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27/06/2015 15:29 EDT | Actualisé 27/06/2016 01:12 EDT

Christine Lagarde, une carrière météorique hantée par la Grèce

Christine Lagarde a beau avoir traversé l'Atlantique, troqué ses habits de ministre pour ceux de patronne du FMI et rejoint le gotha des leaders mondiaux, elle reste encore aux prises avec le même casse-tête: la Grèce.

A Paris puis à Washington, la carrière météorique de cette ex-avocate d'affaires entrée en politique en 2005 n'a cessé de croiser la route d'Athènes et de ses tourments financiers au cours des cinq dernières années.

Et ce compagnonnage forcé est plus que jamais d'actualité: le défaut de paiement qui menace désormais la Grèce pourrait bien gêner son projet de rempiler à la tête du Fonds monétaire international.

"Si la Grèce s'effondre (...), ce sera un immense échec pour elle", prédit Desmond Lachman, un ex-responsable du Fonds.

Quand le premier plan d'aide à la Grèce est accordé au printemps 2010, cette mère de deux fils est déjà aux avants-postes: première femme ministre de l'Economie en France, elle enchaîne les réunions européennes pour sauver le pays du précipice.

En juillet 2011, changement de costume. Après la démission forcée de Dominique Strauss-Kahn, elle devient la première femme à diriger le FMI et se hisse dans le cercle fermé des grands dirigeants du globe.

Mais l'urgence reste la même: en 2012, moins d'un an après son intronisation, Mme Lagarde avalise un second plan d'aide à la Grèce aujourd'hui au coeur de toutes les inquiétudes après la rupture des négociations samedi à Bruxelles.

Tout au long des récents rounds de discussion avec Athènes, l'ancienne championne de natation synchronisée a pu jouer de son bagout et de son entregent dans le sérail européen.

"Elle connaît par coeur la situation et tout le monde la connaît par coeur à Bruxelles", résume-t-on dans son entourage.

- Franc-parler -

Rompue aux négociations-marathon et aux usages de la diplomatie, Mme Lagarde, qui fêtera ses 60 ans en 2016, n'en a pas moins gardé avec Athènes le franc-parler qui fait sa marque et, parfois, sa faiblesse.

Après l'échec récent d'une réunion, elle a ainsi sèchement réclamé de pouvoir parler avec "des adultes", ciblant implicitement les autorités d'Athènes.

Au printemps 2012, son appel aux Grecs, essorés par les plans d'austérité, à payer tous "leurs impôts" avait déjà fait des vagues.

Parallèlement, elle n'a pas non plus hésité à froisser les Européens en réclamant hier une recapitalisation de leurs banques ou en les pressant aujourd'hui d'accorder un allègement de dette aux Grecs.

- Tacticienne -

Simples maladresses? En fine tacticienne, Mme Lagarde sait en réalité alterner les coups d'éclat et un langage bien plus policé.

"Elle peut être très polie, très sympathique mais également très ferme et intimidante quand elle veut faire entendre son point de vue", affirme à l'AFP Andrea Montanino, l'ancien représentant italien au FMI qui l'a vue à l'oeuvre.

A la tête du Fonds, elle a, de fait, dû jouer sur plusieurs registres pour gérer les susceptibilités de 188 Etats-membres, notamment celles de pays émergents mécontents des largesses accordées à la Grèce.

"Elle a une position ferme sur le dossier grec parce qu'elle ne peut pas tordre les règles du FMI", estime M. Montanino.

Au-delà de cet épineux dossier, elle a su remettre au travail une institution traumatisée par le scandale "DSK" en offrant le visage plus consensuel d'une femme végétarienne à l'allure sportive et à la chevelure argentée.

Son aura est indiscutable: elle est de tous les sommets internationaux et peut partager l'estrade avec Hillary Clinton comme avec la présidente de la banque centrale américaine Janet Yellen.

A son passif, elle n'a toutefois pas réussi à faire approuver une réforme du FMI renforçant le poids des pays émergents malgré sa promesse de faire "la danse du ventre" devant les élus américains qui bloquent le processus.

Le fond de sa pensée économique reste par ailleurs insondable. En France déjà, ses détracteurs assuraient que la politique économique était davantage façonnée à l'Elysée qu'à son ministère.

Ce n'est pas le seul mauvais souvenir de son passage à Bercy. L'ex-ministre est ainsi mise en examen pour "négligence" dans l'affaire de l'arbitrage Tapie-Crédit Lyonnais. Un renvoi devant le tribunal pourrait bien, au même titre que la Grèce, la gêner dans sa course pour un nouveau mandat au FMI en 2016.

jt/lo/chv