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27/06/2015 12:48 EDT | Actualisé 27/06/2015 12:48 EDT

Le Québec en déficit de touristes américains

Radio-Canada

Alors que le tourisme est en forte progression dans la plupart des pays, il stagne depuis des années au Québec comme au Canada. Avec le nombre de visiteurs américains qui a chuté dramatiquement, plusieurs sont d'avis que le tourisme aurait besoin d'un électrochoc, particulièrement au Québec.

Un texte de Michel Marsolais

Le tourisme au Québec génère plus de 12 milliards de dollars, mais très peu de devises étrangères. Près de 88 % des touristes au Québec sont Québécois, et 6 % sont Canadiens. Parmi la maigre clientèle étrangère, les touristes américains sont de moins en moins au rendez-vous.

« C'est carrément un effondrement de notre marché américain depuis une dizaine d'années. On est passé de 4,2 millions de touristes au Québec à un peu plus de 2 millions maintenant », déplore le consultant en tourisme Éric Fournier.

« Nous avons perdu la moitié de nos touristes américains. »

— Éric Fournier, consultant en tourisme

Et il ne faut pas compter sur la faiblesse du dollar canadien pour les ramener.

« Les Américains, pendant ce temps, ont quand même continué à voyager. Et ce n'est pas à cause de la devise. C'est vraiment à cause de la nouvelle concurrence, des nouveaux produits, des nouvelles expériences », pense Michel Archambault, professeur à la Chaire de tourisme Transat de l'Université du Québec à Montréal.

Alors que le tourisme explose un peu partout dans le monde, il est au point mort au Canada avec une croissance d'à peine 4 % en 10 ans.

« Au chapitre de la croissance, nous ne sommes même pas dans les cent premiers », déplore Éric Fournier.

Au palmarès des destinations touristiques, le Canada a glissé du 7e rang au 18e rang.

Besoin d'un électrochoc

Pour plusieurs observateurs, le tourisme québécois a besoin d'un électrochoc. Dans une lettre envoyée en décembre au premier ministre Philippe Couillard et à la ministre du Tourisme, huit signataires du milieu réclamaient rien de moins que le remplacement du ministère du Tourisme par un organisme indépendant.

« Il manque trois millions de touristes au Québec. Et pour les ramener, il faut recommencer à séduire nos principaux marchés naturels - la Nouvelle-Angleterre et la région de New York - avec des produits de niche », estime Éric Fournier.

Si les Américains ont en grande partie cessé de venir, c'est aussi que le pays a réduit ses efforts de promotion sur le marché des États-Unis.

« Le Canada s'est retiré de tout effort de marketing sur le marché américain au cours des dernières années. »

— Michel Archambault, professeur à la Chaire de tourisme Transat de l'Université du Québec à Montréal

« On ne peut pas se comparer à Paris ou à d'autres grandes destinations, convient Éric Fournier. Mais on a au moins une dizaine de produits qui sont compétitifs, notamment sur les marchés américains. Nos grands événements sont un produit compétitif : le Saint-Laurent avec les croisières, les baleines en est un autre... Le tourisme d'affaires en est un autre. Et il y a aussi les activités de plein air. »

Le Québec investit pourtant beaucoup pour attirer les touristes. Mais avec des centaines d'associations, d'offices et un ministère, l'industrie a du mal à avoir une direction cohérente.

« Il y a des efforts que certains évaluent à 500 millions de dollars par année en terme de budget de promotion. Donc c'est beaucoup. La question qu'il faut se poser c'est : "Est-ce qu'on en a assez pour notre argent?" », demande Michel Archambault.

« Avant d'aller convaincre les Chinois ou les pays émergents comme le Brésil ou l'Inde, il faut d'abord faire le plein de touristes chez nous et dans nos régions limitrophes. Et ce marché, ce sont les 18 millions d'Américains du Nord-Est qui sont intéressés par nos produits, selon les sondages », ajoute Éric Fournier.

On estime que le tourisme crée 345 000 emplois dans la province. Dans son plan de développement du tourisme, le gouvernement québécois veut hausser de 7 millions le nombre de visiteurs d'ici 2020. Mais à moins d'un retour des Américains, l'objectif semble irréaliste.

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