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27/06/2015 15:45 EDT | Actualisé 27/06/2016 01:12 EDT

USA: en baudrier ou à pied, pros et antis drapeau confédéré se croisent à Columbia

La controverse autour du drapeau confédéré, symbole de l'héritage du Sud des Etats-Unis pour ses partisans, du racisme pour ses détracteurs, s'est cristallisée samedi sur l'esplanade du parlement de la Caroline du Sud, à Columbia, où se sont croisés opposants et partisans.

Deux personnes ont été arrêtées et inculpées à l'aube à Columbia, la capitale de cet Etat du sud-est, pour avoir brièvement enlevé le drapeau confédéré qui flotte devant le parlement local, dont le retrait avait été demandé par la gouverneure en raison de la "division" qu'il génère.

"Nous enlevons le drapeau parce que nous ne pouvons pas attendre plus longtemps", ont expliqué les militants, dans un communiqué cité par les médias locaux. "Il est temps d'ouvrir un nouveau chapitre où nous démantèlerons sincèrement la suprématie blanche et construirons une véritable justice et égalité raciales".

La gouverneure de Caroline du Sud Nikki Haley avait exigé lundi que soit enlevé ce drapeau, que brandissaient les soldats des Etats sécessionnistes du sud du pays, mais qui est aussi vu comme la marque de l'oppression subie par les Noirs.

Sa décision a été annoncée après que ce même oriflamme eut été brandi par le tueur présumé de neuf Noirs à Charleston la semaine dernière.

Mais pour l'ôter, il faut un vote des élus locaux.

Samedi vers 06H00 (10H00 GMT), un policier a été informé qu'une femme, noire, grimpait équipée d'un baudrier sur le mât de 9 mètres situé sur l'esplanade du parlement pour essayer d'en décrocher le drapeau confédéré, selon le département de la Sécurité publique de l'Etat (SCDPS).

Il a demandé à la jeune femme de descendre mais elle n'a obtempéré qu'après avoir enlevé l'oriflamme.

Le policier l'a arrêtée, ainsi qu'un homme venu l'aider. Les deux suspects, âgés de 30 ans, ont été inculpés pour dégradation de monument, un chef d'accusation qui peut leur valoir jusqu'à trois ans de prison.

Le drapeau a été remplacé par un oriflamme similaire une heure après.

- 'Héritage, pas de haine' -

Quelques heures plus tard, des partisans du drapeau confédéré, bannières à la main, ont manifesté devant la même esplanade, où sont aussi venus des opposants, a constaté un journaliste de l'AFP.

Ses défenseurs tenaient dans leur main les grands drapeaux rouge à croix bleue, où sont dessinées treize étoiles blanches. Ou bien s'enroulaient dedans.

"Héritage, pas de haine", a chanté un partisan du drapeau, William Wells, tandis qu'un autre levait une pancarte où on pouvait lire "trop de Yankees (surnom des Nordistes pendant la Guerre de Sécession, ndlr), pas assez de drapeaux".

En haut des marches du parlement étaient postées deux jeunes femmes: l'une blanche, qui tenait un drapeau confédéré, l'autre noire qui demandait sur une pancarte qu'il soit "abaissé", avec la liste des noms des neuf victimes du massacre de Charleston, qui a relancé la polémique.

Un jeune partisan de la suprématie blanche, qui voulait lancer une "guerre raciale", a tué le 17 juin neuf Noirs dans une église emblématique de l'histoire des Afro-Américains aux Etats-Unis.

Dans un manifeste publié sur internet, on peut voir des photos du jeune Dylann Roof, 21 ans, qui brandit le drapeau confédéré.

Après la décision de la gouverneure, de nombreuses entreprises américaines, dont le distributeur Walmart, ont annoncé qu'elles ne commercialiseraient plus de produits flanqués de cet emblème.

Venu rendre hommage aux victimes vendredi à Charleston, le président Barack Obama a appelé l'Amérique à la lucidité, sur le racisme comme sur les armes à feu, dans un discours en hommage au pasteur noir tué dans le massacre.

"Pour beaucoup, Noirs comme Blancs, (ce) drapeau symbolisait une oppression généralisée", a lancé M. Obama.

Le retirer serait "reconnaître que la cause pour laquelle les soldats confédérés se sont battus, la cause de l'esclavage, n'était pas la bonne", et "une étape dans le récit honnête de l'histoire américaine", a fait valoir le premier président noir des Etats-Unis.

Le candidat républicain à la présidentielle de 2016, Jeb Bush, se rendra également à Charleston lundi pour rencontrer des responsables religieux.

Quand il était gouverneur de Floride (sud-est) en 2001, il avait lui aussi ordonné d'enlever le drapeau confédéré du parlement local pour le mettre dans un musée.

bur-are/chv