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27/06/2015 11:10 EDT | Actualisé 27/06/2015 11:15 EDT

Des centaines de personnes vivent sans électricité sur l'île Lasqueti, en Colombie-Britannique. (PHOTOS/VIDÉO)

Quelques centaines de personnes vivent quotidiennement sans réseau électrique sur l'île Lasqueti, en Colombie-Britannique. Un choix de vie pas toujours facile et pas forcément bon marché. Seriez-vous capable de relever le défi?

Un texte de Frédéric Arnould

L'endroit s'appelle Lasqueti Island, à une heure de traversier au nord de Qualicum Beach, sur l'île de Vancouver. Ce qui frappe à l'approche de l'île, c'est l'absence de pylônes électriques. Et pour cause, puisqu'il n'y a pas de réseau d'électricité dite conventionnelle.

Quelque 400 personnes vivent ici en permanence. Parmi elles, Bronwyn Preece, qui a déménagé sur Lasqueti il y a 17 ans. Panneaux solaires, roue à aube, elle produit elle-même son électricité. Elle reconnaît que vivre sur une île sans réseau électrique n'est pas de tout repos.

« Maintenant, c'est l'été, mais on doit déjà penser à l'hiver. Donc on coupe du bois six mois d'avance », dit-elle.

Elle et son conjoint ont eu une fille, Similkameen, née sur l'île il y a 14 ans. « Simi » pour les intimes a un petit côté insulaire « baba-cool » lorsqu'elle reconnaît, tout en promenant son cheval et ses deux poneys miniatures qui la suivent partout comme des petits chiens, qu'elle n'a pas de sèche-cheveux comme les « filles de la ville », mais qu'elle sait comment démarrer une génératrice.

Services restreints

À part un magasin général, un restaurant qui fonctionne sur génératrice, une petite école primaire, un mini-bureau de poste et un poste de pompiers, l'activité économique est plutôt faible. Et c'est plutôt compliqué d'aller travailler sur l'île de Vancouver, puisque le traversier n'accepte pas les véhicules.

Pas étonnant que les résidents possèdent souvent une voiture sur Lasqueti et une autre sur l'île de Vancouver. Ce qui, pour certains résidents, représente un problème d'éthique écologique. Bronwyn admet qu'il est impossible de se passer de produits pétroliers comme l'essence, qui se vend d'ailleurs à prix d'or sur l'île à partir de la seule pompe qui est ouverte quelques heures seulement l'après-midi.

De plus, il n'y a pas d'hôpital ni de médecin à temps plein, juste une infirmière qui vient sur l'île une fois par semaine. Pour Daisy Drake, 70 ans, qui s'occupe d'un gîte du passant sur Lasqueti, « même s'ils construisent un centre de santé, comme je ne suis pas très mobile, c'est compliqué. On ne peut pas compter indéfiniment sur le voisin ou la famille », dit-elle.

Moins cher?

Ezra Auerbach gagne sa vie comme consultant en énergie solaire et vit depuis plus de 40 ans sur l'île Lasqueti. Il s'est doté d'un système d'alimentation en énergie solaire de haut vol, un système qui coûterait environ 30 000 $. Sa mini « centrale électrique » composée entre autres de grosses batteries lui permet d'emmagasiner deux à trois jours d'électricité dans ses batteries. Et le soleil abonde.

« Nos batteries sont remplies à 11 h du matin, ma femme et moi, on cherche des manières originales d'utiliser notre électricité comme repasser tout le linge, afin de faire travailler davantage nos panneaux solaires. »

— Ezra Auerbach

Parce que l'une des grandes limites de l'énergie solaire, c'est qu'on peut en accumuler juste dans des batteries. Quand le soleil vient à manquer, il utilise plutôt rarement une génératrice. Contrairement à la croyance, vivre en autarcie électrique n'est pas forcément économique, puisqu'outre les coûts de l'équipement, la production est plutôt sous-utilisée à cause de la limite d'accumulation de l'énergie solaire.

Si Ezra était connecté à un réseau, son énergie solaire serait automatiquement distribuée en continu dans le système, ce qui serait plus profitable.

Pas coupés du monde!

Pour les résidents de l'île Lasqueti, ne pas être branché sur un réseau électrique ne veut pas pour autant dire être coupé du monde. En fait, la plupart des résidents possèdent un téléphone cellulaire ou un téléphone intelligent leur donnant un accès Internet.

Une tour de télécommunication installée sur l'île de Vancouver permet d'avoir un signal plus ou moins fiable. Similkameen n'est pas peu fière d'avoir accès à Internet sans fil, à Netflix, et même à certaines programmations télévisuelles.

Maigre activité économique locale

Vestige d'un semblant d'économie locale sur Lasqueti : la fabrique de boutons de bois Wildwood Works. Laurence Fisher a été un certain temps l'employeur principal de l'île lorsqu'une trentaine de personnes travaillaient à la confection de boutons et de marque-pages en bois.

Aujourd'hui, il en fabrique encore de temps en temps avec sa femme. Pendant 30 ans de service, il en aura produit plus de 5 millions, principalement exportés au Japon et en Italie.

Juste assez de monde

Chez ces insulaires, deux écoles d'idées s'affrontent, celle d'attirer plus de monde pour développer l'économie locale et celle qui estime qu'il y a assez de monde sur l'île. Pour Ezra Auerbach, le nombre actuel lui convient.

« Dieu merci, si l'île devenait trop populaire, l'endroit deviendrait surpeuplé et je n'aimerais pas ça », dit-il en riant. Bronwyn Preece devra bientôt quitter l'île pour que Simi puisse aller à l'école secondaire.

La petite famille planifie d'aller vivre sur une autre île qui, elle, sera équipée d'un réseau électrique, un léger changement. Un certain confort et une autre réalité qui ne seront que temporaires, puisque poussés par leur amour de Lasqueti, ils y garderont leur maison, située en haut d'une colline avec vue imprenable sur l'océan, le temps d'y revenir prochainement.

Galerie photo Photos de l’île d'Anticosti (tirées du documentaire de Dominic Champagne) Voyez les images