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27/06/2015 11:31 EDT | Actualisé 27/06/2016 01:12 EDT

Décapitation et attentat en France: un suspect toujours interrogé, nombreuses zones d'ombre

L'homme suspecté d'avoir mené un attentat jihadiste en France et d'avoir décapité son employeur était toujours interrogé samedi par les enquêteurs qui s'interrogent sur son mobile et d'éventuelles complicités.

Arrêté alors qu'il tentait de faire exploser une usine de gaz industriels de la région de Lyon, deuxième ville de France, Yassin Salhi, 35 ans, a vu sa garde à vue prolongée, de même que sa femme et sa soeur, également interpellées vendredi. En matière de terrorisme, les gardes à vue peuvent durer jusqu'à 96 heures.

Moins de six mois après les attentats qui ont endeuillé Paris, cette attaque a constitué un nouveau choc.

"On n'a pas de mots", ont témoigné les habitants de Saint-Quentin-Fallavier, lieu de l'attentat à une trentaine de kilomètres de Lyon. Ils ont marqué samedi leur rejet de la "barbarie", par une minute de silence suivie d'une "Marseillaise" spontanée.

Le déroulement de l'attentat perpétré vendredi est désormais largement connu. Les caméras de surveillance ont parlé et des perquisitions ont été menées au domicile du suspect et dans la société de transport qui l'employait.

L'homme, père de trois enfants au profil discret, s'est présenté au volant d'un véhicule utilitaire tôt vendredi devant l'usine de gaz industriels de la société américaine Air Products. Habitué des lieux, il a pu pénétrer sans difficulté sur le site, classé sensible.

Puis il a projeté son véhicule sur un hangar, provoquant une violente explosion mais sans faire de blessés. Les pompiers dépêchés sur place sont parvenus à le maîtriser alors qu'il tentait de provoquer une deuxième explosion.

- Loup solitaire ? -

Mais des zones d'ombre demeurent, a souligné vendredi soir le procureur de Paris François Molins.

Il s'agit notamment pour les enquêteurs de mieux cerner le profil du suspect, fiché en 2006 par les services de renseignements pour "radicalisation" et de nouveau repéré entre 2011 et 2014 pour ses liens avec la mouvance salafiste, mais au casier judiciaire vierge. Est-il un "loup solitaire" ou a-t-il bénéficié de complicités ?

D'éclaircir aussi l'assassinat d'Hervé Cornara, 54 ans, chef d'une entreprise de transport où travaillait depuis quelques mois Yassin Salhi, retrouvé décapité à proximité du véhicule du suspect. Les résultats de l'autopsie étaient attendus samedi.

Enfin, quel était le mobile ? La présence de drapeaux où étaient écrits la profession de foi islamique, entourant la tête de la victime accrochée au grillage d'enceinte de l'usine, rappellent les mises en scène macabres du groupe Etat islamique (EI), mais ce dernier n'a pas revendiqué l'attentat.

L'EI s'est en revanche targué d'être à l'origine d'une attaque en Tunisie, où 38 personnes ont été fauchées dans la station balnéaire de Sousse, et d'un attentat suicide contre une mosquée chiite au Koweït, qui a fait 26 morts.

Le scénario d'un nouvel attentat était redouté à Paris depuis les tueries qui avaient fait 17 morts en janvier et l'arrestation, en avril, d'un étudiant algérien, Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'un projet d'attaque contre une église catholique.

La France est le premier pays européen pour le nombre de ses ressortissants présents dans les zones tenues par l'EI, avec 1.500 jihadistes en Irak et en Syrie. Certains reviennent et doivent être surveillés. Mais il y a aussi ces "profils dormants", comme Yassin Salhi, encore plus difficiles à déceler, selon une source policière.

"La question n'est pas de savoir s'il y aura un nouvel attentat, mais quand", a d'ailleurs averti samedi le Premier ministre Manuel Valls samedi.

- 'Profils dormants' -

"Cet acte macabre de décapitation", jamais vu auparavant dans le cadre d'un attentat en France, "crée une tension forte sur la société française. Qui va être exploitée", a souligné M. Valls, rentré d'urgence à Paris après avoir écourté une visite en Amérique du sud.

En filigrane se dessine la crainte d'un regain de tension à l'égard des quelque 5 millions de Français musulmans, alors que les attentats de janvier ont été suivi d'une forte recrudescence des actes islamophobes en France.

Autre inquiétude, une exploitation politique, à deux ans de la prochaine élection présidentielle. Alors que les différents partis avaient quasi unanimement salué l'action des autorités en janvier, les critiques de l'opposition ont cette fois très vite fusé.

Le gouvernement a affiché sa détermination et défendu son bilan samedi à l'issue d'un conseil restreint réunissant le président François Hollande, le Premier ministre ainsi que les ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l'Intérieur, de la Justice et de l'Energie.

"Le gouvernement continuera, face à un haut niveau de menace, à agir sans trêve ni pause", a assuré le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, avant d'énumérer les mesures déjà prises: embauches de personnels de sécurité et renforcement de l'arsenal juridique avec deux lois antiterroristes et des mesures pour renforcer les moyens des services de renseignement.

L'attentat contre la France est survenu au coeur d'une journée particulièrement sanglante.

En Tunisie, le processus d'identification des 38 victimes de la tuerie se poursuivait samedi. Seuls huit Britanniques, une Belge et un Allemand ont été identifiés, a indiqué le ministère tunisien de la Santé, alors que les touristes étrangers quittaient le pays par milliers.

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