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26/06/2015 06:20 EDT | Actualisé 26/06/2016 01:12 EDT

Mort à 85 ans d'Evgueni Primakov, artisan du retour de la Russie sur le devant de la scène

Maître espion, fin diplomate et éphémère Premier ministre, Evgueni Primakov, décédé vendredi à 85 ans, a été un artisan du retour sur le devant de la scène d'une Russie traumatisée par la chute de l'URSS et un opposant résolu à la suprématie de Washington.

Homme de petite taille, au physique massif et aux pommettes tombantes, Evgueni Primakov a tout fait en 50 ans de carrière, de ses jeunes années de journaliste pour la Pravda dans les pays arabes, terrain de confrontation entre l'Union soviétique et les Etats-Unis, à la direction de la chambre de commerce de la Russie, son dernier poste officiel, à l'aube du XXIe siècle.

Après l'annonce de sa mort, Vladimir Poutine a rendu hommage à "l'homme d'Etat, le scientifique, le politicien", selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

"Il laisse derrière lui un grand héritage", a ajouté le président russe, toujours selon son porte-parole qui a précisé que les deux hommes s'étaient rencontrés il y a un mois et que Vladimir Poutine avait à coeur d'écouter Primakov, "particulièrement dans cette période troublée".

Il faut dire que si le divorce actuel entre la Russie et les Occidentaux a été provoquée par la crise ukrainienne de 2014, ses racines remontent de facto à la crise du Kosovo en 1999.

A l'époque, les cendres de l'URSS ne sont pas encore froides et la nouvelle Russie est encore un pays à la dérive. Vladimir Poutine n'est pas apparu sur le devant de la scène politique. Mais lorsque l'Otan frappe la Yougoslavie le 23 mars 1999, Evgueni Primakov, alors Premier ministre, ordonne de faire demi-tour au-dessus de l'Atlantique aux pilotes de l'avion qui l'emmène à Washington pour négocier l'aide du FMI. Le compte à rebours pour une nouvelle période de confrontation entre les deux pays est lancé.

Trois ans plus tôt, Primakov avait succédé au poste de chef de la diplomatie russe à Andreï Kozyrev, jugé trop pro-occidental. Primakov s'oppose à l'Otan mais ne peut empêcher l'élargissement de l'Alliance atlantique aux pays de l'ex-bloc socialiste.

En 2004, il témoigne à La Haye en faveur de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, assurant que ce dernier n'avait aucune intention de créer une Grande Serbie.

Avant de prendre la diplomatie russe en mains, il avait aussi dirigé les services de renseignements extérieurs (1991-1996). Bon connaisseur du Proche-Orient, il devient émissaire de Mikhaïl Gorbatchev à Bagdad après l'invasion du Koweit par l'Irak, sans cependant réussir à empêcher la guerre du Golfe en 1991.

- Journaliste, apparatchik, négociateur -

Né le 29 octobre 1929 à Kiev, fils unique d'une médecin gynécologue, il n'a jamais connu son père. Son oncle a été fusillé en 1937 pour appartenance à un "groupe anti-soviétique" et sa mère détestait Staline, une haine que le jeune Evgueni, inspiré par les idées communistes, avait du mal à comprendre.

Orientaliste de formation et arabisant, il commence sa carrière en 1956 comme journaliste au sein du Comité d'Etat de la radio et de télévision, instrument de propagande soviétique. Il travaille ensuite de 1962 à 1970 au quotidien du parti communiste la Pravda, notamment comme envoyé spécial dans les pays arabes, où il noue des contacts précieux. En 1969, lors d'une mission en Irak, il fait la connaissance de Saddam Hussein, alors Secrétaire général adjoint du Baas.

De 1970 à 1977, il travaille comme directeur adjoint de l'Institut de l'Economie mondiale et des relations extérieures qu'il dirigera en 1985-1989. Dans le même temps, il dirige l'Institut de l'orientalisme.

Membre du Comité central du PCUS (parti communiste soviétique) en 1989-1990, Evgueni Primakov est l'un des principaux conseillers diplomatiques de Mikhaïl Gorbatchev. Après le putsch d'août 1991, il est nommé directeur adjoint de la Première direction du KGB, chargé des renseignements extérieurs, dont il prendra ensuite la direction.

Après ce passage à la direction de l'espionnage, il est rappelé par le président Boris Eltsine pour diriger le gouvernement et gérer la crise financière d'août 1998. Il a alors réussi à rassurer une population traumatisée et remis l'économie sur les rails, avant d'être destitué brutalement par Eltsine sous l'influence des riches "oligarques".

Elu député en 1999, il s'allie avec le maire de Moscou Iouri Loujkov pour former une coalition d'opposition de centre-gauche et briguer la présidence en mars 2003. Mais il retire finalement sa candidature, laissant le champ libre à Vladimir Poutine.

Au début du XXIe siècle, Evgueni Primakov préside pendant dix ans la chambre de commerce et d'industrie. En 2011, il quitte ses fonctions et se retire de la vie publique, ne donnant que de rares interviews.

M. Primakov était le père d'une fille et d'un fils décédé en 1981.

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