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26/06/2015 02:18 EDT | Actualisé 26/06/2016 01:12 EDT

Crise politique burundaise: un pouvoir de plus en plus isolé mais prêt à tout

Sourd aux appels de l'opposition, de la société civile et de la communauté internationale à reporter les élections, le pouvoir burundais, concentré entre les mains d'une poignée de très proches du président Pierre Nkurunziza, est engagé dans une fuite en avant, quitte à risquer l'isolement total selon les observateurs.

Dernier signe en date de son entêtement, le parti présidentiel CNDD-FDD a boycotté cette semaine la reprise du dialogue avec ses opposants, sous l'égide de l'ONU. Une façon, estime un analyste burundais, de faire comprendre que les législatives et communales de lundi auront lieu "quoi qu'il arrive".

"Nous sommes décidés, il n'y aura pas de retour en arrière", confirme un haut cadre du CNDD-FDD. Quitte, pour la formation au pouvoir, à gérer ensuite les conséquences du passage en force. Car le pouvoir est conscient du risque d'isolement.

Le petit pays d'Afrique des Grands-Lacs est plongé dans une grave crise politique depuis l'annonce, le 25 avril, de la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat lors de la présidentielle prévue le 15 juillet.

Ses opposants estiment un nouveau mandat contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha qui avait ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006).

Essentiellement concentrées à Bujumbura et dans quelques villes de province, des manifestations longtemps quasi-quotidiennes ont été émaillées de heurts entre les contestataires et la police, qui a parfois ouvert le feu à balles réelles.

Les violences liées à la contestation - affrontements, explosions de grenades, meurtres - ont fait au moins 70 morts, selon une organisation burundaise de défense des droits de l'homme.

Fait suffisamment rare pour être souligné, le pouvoir se heurte à une pression quasi-unanime de la communauté internationale.

L'Union européenne l'a menacé de sanctions et a réitéré, comme l'Union africaine et la Communauté est-africaine (EAC), médiatrices dans la crise, que "les conditions propices à l'organisation des élections ne sont pas réunies actuellement". Les Etats-Unis sont sur la même ligne.

"Le problème, c'est que le pouvoir burundais ne réagit pas aux schémas classiques de la diplomatie et est totalement sourd aux appels et aux menaces de sanctions", s'inquiète un diplomate sous couvert d'anonymat, reconnaissant que la communauté diplomatique se sent "totalement désarmée face à un tel pouvoir".

- Généraux clés -

Cette tendance à la "bunkérisation" du régime s'explique aussi par le fait que le CNDD-FDD, ex-rébellion, a gardé ses réflexes du maquis. Et que le pouvoir est aujourd'hui de facto entre les mains d'un très petit nombre de gens, parmi lesquels un groupe de très puissants généraux accusés de semer un climat de terreur et dont les intérêts sont intimement liés à ceux du président.

Un cadre frondeur du CNDD-FDD décrit un groupe de gens qui "analysent toute situation en terme de rapports de force, qui pensent que le monde entier a pris fait et cause pour leurs ennemis et qui ne supportent pas la contradiction".

Parmi eux, poursuit-il, figurent les généraux Adolphe Nshimirimana, accusé de diriger en sous-main le système sécuritaire du pouvoir, Alain-Guillaume Bunyoni, ex-patron de la police et ex-chef de cabinet du président, et le général Gervais Ndirakobuka, chef de cabinet de M. Nkurunziza pour les affaires de police.

Pierre Nkurunziza, président depuis 2005, était lui-même à la tête du CNDD-FDD quand le parti était encore une rébellion.

"Le CNDD-FDD n'était pas une rébellion comme les autres, il n'avait pas de branche politique même du temps de la rébellion et ce sont les chefs militaires qui faisaient également office de leaders politiques", poursuit un ex-combattant, issu du mouvement.

Officiellement, le CNDD-FDD est devenu parti politique après la signature d'un accord global de cessez-le-feu en 2004.

Mais "les choses n'ont pas changé, ce sont les chefs militaires qui dirigent tout jusqu'à ce jour", poursuit l'ex-combattant.

Dans les faits, "le pouvoir reste détenu par un groupe de moins de dix personnes qui ont tous le même objectif et la même vision: rester au pouvoir et changer ainsi le régime en mettant de côté le consensus politique incarné par l'accord d'Arusha", juge Thierry Vircoulon, de l'International Crisis Group.

Ils sont prêts à tout pour garder le pouvoir, renchérit le cadre frondeur. "Même à voir le pays replonger dans le chaos".

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