DIVERTISSEMENT
27/06/2015 04:18 EDT | Actualisé 27/06/2015 04:18 EDT

Radio-Canada Première : Robert Charlebois comme vous ne l'avez jamais connu

Radio-Canada

Robert Charlebois s’esclaffe lorsqu’il relate l’anecdote : récemment, dans un bureau de poste, un jeune l’a confondu avec Félix Leclerc. Preuve, à ses yeux, que le lancement du projet Charlebois, par-delà Lindberg, combinant série radiophonique en neuf épisodes et livre numérique, consacré à l’ensemble de son œuvre, que Radio-Canada dévoilait hier, ne pouvait tomber plus à point. «C’est le temps que ça sorte!», décrète en riant le légendaire artiste.

C’est en effet un Robert Charlebois comme peu de gens l’ont connu que nous présente Charlebois, par-delà Lindberg, qui survole absolument tous les volets de la vie et de la carrière du monument Charlebois. Son enfance en banlieue, sa découverte de la musique au pensionnat, la composition de sa première chanson, La Boulée, sa fréquentation des boîtes à chansons, son passage à l’École nationale de théâtre, à Montréal, ses premiers albums, son voyage en Californie, en 1967, la création de L’Osstidcho, les débuts de son succès en Europe, les mythiques spectacles J’ai vu le loup, le renard, le lion et 1 fois 5, ses collaborations avec Claude Péloquin, Pierre Bourgault, Marcel Sabourin, Luc Plamondon, Jean-Loup Dabadie, David McNeil, Mouffe, Daniel Thibon et le mystérieux Réjean Ducharme (que Charlebois décrit comme la «plus belle rencontre poétique de toute [sa] vie»), le concert qu’il tourne présentement pour célébrer ses 50 ans de métier : Charlebois, par-delà Lindberg est une biographie vivante, dans tous les sens du terme, agrémentée de nombreux témoignages de ceux qui ont côtoyé Charlebois de près, l’ont observé minutieusement ou ont été inspirés par lui, de Michel Rivard à Pierre Lapointe, de Patrick Bruel à Denise Bombardier, en passant par son épouse, Laurence, et ses deux fils, Victor et Jérôme.

Anne Dorval assure la narration du volet parlé. Quant au livre numérique, il regorge de photographies, d’images télévisuelles, d’entrevues et de matériel précieux pour tout admirateur du chanteur ou quiconque aspire à le connaître mieux.

Un personnage de bd

«Comme tout Montréalais, pour moi, Robert Charlebois c’est comme la croix du mont Royal, Schwartz’s et l’Orange Julep ; il a toujours existé!», déclare Francis Legault, réalisateur du documentaire radio, qui a dû remonter bien au-delà de ses propres souvenirs pour fignoler Charlebois, par-delà Lindberg, et qui espère, avec cette entreprise, faire découvrir à toutes les générations l’importance que revêt Charlebois dans notre patrimoine culturel.

Il peut dire mission accomplie, car Robert Charlebois a confié aux journalistes qu’il ignorait lui-même d’où provenaient certains échantillons sonores et visuels inclus dans ce portrait fort détaillé de lui-même.

«Il me semble que vous savez déjà tout de moi», juge l’auteur-compositeur-interprète, qui avoue ne pas aimer se regarder et s’écouter. Et pourtant…

«Robert est un personnage de bande dessinée, illustre Francis Legault, qui travaille depuis l’automne à compiler les archives, réaliser les entrevues et effectuer le montage de la série. Il lui est arrivé toutes sortes de choses et, quand il les raconte, on se demande s’il en rajoute, s’il exagère. Mais, non! On retrouve dans les archives de Radio-Canada tout ce qu’il a fait. Sa vie est extraordinaire. Il a rencontré Fidel Castro. Ça ne se peut juste pas ses histoires! Mais tout est vrai!»

«Par exemple, à l’Olympia de Paris, on avait prétendu qu’il avait lancé sa batterie dans la salle. Et on a des archives qui racontent cet événement, des enregistrements de Guy Latraverse qui répond à des journalistes au téléphone, de Mouffe qui dit qu’elle est contente qu’enfin, un Canadien français n’aille pas s’agenouiller devant les Français. Lui est arrivé en France en n’ayant pas peur de s’assumer. Louise Forestier dit dans la série que les Français ont toujours le pif pour l’authenticité, et que les trois artistes québécois que la France a le plus aimés sont Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert. Parce que, justement, ils n’ont pas fait de concessions pour être cutes ou pour changer leur accent. Ils sont restés eux-mêmes, et c’est pour ça que ça a marché», continue Francis Legault.

Sortir des sentiers battus

Des compromis, Robert Charlebois n’acquiesce pas à en faire davantage aujourd’hui que dans sa jeunesse. Celui qui célébrait plus tôt cette semaine ses 71 ans, au lendemain de la Saint-Jean-Baptiste, prêche la lucidité et perçoit son legs comme le reflet d’une époque, d’une langue, d’une société.

«Chacun a une vision différente de moi, estime l’homme. Pour certains, je suis un clown avec un accent ; pour d’autres, je suis un phénomène social. Ils décortiquent mon œuvre comme on le fait pour les anciens qui sont passés avant nous, trouvent des choses qu’on n’avait pas vues jusque-là… Ce n’est pas juste le public qui apprend des choses avec la série, j’en apprends moi aussi.»

«Le joual, je ne l’ai pas inventé, je représentais juste cette langue qu’on parlait. Une chose intelligente dite par un Beauceron est toujours plus belle qu’une connerie dite par un Académicien de l’Académie française!»

Qu’aimerait-il que les jeunes – ceux qui le confondent avec Félix Leclerc, entre autres! – retiennent de lui en écoutant Charlebois, par-delà Lindberg?

«Il ne faut pas attendre d’avoir 30 ou 40 ans pour oser, innover, sortir des sentiers battus. Il faut faire des choses qu’on sent profondément…»

Charlebois, par-delà Lindberg, le vendredi, à 19h, à Radio-Canada Première. Le premier épisode est rediffusé aujourd’hui, samedi 27 juin, à 16h. La série sera ensuite disponible, avec le livre numérique à télécharger et des documents et des photos à consulter.

Notons que la série radiophonique est une coproduction des quatre radios francophones publiques, et qu’elle sera ainsi diffusée en France, en Belgique, en Suisse et au Canada. Chaque été, un auteur-compositeur est mis de l’avant dans la collaboration des quatre chaînes ; Robert Charlebois est le premier Québécois à avoir droit à l’honneur, après, entre autres, Charles Aznavour, Barbara, Michel Berger, Alain Bashung, Johnny Hallyday, Alain Souchon, Renaud et Jacques Dutronc.