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27/06/2015 06:42 EDT | Actualisé 27/06/2016 01:12 EDT

Guinée: une alliance surprise et une nouvelle dispute sur le calendrier relancent le suspense électoral

L'interminable feuilleton électoral en Guinée a connu cette semaine deux rebondissements: l'annonce de l'alliance surprise entre l'opposition et l'ex-chef de la junte militaire, et une nouvelle discorde sur la date du scrutin communal.

Le chef de l'opposition, l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, a annoncé une prochaine alliance électorale avec Moussa Dadis Camara, ancien dirigeant de la junte (au pouvoir de décembre 2008 à décembre 2009), faisant état de "convergences de vues" après l'avoir rencontré la semaine dernière au Burkina Faso, où il est en exil depuis 2010.

"On va définir les termes de l'alliance, puisque nous sommes en année électorale, et si nous sommes tous candidats et qu'il y a un second tour auquel l'un d'entre nous est admis, l'autre va le soutenir", a expliqué à l'AFP M. Diallo, chef de l'Union des forces de Guinée (UFDG).

Cellou Dalein Diallo avait été roué de coups et blessé lors de la répression sanglante par les militaires d'une manifestation d'opposants à la candidature à la présidentielle du capitaine Camara, le 28 septembre 2009 au stade de Conakry (au moins 157 morts, dont de nombreux partisans de l'UDFG, et 109 femmes violées).

Mais la classe politique, plus sensible à l'intérêt électoral qu'à d'éventuelles considérations morales ou juridiques, voit surtout dans ce rapprochement un bon calcul.

"Cette alliance est discutable sur le plan moral mais, sur le plan politique, c'est un bon coup", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'opposition Aboubacar Sylla, rappelant que "Dadis n'a pas été inculpé de quoi que ce soit, il jouit de tous ses droits".

"Les élections à venir vont se jouer sur les jeux d'alliances et puisque Dadis a encore une grosse influence en Guinée forestière, sa région d'origine, il peut faire basculer la majorité de l'électorat du Sud dans le camp de son choix", a souligné M. Sylla, de l'Union des Forces Républicaines (UFR).

Un responsable du parti RPG du président Alpha Condé n'a pas souhaité commenter cette "alliance contre-nature".

- 'Électorat pivot' -

L'ex-chef de la junte, qui a annoncé en mai son intention de rentrer en Guinée pour se présenter à la présidentielle du 11 octobre, a été entendu à Ouagadougou comme témoin et la justice guinéenne souhaite désormais l'inculper, selon des ONG.

Pour Vincent Foucher, spécialiste de la Guinée au groupe de réflexion International Crisis Group (ICG), "le retour de Dadis complique la tâche du pouvoir, pris entre la demande internationale de justice et la nécessité de soigner l'électorat forestier".

"L'électorat forestier a un rôle pivot dans l'affrontement entre Condé, massivement soutenu par les Malinké, et Diallo, massivement soutenu par les Peul", précise-t-il. "Quant à l'impact de ce rapprochement sur Diallo et sa popularité au sein de la communauté peul, où la mémoire du 28 septembre est très vive, il est encore difficile à déterminer".

L'opposition accuse le pouvoir de préparer des fraudes à la présidentielle en insistant sur le renvoi des élections communales après ce scrutin et dans la révision en cours des listes électorales, qualifiée de "tripatouillage".

Le gouvernement rejette ces accusations et a engagé un dialogue avec l'opposition conduit par le ministre de la Justice Cheick Sako,qui a abouti le 19 juin à l'annulation sine die de la date de mars 2016 pour les communales.

Mais ce rare moment de consensus a été rapidement dissipé par le désaccord persistant sur la possibilité de tenir ces élections locales avant la présidentielle, comme l'exige l'opposition, afin de renouveler d'abord les exécutifs communaux provisoires désignés par le pouvoir, faute de scrutin à cet échelon depuis 2005.

L'opposition a proposé la date du 30 août, invoquant le rapport confidentiel d'une mission d'évaluation de l'ONU sur le processus électoral en avril, qui aurait conclu à la possibilité d'organiser les élections locales dans un délai de 45 jours.

La majorité a contesté ces arguments, se fondant sur les travaux de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), qui juge cette échéance irréaliste, les listes électorales ne devant être prêtes que début septembre.

Afin d'obtenir l'annulation de ce "calendrier électoral de la discorde," l'opposition a organisé depuis avril une série de manifestations qui se sont soldées par plusieurs morts parmi ses partisans et des dizaines de blessés de part et d'autre.

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