheresse, les agriculteurs n'ont presque plus de ressources en eau "de surface" (rivières, pluie, sources). Ils dépendent totalement de l'eau de leurs puits et pompent donc beaucoup plus dans les nappes phréatiques que par le passé.

"Il est impossible de dire 'c'est ce puits qui a asséché mon puits', mais le résultat est que le niveau général des nappes phréatiques baisse", constate Ryan Jensen, porte-parole du Community Water Center, une association qui défend les habitants privés d'eau potable.

"Il y a environ 5.000 personnes rien que dans le comté de Tulare", où se situe Monson, qui n'ont plus d'eau potable, estime-t-il.

Monson s'ajoute à liste des communes comme Highland Acres, Porterville, Woodville, Terra Bella, où beaucoup d'habitants n'ont plus d'eau courante depuis parfois près de deux ans.

Maria résume son sentiment de colère mêlé d'impuissance: "Je suis furieuse car nous avons besoin de l'eau, nous avons des enfants en bas âge dans notre famille", mais "nous avons besoin également des emplois agricoles des fruits" pour manger.

Le problème est spécifique aux régions agricoles du centre de la Californie, où les grandes villes ont des systèmes sophistiqués de canaux (ou aqueducs) pour acheminer l'eau du Nord, qui est plus abondante, ou bien de la rivière Colorado plus à l'Est.

Les pouvoirs publics californiens étudient des solutions de long terme pour relier les communautés isolées à de plus grandes localités. Mais tout cela va nécessiter des financements coûteux et donc beaucoup de temps.

ved/are