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25/06/2015 20:36 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

Evan Wolfson, 25 ans de lutte pour légaliser le mariage pour tous aux Etats-Unis

Il est l'un des architectes du mouvement pour la légalisation du mariage entre personnes de même sexe aux Etats-Unis. A 58 ans, Evan Wolfson espère que le combat de sa vie culminera dans les prochains jours, avec une décision historique de la Cour suprême.

Diplômé de l'école de droit d'Harvard, Evan Wolfson est l'un des avocats à avoir défendu trois couples tentant de se marier à Hawaii en 1990, ce qui conduisit à une première victoire judiciaire, de courte durée. En 2003, il a fondé l'organisation Freedom to Marry à New York, d'où il supervisa l'offensive juridique du mouvement dans de nombreux Etats américains.

Q: Vous militiez dans les années 1980 pour la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. Comment le mouvement s'est-il ensuite mis en place et avec quelle stratégie?

R: "Le mouvement n'avait rien d'aléatoire, nous avions une stratégie: obtenir la liberté de se marier au niveau national en poussant la Cour suprême à décider pour tout le pays. Mais nous savions que les tribunaux et surtout la Cour suprême ne se précipiteraient pas pour changer le pays entier tant que nous n'aurions pas atteint une masse critique d'Etats ayant légalisé le mariage, ni bâti un soutien public. Nous savions que des procédures judiciaires ne suffiraient pas.

Nous n'avions pas vraiment à trouver de nouvelle théorie juridique, la Constitution est claire. Mais il fallait amener les décideurs, le grand public, les élus, les juges à appliquer la Constitution aux homosexuels, et ça passait par une transformation de ce que les gens pensaient des gays et lesbiennes".

Q: Des couples gays avaient tenté de se marier dans les années 1970, mais jusqu'au début des années 2000 la communauté gay n'était pas unie autour de la revendication du mariage. Pourquoi certains militants étaient-ils partisans d'une approche incrémentale?

R: "Beaucoup de gens pensaient, sûrement à raison, que le pays n'était pas prêt. Certains rejetaient le mariage pour des raisons stratégiques, ils pensaient que c'était trop demander et prématuré. D'autres considéraient le mariage comme une institution obsolète, patriarcale, oppressive contre les femmes. Il y avait beaucoup de divisions et le débat était terrible.

Et puis dans les années 1990, une vague de couples a tenté de se marier. Cette pression, combinée à l'engagement de notre groupe au sein du mouvement, a préparé le terrain pour une nouvelle vague de procédures devant la justice."

Q: Le Congrès a ensuite adopté une loi interdisant la reconnaissance fédérale des mariages homosexuels en 1996, et les Etats se sont mis à amender leurs Constitutions pour définir le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme. Quel effet ont eu ces revers?

R: "C'est vrai que le camp anti-gay a utilisé notre succès à Hawaii (décision en 1996 de la justice locale contrecarrée ensuite par l'assemblée locale, Ndlr) comme une excuse pour voter des lois discriminatoires (...) Mais nos opposants nous ont aussi aidés avec leurs lois anti-gays et leurs référendums, car ils ont lancé une conversation nationale qui nous a permis, avec le temps, de convaincre les gens.

En 2004, 13 Etats ont adopté des mesures anti-gays mais pour la première fois, dans le Massachusetts, nous avons remporté le droit de se marier, et ce fut donc une année victorieuse".

Q: Etes-vous déçu que le président Barack Obama ait attendu 2012, et Hillary Clinton 2013, pour apporter leur soutien à la légalisation du mariage pour les homosexuels?

R: "C'est sûr que je les ai exhortés tous les deux à prendre position plus tôt, et ils ont eu tort de ne pas le faire. Mais le président Obama a eu le courage de prendre position pour la liberté de se marier pendant la campagne pour sa réélection. Il a aussi été très efficace quand il a expliqué son cheminement aux Américains. Il a parlé de ses conversations avec ses filles, comment elles lui avaient dit qu'elles avaient des camarades de classe dont les parents étaient gays, et qu'elles trouvaient ça injuste qu'ils soient traités différemment".

ico/sha