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27/06/2015 04:51 EDT | Actualisé 27/06/2016 01:12 EDT

Un élève sur trois en difficulté : le défi de l’école Père-Marquette, à Montréal

Père-Marquette n'est pas la seule école publique à vivre cette réalité, mais on peut dire sans se tromper que l'école publique gère beaucoup plus d'élèves en difficulté que l'école privée.

Un reportage de Michel Labrecque

à Désautels le dimanche

L'un des défis qui m'ont paru évidents lorsque j'ai visité l'école Père-Marquette, c'est celui de faire cohabiter des élèves de différents milieux avec des besoins différents. Mais c'est aussi ce qui fait de cette école un endroit fascinant.

Environ 300 élèves de l'école sont considérés comme étant « en difficulté ». Différents problèmes d'apprentissage, comme la dyslexie, la dyscalculie, la dysorthographie, le trouble de déficit de l'attention. C'est sans parler des troubles de comportement. Le nombre de cas n'a cessé d'augmenter ces dernières années, notamment parce qu'on les diagnostique mieux.

Père-Marquette n'est pas la seule école publique à vivre cette réalité. On peut dire sans se tromper que l'école publique gère beaucoup plus d'élèves en difficulté que l'école privée.

Et c'est un défi pour tous les professeurs, puisque beaucoup de ces élèves sont dans les classes normales. Il y a aussi quelques classes d'adaptation scolaire.

En même temps, l'école doit aussi répondre aux parents qui veulent des programmes stimulants pour leurs enfants. Père-Marquette a donc créé un programme international, qui choisit ses élèves sur entrevue.

Bref, tout un casse-tête au quotidien. Voici quelques héros au quotidien.

Professeure de français depuis huit ans, Marie Paulin enseigne à Père-Marquette depuis six ans. Elle est également une enseignante-ressource qui aide certains élèves en difficulté. Toujours passionnée par son métier, elle s'interroge toutefois sur sa capacité d'aider autant d'élèves en difficulté. Dans une classe normale, il y en a 11 sur 25.

Par contre, dans les programmes à volet international, les élèves en difficulté sont beaucoup moins nombreux. Ces derniers ont droit à un plan d'intervention et peuvent maintenant avoir le « tiers-temps », c'est-à-dire qu'ils ont un tiers de plus de temps que les autres pour terminer un examen.

Malgré ces mesures, Marie croit d'ailleurs que les élèves en difficulté ne sont pas égaux. Par exemple, les élèves atteints du trouble du spectre autistique et intégrés dans les classes normales ont beaucoup de services, notamment 6 spécialistes pour 32 élèves. En revanche, il n'y a pas assez de ressources pour d'autres élèves. Elle pense aussi que certains élèves n'ont pas de diagnostic officiel, mais devraient en avoir un, et n'ont pas de plan d'intervention alors qu'ils en auraient besoin.

L'aventure se poursuit chaque jour, avec de petites victoires, mais aussi des échecs.

Les professeurs font équipe

Éric Boyer et Martin Quintal sont un couple... sur le plan professionnel. Tous deux sont enseignants en adaptation scolaire, et ils ont choisi de se partager deux classes au lieu d'en avoir chacun une. Ce qui fait qu'ils peuvent mettre leurs stratégies en commun. Et offrir deux approches à leurs élèves. De plus, l'un enseigne depuis six ans, l'autre depuis 20 ans.

L'adaptation scolaire, c'est ce qu'on appelait auparavant « cheminement particulier ». Des classes moins nombreuses, qui accueillent des élèves aux difficultés particulièrement importantes. Mais cela s'arrête en secondaire 3.

« Des élèves très fragiles, mais attachants. Ils sont vrais. Avec 20 élèves au lieu de 30, on a vraiment le temps de s'en occuper », dit Martin Quintal.

Cette année, le défi d'Éric et de Martin a particulièrement été élevé. « Plusieurs difficultés personnelles, familiales et académiques ont rendu l'année difficile, particulièrement dans un des deux groupes », dit Martin Quintal.

Plusieurs élèves ont doublé une, deux ou même trois fois. Malgré tout, les deux enseignants pensent que 70 % de leurs élèves vont réussir leur année. Que deviendront-ils? C'est une autre histoire. Certains finiront par terminer leur secondaire, d'autres décrocheront et d'autres iront en formation professionnelle.

Éric et Martin sont tout sauf blasés. Cependant, ils sont inquiets des compressions qui s'accumulent, année après année, qui rend tout plus compliqué.

Élève de secondaire 2 au programme adaptation scolaire, Shiva a eu un parcours tortueux. « Je suis arrivé à Père-Marquette avec l'équivalent d'une 5e année », explique-t-il. Il était trop vieux pour rester à l'école primaire, il a donc abouti dans ce qu'on appelle une classe présecondaire, destinée à le préparer au secondaire.

Il évoque aussi des problèmes familiaux, notamment un père alcoolique qui a fini par quitter la maison. Shiva a longtemps détesté l'école. Mais lentement, avec l'aide de ses professeurs, il a fini par gagner en motivation et en confiance. Et il commence à rêver à un travail : technicien en aéronautique ou même psychologue.

En attendant, il excelle à faire des murales. Regardez!

Est-ce que l'école publique a les moyens d'assurer la réussite des élèves en difficulté? Faites-nous part de vos commentaires ci-dessous.