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27/06/2015 13:30 EDT | Actualisé 27/06/2016 01:12 EDT

Grèce : la proposition de référendum de Tsipras tourne surtout au risque de "bank-run"

Le pari du Premier ministre grec Alexis Tsipras de tenir un référendum dans une semaine sur la dernière proposition des créanciers de la Grèce semblait plutôt se retourner contre lui samedi soir, avec comme premier effet de précipiter les Grecs vers les distributeurs d'argent.

Après cette annonce-surprise en pleine nuit, les banques grecques, déjà vidées depuis décembre d'environ 20% de l'épargne qu'elle abritaient, mais dans le calme, ont subi samedi une première attaque d'anxiété apparente, des files d'attente beaucoup plus longues que d'habitude se formant devant les guichets automatiques.

Devant un distributeur de Thessalonique, Maria Kalpakidou, 42 ans, admettait être venue pour "retirer autant d'argent qu'elle pouvait pour faire tourner son magasin la semaine prochaine".

D'autres laissaient échapper leur colère : "Tsipras ne peut pas jouer avec l'avenir de mes enfants. Qu'il organise des élections, plutôt qu'un référendum", lançait Vassileos, un physiologiste de 39 ans, dans le centre d'Athènes.

La banque de Grèce a martelé samedi qu'elle "faisait tout pour assurer que les distributeurs soient bien équipés en billets".

De fait, on trouvait encore sans trop de difficulté de l'argent à Athènes. Deux distributeurs au Parlement, vides samedi matin, ce qui avait été abondamment souligné par la presse, ont été prestement réapprovisionnés dans la journée.

Une source bancaire en Grèce soulignait aussi que la Banque centrale européenne, qui tient à bout de bras les banques grecques depuis cinq mois, et plus encore depuis une semaine, en leur prêtant des fonds en urgence, est toujours "prête à intervenir à tout moment" pour ajuster le niveau de cette aide.

Pour éviter toute ruée aux conséquences psychologiques impossibles à maîtriser, les rares succursales bancaires ouvrant normalement le samedi semblaient s'en être discrètement abstenues.

La banque Alpha semblait avoir eu du nez. Sur son site internet figurait l'annonce de "travaux de maintenance informatique" empêchant les transactions électroniques entre samedi 11H30 et lundi 08H00 (heures grecques).

- L'heure où les marchés sont fermés -

M. Tsipras a annoncé à 01h00 locale (22h00 GMT) sa proposition de référendum pour le 5 juillet, visant à accepter ou à repousser la dernière proposition des créanciers (UE, BCE, FMI).

Soit juste après la fermeture des marchés mondiaux. M. Tsipras pensait peut-être se donner le beau rôle, en ne laissant aux créanciers que le week-end pour s'entendre avec la Grèce, misant sur leur peur que ces marchés rouvrent lundi dans un désordre indescriptible, à la perspective d'un défaut de paiement de la Grèce envers le FMI, et de ses conséquences imprévisibles sur la santé de la zone euro.

Mais les créanciers n'ont pas bronché, annonçant qu'ils ne prolongeraient pas leur programme d'aide au delà du 30, date d'échéance du remboursement de 1,5 milliard dû à l'institution de Washington, dont on ne voit plus très bien à présent comment Athènes pourra l'honorer.

La balle semble donc être revenue dans la cour d'Athènes. Intransigeance contre intransigeance, M. Tsipras a fait savoir à la chancelière allemande Angela Merkel et au président français François Hollande, lors d'un entretien téléphonique samedi, que le référendum se tiendrait "indépendamment de la décision de l'Eurogroupe".

M. Tsipras, qui prône le "non", et a affirmé qu'il tirerait les conséquences du résultat du vote, joue gros dans cette affaire : un récent sondage Marc pour Alpha TV montrait que 50,2% des Grecs étaient pour un accord à tout prix, 37,4% pour une rupture avec les créanciers, 12,4% étant indécis.

Le ministre des Finances Yanis Varoufakis lui-même a reconnu à Bruxelles que le "oui" pourrait très bien l'emporter, les partis Syriza et Grecs indépendants au pouvoir n'ayant finalement réuni qu'environ 40% des voix des électeurs grecs en janvier.

M. Varoufakis pour sa part n'a pas exclu que "des négociations jour et nuit", jusqu'au 5, puisse aboutir à changer la recommandation pour le "non" en recommandation pour le "oui".

Dans cette totale confusion, les députés grecs ont participé toute la journée à un débat au Parlement pour discuter de l'opportunité d'organiser le référendum. Le vote final sur la question, pour lequel la victoire de la coalition gouvernementale (162 députés sur 300) semblait acquise, devait se dérouler à minuit heure locale (21h00 GMT).

kan-od/abk