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27/06/2015 10:37 EDT | Actualisé 27/06/2015 10:39 EDT

Italie : la vie dans un centre d'accueil de migrants

Radio-Canada/Sylvain Desjardins

« Des gens racontent avoir été ligotés et jetés de force dans les bateaux. Ils arrivent ici avec une dette de plusieurs milliers de dollars », raconte Rita, qui dirige l'équipe psychosociale d'un des plus grands centres d'accueil de migrants d'Italie, à Bari.

Un texte de Sylvain Desjardins

Les autorités italiennes peinent à trouver des places pour accueillir les milliers de migrants qui affluent depuis des mois sur leurs côtes, pour la plupart en provenance d'Afrique. Des bateaux transportant des centaines, voire des milliers de personnes, sont secourus presque quotidiennement par la Garde côtière italienne en Méditerranée.

Débordées, les autorités italiennes ont mis sur pied des centres d'accueil pour héberger quelque 80 000 migrants en quête de statut de réfugié. Des écoles et des hôtels sont notamment utilisés.

Rencontre avec des migrants du centre de Bari - où vivent dans l'attente de l'obtention d'un statut de réfugié 1500 personnes - et avec des personnes qui tentent de les aider.

1. Sendou Bamba, Ivoirien, 33 ans

« Je suis allé en Libye pour travailler. Et j'ai vu que les Noirs sont maltraités là-bas. C'est ce qui m'a fait venir ici. »

— Sendou Bamba, ivoirien, 33 ans

Sendou a quitté la Côte d'Ivoire en 2011 à cause de la guerre. En tant que musulman, il sentait que sa vie était menacée. Il a travaillé dans plusieurs pays africains voisins avant de se rendre en Libye, où il a passé un an à faire de petits boulots. Il espère maintenant obtenir le statut de réfugié en Italie pour y refaire sa vie avec sa femme et son enfant qui sont restés en Afrique.

2. Ehsan Bayat, Afghan, 22 ans

« Je souhaite vivre une vie normale, tranquille, sans problèmes. Après avoir obtenu mes documents, j'espère aller ailleurs. Peut-être au Canada, j'aime bien! »

— Ehsan Bayat, afghan, 22 ans

Ehsan a quitté la ville de Ghazni, près de Kaboul, en 2011. Il est venu en Europe pour trouver la liberté. Il a erré dans plusieurs pays européens, mais n'a été admis dans aucun. Il est donc revenu en Italie l'an dernier pour y présenter sa demande d'asile. Il souhaiterait devenir boulanger. Mais il est bien conscient qu'il y a peu d'emplois disponibles en Italie actuellement.

3. Rita Di Nino, psychologue

« Il y a des gens qui me racontent avoir été ligotés et jetés de force dans les bateaux. Ils arrivent ici avec une dette de plusieurs milliers de dollars. Les jeunes hommes seront forcés de travailler au noir, les femmes, de se prostituer pour rembourser le prix du voyage. »

— Rita Di Nino

Rita dirige l'équipe psychosociale du centre d'accueil de migrants de Bari. Elle occupe ce travail depuis trois ans. Elle rencontre de très nombreux cas de personnes traumatisées par leur traversée périlleuse de la Méditerranée. Depuis quelque temps, elle observe un phénomène nouveau : l'arrivée de migrants de l'Afrique subsaharienne qui ont été forcés de quitter la Libye et qui n'avaient pas l'intention de venir en Italie.

4. Houbel Salmi, interprète

« On ne sait pas jusqu'à quand on va pouvoir continuer comme ça. Parce que les migrants, ils continuent à arriver! Il n'y a personne qui les bloque là-bas, en Libye. »

— Houbel Salmi, interprète

Houbel travaille au camp pour réfugiés de Bari depuis un an. Elle a entendu de nombreuses histoires accablantes, par exemple celles de migrants qui racontent avoir perdu leurs frères, leurs sœurs, noyés dans la mer sous leurs yeux. Elle dit que l'Italie participe énormément à l'accueil de ces demandeurs d'asile et que le reste de l'Europe doit faire plus parce que la majorité d'entre eux ne souhaitent pas rester en Italie. Ils veulent se rendre dans des pays plus riches, au nord.

5. Rezarta Celiku, syndicaliste

« Le seul travail que je trouve pour les immigrants récents, c'est celui d'aide-domestique pour les personnes âgées. Ils doivent être disponibles 24 heures sur 24, et ils gagnent 700 à 800 euros par mois, alors que le salaire minimum est de 900 euros par mois. »

— Rezarta Celiku, syndicaliste

D'origine albanaise, Rezarta Celiku vit en Italie depuis plus de 20 ans. Elle dirige le bureau d'aide aux immigrants à la section locale de Bari du puissant syndicat de travailleurs CGIL. Elle observe que depuis quelques années, les immigrants reçus, des Albanais comme elle, qui occupaient des métiers en usine dans le nord du pays et qui perdent régulièrement leur boulot, descendent dans le sud pour travailler dans les champs. C'est le genre de travail que faisaient autrefois les immigrants en attente de statut, souvent au noir, mais qui leur permettait au moins de gagner un peu d'argent. Ce n'est plus le cas.

6. Kouakou Komena, président de l'Association des Ivoiriens des Pouilles

« Il y en a qui pensent que c'est à cause des étrangers qu'ils ne trouvent pas de boulot. J'ai entendu des personnes dire : "Laissez-les mourir en mer". »

— Kouakou Komena, président de l'Association des Ivoiriens des Pouilles

Cet ancien enseignant travaille dans une compagnie de nettoyage de bureaux et d'appartements depuis 2005 à Bari. Il dispose d'un permis de séjour et se considère chanceux d'avoir un boulot même si ses conditions de vie sont de plus en plus difficiles. Il gagne entre 800 et 900 euros par mois. Son association tente de trouver des emplois pour les nouveaux arrivants, sans obtenir beaucoup de succès. Depuis la crise économique de 2008, il constate que les relations avec les Italiens de souche se dégradent.

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