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28/06/2015 10:45 EDT | Actualisé 28/06/2015 10:45 EDT

Festival de Jazz 2015 : triple dose de blues (PHOTOS/VIDÉO)

La scène de la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts a été habitée par trois grands de la musique, samedi soir. Dans le cadre d’un programme triple au Festival international de jazz de Montréal, ce concert proposait les performances de l’harmoniciste mississippien James Cotton, du géant du blues britannique John Mayall et du guitariste d’adoption canadienne Harry Manx.

Il faut souligner que l’organisation de l’événement avait annoncé, le 9 juin, que l’américain Taj Mahal devait annuler sa prestation pour des raisons de santé. C’est Manx, un habitué du Festival de jazz et de la ville de Montréal, qui a pris le relais.

James

Alain Simard, président et fondateur du Festival, et André Ménard, directeur artistique et cofondateur, ont ouvert la soirée en soulignant l’énorme contribution de James Cotton dans l’univers du blues. Ils ont affirmé avec beaucoup de fierté que l’équipe du Festival lui décernait cette année le prix B.B. King. Cotton est le deuxième lauréat de ce prix, après King lui-même. Géant du blues, l’harmoniciste surnommé Superharp, a une très longue carrière derrière lui.

James Cotton a peut-être la voix éraillée, voire terrassée par la vie et la chirurgie, mais quand il prend en main son harmonica, on dirait qu’il a toujours vingt ans. Sur les planches de la Salle Wilfrid-Pelletier, samedi soir, le plaisir lui sortait par les oreilles. Et sa passion pour la musique s’est avérée extrêmement contagieuse. Un exemple pour la relève, comme a dit un collègue journaliste juste après sa performance.

Bien sûr, son corps est fatigué. Il a presque 80. Mais le vent souffle toujours. Avec énormément de vitalité. L’homme est arrivé au troisième morceau, après que les trois musiciens (le bassiste Kenny Neal, le guitariste Mike Williams et le batteur Jerry Porter) aient joué durant une dizaine de minutes.

Après avoir parlé un instant du bonheur qu’il a de jouer au Festival de jazz et de l’honneur ressenti d’obtenir une récompense portant le nom de son ami B.B. King, il a envoyé ses premières salves d’harmonica. Parfois, il semblait ne pas respirer pendant une minute !

L’esprit festif du genre musical ne pouvait être mieux incarné par ce pionnier du blues électrique. Si on ajoute à cela tous les « Whoaaa » et les «Whouuu » envoyés par Cotton çà et là durant la performance, sourire aux lèvres, on peut aisément dire que Cotton et sa bande ont livré une performance-triomphe. Ce fut en fait la surprise de la soirée.

Darrell Nulisch (de 18 années plus jeune), qui chante maintenant les morceaux pour Cotton, a interprété sept ou huit chansons, dont Honest I Do, That’s All Right, Got My Mojo Working (de Preston Foster, le morceau a été enregistré par Ann Cole et popularisé par Muddy Waters) et Rocket 88. N’oublions pas les quelques délicieux jam sessions improvisés. Pur bonheur pour ce blues purement sud-américain.

John

Mayall est un autre géant qui a roulé sa bosse. 81 ans ! Pourtant, c’était une tout autre histoire sur scène. Droit, dynamique, affairé à de multiples instruments (clavier, guitare, harmonica), l’Anglais paraissait en pleine forme. Tout autant que ses musiciens, qui semblaient un peu endormis au début du set. Or, ce n’était qu’un faux présage. Le bassiste Greg Rzab, le batteur Jay Davenport et l’incroyable guitariste Rocky Athas ont fait de l’excellent travail.

Plus « intellectuel », plus complexe, ce blues est souvent poussé en avant grâce au jeu délirant d’Athas (notamment sur They Call It Stormy Monday et California) qui envoyait des solos de feu, mine de rien. Autre fait important qui distinguait la musique de Mayall à celle de Cotton : les lignes de clavier utilisées régulièrement durant la soirée, entre la guitare ou l’harmonica, quand ce n’était pas simplement tout envoyé sur le même morceau (comme sur la puissante Parchman Farm)!

Excepté quelques passages plus délicats, telle la chanson jazzy Long Gone Midnight, les Dirty Water (ce blues-ci sonne pratiquement comme du rock anglais, bien qu’on devrait normalement dire l’inverse!) et autres Nature’s Disappearing ont été généreusement truffées de solos inspirés et d’interprétations rageuses de la part des musiciens. Une formation exemplaire pour cette seconde heure de blues très riche qui a influencé bien des musiciens.

Harry

Il est clair que l’esprit de ce concert, planifié avec Taj Mahal en finale, a été un peu torturé. Cela dit, rien à voir avec le talent de Manx. Il était normal d’avancer que cet artiste correspondait peut-être moins à l’idée du blues iconique porté à leur manière par Cotton, Mayall et Mahal. Cela dit, les spectateurs ont certainement été rassurés quand le guitariste et ses quatre musiciens (la claviériste Julie Lamontagne, le batteur Alexis Martin, le bassiste Frédéric Boudreault et le trompettiste Jean-Francois Gagnon) ont joué les premières notes de Bring That Thing. Certes, la musique est différente. La guitare lap steel de Manx confère au blues une touche d’Orient. C’est plus raffiné, plus métissé, plus « musique du monde ». Mais l’Américain Taj Mahal aimait bien aussi incorporer des sonorités d’ailleurs... Celles de l’Afrique de l’Ouest et des Caraïbes, entre autres.

Harry Manx est un habitué de Montréal. C’est en quelque sorte un chouchou, au Québec. De toute façon, le jeu des comparaisons signifiait possiblement une part de mauvaise foi.

Manx n’avait pas à se justifier (de remplacer Taj Mahal) ou encore moins à faire ses preuves. Son matériel (Tijuana, Death Have Mercy, A Love Supreme, Moon Goin’ Down, Spoonful, Baby Please Don’t Go…) est du solide. En plus, ses acolytes ont ajouté énormément de relief à la proposition générale. Notons le groove qui émanait régulièrement des claviers et les belles ambiances créées par le trompettiste. Sa Mohan Veena à 20 cordes, que Manx a présentée en début de concert, tout comme ses autres guitares d’ailleurs, ont apporté une couleur réjouissante à ce triplé blues franchement réussi.

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