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28/06/2015 10:08 EDT | Actualisé 28/06/2016 01:12 EDT

Arménie: malgré les promesses du président, les manifestations continuent

Les manifestations se poursuivaient dimanche dans le centre d'Erevan, malgré la promesse faite la veille par le gouvernement arménien de "porter le poids" de la hausse du tarif de l'électricité, à l'origine de cette fronde débutée il y a dix jours.

Dimanche matin, 200 à 300 manifestants continuaient de bloquer la principale artère d'Erevan pour protester contre une augmentation de 16% du prix de l'électricité, annoncée par le gouvernement à la demande de la société Réseaux d'électricité d'Arménie (ENA).

Alors qu'ils étaient plus de 10.000 manifestants à chanter samedi soir des slogans devant le palais présidentiel, des milliers d'Arméniens sont à nouveau attendus dimanche soir pour "continuer la lutte" comme leur a demandé la frange dure des militants.

Samedi, le président arménien Serge Sarkissian leur a promis que l'État allait temporairement "porter le poids de cette hausse du prix de l'électricité" jusqu'à ce qu'un audit auprès d'ENA établisse si cette augmentation est justifiée.

ENA avait affirmé qu'une hausse de l'électricité était nécessaire en raison d'une forte dévaluation de la monnaie locale, le dram.

"Si l'audit confirme que la hausse du tarif est justifiée, les consommateurs commenceront à payer en accord avec le nouveau tarif", a expliqué le président.

Mais son initiative n'a pas réussi à calmer la colère des manifestants, dont la frange dure a jugé les promesses du président "inadéquates".

"Nos revendications restent les mêmes: la décision d'augmenter le tarif de l'électricité doit être révoquée", avait lancé samedi soir à la foule un des manifestants, Baginak Chouchanian.

Commencée le 19 juin, les manifestations ont pris de l'ampleur après la brève interpellation mardi matin de 237 manifestants et la violente dispersion de centaines d'autres par la police.

Surnommée "Erevan électrique" par les médias arméniens, les manifestations ont été organisées à l'origine via le réseau social Facebook par un groupe qui s'affirme apolitique, "Non au vol".

Sur Twitter, le mot-clé "Erevan électrique" était souvent accolé à celui de "Maïdan", du nom de la place de Kiev où un soulèvement populaire a mené à la destitution du président ukrainien antirusse Viktor Ianoukovitch en février 2014, au grand dam de Moscou.

"Chers alliés ukrainiens, #Maïdan et #ErevanElectrique sont des partenaires. Partagez notre vision d'un meilleur futur", écrit ainsi sur Twitter le militant arménien Babken DerGrigorian.

Bien que les manifestants, tout comme le président arménien, refusent de considérer "Erevan électrique" animé par un sentiment antirusse, Moscou a déclaré il y a une semaine "suivre de près" leur évolution.

La Russie, la plus grande alliée de l'Arménie, contrôle plusieurs des principaux atouts économiques du pays, comme l'entreprise ENA, propriété du russe Inter-RAO, et détenue par l'homme d'affaires Igor Setchine, considéré comme un proche de Vladimir Poutine.

L'économie de l'Arménie est fortement dépendante de celle de son grand voisin russe, qui représente également 23% de ses exportations.

Cette ex-république soviétique du Caucase de 3,2 million d'habitants, a ainsi décidé en 2013 de renoncer à un rapprochement économique avec l'Union européenne, préférant intégrer l'Union économique eurasiatique menée par la Russie.

Mais la crise économique russe, causée par les sanctions occidentales et par la chute du cours du pétrole, a fortement touché l'Arménie, qui a vu chuter sa monnaie nationale, le dram, entraînée par l'affaiblissement du rouble.

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